Adieu veaux, vaches, cochons, hôpital (10)
202 lecturesCe texte fait suite au chapitre 9
— Pas le temps, on se voit après déjeuner si vous le voulez bien.
Je ne l’entendais absolument pas de cette oreille. Il était déstabilisé et je ne voulais pas lui donner le temps de chercher des explications et des excuses. Le curé l’avait attaqué et il savait que j’allais le cuire à petit feu. Dans quelle combine s’était-il mis ?
Je le pris fermement par le bras et lui dit :
— Tu es dans la merde camarade, je ne suis pas forcément ton ennemi. Mieux vaudrait que tu me mettes les cartes sur la table.
Il essaya bien sûr de le prendre de haut. Mais il n’était en condition psychologique pour assumer bien longtemps cette posture.
Une fois assis à table, dans un restaurant de classe, je préfère toujours cela, en général la bonne éducation ressort et personne ne crie. Il me fallait l’opérer et vite, avant qu’il ne reprenne du poil de la bête.
Car de la bête il y en avait dans cet homme.
Je commandais deux doubles whiskys en guise d’anesthésique. Et lui dit :
— Je ne sais pas ce que je fais ici. Mais il y a une chose que j’ai comprise : le dindon de la farce c’est toi. Il y a un problème sérieux et c’est toi qui vas payer.
— Vous savez, me dit-il, j’ai 25 ans et cela fait 15 ans que je suis sa chose…
Les larmes commençaient à sortir. Il me fallait l’arrêter et rapidement.
— Les circonstances atténuantes on verra ça après les aveux. Je suis navré, mais il faut aller vite.
— Cette putain de station de télévision elle vaut combien, combien as-tu touché ? Tu sais bien que je vais vous donner les chiffres réels rapidement. C’est pas sorcier.
Alors, il m’expliqua comment fonctionnait le système. Le curé était chargé des investissements, il représentait l’Université Catholique et, quelque part aussi, toutes les associations liées à ce culte. On lui faisait confiance et tout s’était toujours bien passé.
Il était chargé de négocier des commissions allant de 10 à 15 % des achats qu’il reversait à l’avocat de ce dernier.
Mais bon, pour la télévision, il avait doublé la mise, et s’était gardé 10 % pour lui. Le plus grave c’est qu’on l’avait berné. Il avait acheté du matériel d’occasion, enfin presque rien ne lui avait été livré. C’était une catastrophe.
Je riais intérieurement, et j’en profitais pour rajouter un proverbe à ma liste : quand un corrompu tombe sur un corrupteur malhonnête, il y a des grandes chances pour que ce soit sa fin.
J’avais les éléments essentiels, me restait à trouver une solution.
Pourquoi suis-je ici ? demandais-je.
— Le Padre, il doit répondre à de sévères accusations comme suite à cette affaire. Vous comprenez.
— Non.
— Vous avez bonne réputation, on s’est renseigné, et les offres que vous allez faire vont lui servir à démontrer qu’il négocie toujours du mieux possible avec des prix internationalement reconnus.
— Et quand je mettrais en doute la réalité des prix pour l’achat des équipements de la chaîne de télévision, c’est toi qui vas payer mon ami. Tu avais pensé à ça ?
— Je ne pensais pas qu’il irait jusque-là. Le salaud.
Il me restait à savoir qui avait vendu l’équipement et aller visiter la station.
— C’est une société locale qui appartient au fils d’Alfonso, le Président de l’Association des éleveurs.
J’éclatais de rire, et toute la salle me regarda un moment sans rien dire, mais en pensant très fort : ces gringos, aucune éducation !

10 octobre 2006 at 19:19
j’ai bien aimé l’accompagnement musical cette fois-ci!