Adieu veaux, vaches, cochons, hôpital (16)
264 lecturesCe texte fait suite au chapitre 15
Comment vous décrire Carlito ? C’est assez simple. Il ressemblait comme deux gouttes d’eau à Tariq Ramadan. Il me regardait comme un rapace doit observer du ciel sa future proie.
Après quelques whiskys avec son père qu’il ne voulut pas partager, et de la part de ce dernier quelques pastilles d’aspirine — en fait, je l’avais un peu ignoré volontairement depuis le départ — me tournant vers lui :
— Cela fait longtemps que vous exercez ce métier.
— J’ai été formé aux États-Unis, me répondit-il. Je suis certainement un des mieux formés de ma génération.
— Ça a dû te coûter la peau des couilles, dis-je en me retournant vers son père qui éclata de rire.
Il était un peu éméché l’Alfonso.
— J’ai un gros problème à régler avec cette station que vous avez vendue, cela risque de faire un gros scandale.
— Il n’y aura pas de scandale, me dit-il, personne n’y a intérêt. Même pas vous.
— J’ai visité la station avec Marcelo. Il m’a tout raconté. Il y a des gens qui se posent des questions, ils vont bientôt avoir une réponse.
— Vous ne devez pas bien connaître le pays, ce n’est pas ce petit pédé de merde que se tape le Recteur depuis sa plus jeune enfance qui fera le poids devant moi.
— N’insultez jamais les victimes devant moi, lui dis-je sèchement.
Il perdit un peu de son assurance, mais pas bien longtemps.
— Qu’est ce que vous proposez ?
Je lui expliquai.
— Vous voulez me taxer de 15.000 dollars, vous ne manquez pas d’air. Si l’église veut payer une étude pour se dédouaner. Qu’elle le fasse. Pourquoi voulez-vous que j’y mette un centime ? Cela confirme ce que vous disais au départ. Il n’y aura pas de scandale. Ces cons, ils sont même prêts à payer pour l’éviter.
— Vous connaissez le nonce apostolique, je crois.
— Mon cher — je déteste quand on m’appelle mon cher — si vous saviez le nombre de gens que je vois défiler chez moi. Des Présidents, des Ministres, des Ambassadeurs. Qui croyez-vous que je sois ?
— Saviez-vous aussi que le Nonce est le confesseur de votre mère. Il ne lui a rien dit jusqu’ici, mais j’ai son autorisation pour vous dire qu’il le fera si vous ne voulez pas prendre votre part de responsabilité. Voici sa carte si vous voulez l’appeler à l’instant pour confirmation. Il est devant son poste téléphonique et attend mon appel.
Il blanchit. Son père qui regardait la scène avec un air rusé ajouta :
— Dans ce cas-là, Carlito, je serais bien sûr de son côté. Quelle honte pour la famille, je n’ose même pas imaginer comment elle va le prendre ! Elle est si croyante.
— J’aimerais bien avoir l’argent de suite et en liquide, la totalité. Cela vaut mieux que des promesses et il faut que je rassure le nonce. Vous avez le temps d’aller le chercher pendant que nous prendrons un peu de fine.
Il se leva et demanda :
— Pourrais-je assister à l’expertise ?
— Sans problème, elle va avoir lieu samedi ou dimanche, tout ce que vous pourrez fournir comme élément pour faire passer la pilule sera bienvenu. Mais je vous préviens, mon expert, ingénieur en télécommunication et expert pour les Nations Unies, a un sens de l’humour très particulier. Ne le prenez pas à rebrousse-poil !
Il partit et les fines arrivèrent. Alfonso me demanda des explications. Je lui donnais.
— Il s’est embourbé plus de 3 millions de dollars sur ce coup ! Le salaud !
Mais une pointe de fierté brillait dans son regard. On ne se refait pas.
— On m’a dit que tu étais un redoutable joueur de Poker Patrick.
— Une vieille histoire.
Nous riions encore quand Carlito déposa une enveloppe épaisse sur la table.
Je me levai pour passer un coup de fil au nonce, sans lui cette deuxième partie aurait été difficile.
Mais je n’étais pas au bout de mes peines.

14 octobre 2006 at 6:00
Mon cher - ça ne vous ennuie pas que je vous appelle mon cher - je suis prêt à vous accorder un repos dominical (si les autres sont d’accord)
Lorsqu’on a du talent, il faut le préserver.
14 octobre 2006 at 10:55
Le chapitre de demain est déjà prêt, il est programmé pour 1 heure du matin heure argentine.
Je le recommande, je me fais désenvoûter d’une bien étrange manière. À ne pas manquer !
14 octobre 2006 at 18:23
Et bien avec un peu de chance, je serai deboust à cette heure là! et je ne perdrai pas une minute!