Adieu veaux, vaches, cochons, hôpital (14)
301 lecturesCe texte fait suite au chapitre 13
Le lendemain matin, de bonne heure, la nounou de Guillermito étant déjà là, il fallut se rendre en ville. J’avais pas mal de choses à régler dans la journée et Anitta aussi. Elle avait décidé de se rendre chez le coiffeur avant d’aller chez le Notaire.
Elle me laissa à l’hôtel ou curieusement Marcelo m’attendait déjà. Il avait une heure d’avance. Je crains le pire.
Je le fis monter avec moi dans la chambre, je voulais absolument me prendre une douche chaude et me raser.
— Le Nonce veut vous voir, me dit-il. Il est ici dans l’hôtel, je dois vous conduite à lui.
— 10 Minutes, Marcelo, je dois me préparer.
Une fois prêt, rasé, chemise blanche, costume sombre, cravate jaune aux couleurs du Vatican, je le suivis.
Putain, pensais-je, comment les appelle-t-on ces oiseaux-là ? Monsieur l’Ambassadeur, votre Eminence ?
Allons-y pour votre Eminence on verra bien. J’entrais dans sa chambre suivi de mon clone Villeret-Boujenah, qui ressemblait de plus en plus à Villeret et de moins en moins à Boujenah.
Il était grand, sec, il ressemblait à Jules Berry dans « les Visiteurs du soir ». Il me tendit son anneau. Je fis celui qui ne le voyait pas, et m’assis, sans être prié, dans l’un des deux fauteuils de la pièce. Mieux valait passer pour un rustre que pour un ennemi.
Puis je le regardai en souriant, attendant ce qu’il avait à me dire.
— Marcelo m’a fait ses confidences, me dit-il. Cette affaire embarrasse beaucoup notre communauté, de grandes familles y sont impliquées et de fortes sommes d’argent sont en jeu. Selon lui, vous auriez une solution.
J’en avais une et je pris soin de lui expliquer dans tous ses détails les plus minimes. On allait me confier une étude sur cette chaîne de télévision. Je la ferais réaliser par un expert international. Elle conclura que, si le prix indiqué paraît être un peu cher, il est surtout du au fait que l’assemblée générale a mis presque deux ans à l’approuver, que la technologie avance rapidement, que les prix baissent tous les jours, et que le terrain sur lequel se trouve la station est très inférieur à son prix de vente. Le tout sera enrobé d’une cinquantaine de page de données techniques destinées à endormir tout lecteur profane à ces questions.
— Et vous allez la faire payer combien cette étude, et à qui ?
— 30.000 Dollars, moitié pour l’acheteur, moitié pour le vendeur.
Il sourit. Cela ne devait pas lui arriver très souvent.
— C’est une bonne solution, me dit-il. Je n’aurais pas trouvé mieux. Vous allez cependant vous heurter à un problème.
Il se tourna alors vers Marcelo et lui demanda d’attendre dehors.
— Le vendeur ne va pas accepter comme cela.
C’était le seul point qui me préoccupait, en effet. Je ne connaissais pas le fils d’Alfonso, mais je le subodorais retors et sans scrupules, comme on peut l’être à cet âge après avoir vécu son enfance avec une cuillère en argent dans la bouche.
— C’est une possibilité, lui dis-je.
— Je vais donc me permettre de vous faire une confidence. Je viens souvent dans cette ville. Je connais bien la mère du vendeur, l’épouse d’Alfonso, votre ami. Je suis son confesseur privé. C’est elle la vraie patronne de cette longue lignée. Si jamais elle apprenait ce qui s’est passé, sa réaction serait terrible.
— Je peux donc vous citer ?
Il me sourit en guise de réponse, et :
— Vous êtes un jeune homme brillant, vous auriez dû entrer dans les ordres.
— Chacun sa croix, votre éminence.
Il s’esclaffa et me tendit sa carte me demandant de le tenir informé.
— Autre chose Patrick, je peux vous appeler Patrick ?
— Oui.
— Le Recteur devrait vous remettre un pli pour un appel d’offre concernant l’Hôpital Universitaire que nous devons construite. Ne répondez pas. L’Église a ses fournisseurs et je tiens à superviser entièrement cette affaire.
— C’est entendu.
Marcelo m’attendait à la porte. Il nous fallait voir le Recteur maintenant.
Chemin faisant, je lui demandais :
— Qu’as-tu fait de cet argent ?
— J’ai acheté des appartements à Quito. Ici ce n’était pas possible, cela se serait su tout de suite.
— Et une BMW, lui dis-je.
— De toute façon, j’ai promis au Nonce de tout revendre et de lui remettre cette somme en mains propres.
Pas si propres que cela. Mais bon.
— Ne fais rien sans m’en parler.
Nous étions déjà dans l’antre du recteur.
— Vous avez un gros problème avec cette station.
— Quelle bande d’escrocs, à qui faire confiance, j’en étais sûr.
Je lui exposais ma solution.
— Vous êtes certain pour votre expert ?
— Oui.
— On fait comment ?
— Vous me donnez 7500 dollars maintenant et le reste à la réception, la semaine prochaine. Je vous prépare un reçu.
— Laissez-moi réfléchir.
Le téléphone sonna.
— C’est le Nonce, dit-il en mettant sa main sur le téléphone.
— Oui… oui… parfaitement… vous avez entièrement raison…
Il raccrocha et me regarda, ses yeux avaient soudainement perdu de leur aplomb.
— En espèce, lui dis-je, profitant de mon avantage.
Ce qui vous vaut la deuxième partie de la Messe Créole
Gloria :

12 octobre 2006 at 17:33
C’est tellement bien raconté qu’on pourrait en faire un film!
12 octobre 2006 at 17:48
Merci !
Pour la peine j’ai rajouté la deuxième partie de la Messe Créole
13 octobre 2006 at 11:53
Moi, je ne fais pas beaucoup de commentaires mais je me régale
Continue vite
13 octobre 2006 at 11:55
Ça vient !