Adieu veaux, vaches, cochons, hôpital (19)

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Vendredi 20 octobre 2006 - 9:40

Ce texte fait suite au chapitre 18

C’est le lendemain matin que je me rendis compte que le désenvoûtement avait été parfaitement réalisé. C’est du moins ce que je me suis dit ironiquement. J’avais totalement oublié les charmes d’Anitta.
Mais il me fallait prendre congé et rentrer à Quito pour mettre en route l’audit de la station de télévision et convaincre mon ami Christian de l’éclairage qu’il serait bon d’apporter à cette étude. Avant de partir, je demandais à mon collaborateur de réserver une suite pour mon ami, son épouse et sa petite fille dans une auberge de luxe de la périphérie avec une voiture de location. Il fallait rendre tout le monde heureux pendant cette fin de semaine. Piscine, ballade en cheval, groupes folkloriques, tout cela dans une vieille hacienda transformée en hôtel.
Je fis la même chose pour moi et Eunice. Elle était ravie.
Nous étions jeudi matin et je devais être de retour avec mes amis le vendredi soir.
Les liaison avions étaient faciles et bon marché. A peine une heure de vol, une vingtaine d’€uros, et un avion toutes les heures. Pas de réservations à faire sauf pour le dernier vol du soir.
Marcelo m’attendait au bureau. Je l’avais complètement oublié celui-là. Il était inquiet et me demanda ce qu’on disait là-bas de son départ, de son absence, quelles réflexions avait faites le curé…
Il avait pris possession d’un de ses appartements. Il en avait 4 dans le même immeuble. C’était un immeuble de luxe. Entre les loyers et ce qui lui restait de ses différentes magouilles, il avait de quoi vivre sans rien faire jusqu’à la fin de ses jours.
Je pris rendez-vous avec mon futur expert pour dîner avec sa famille le soir même et je décidais d’accorder le reste de mon temps à Marcelo avant qu’il se mette à faire des bêtises.
D’abord vérifier qu’il ne m’avait pas raconté d’histoires, qu’il avait bien de quoi vivre, qu’il était bien propriétaire.
Nous nous rendîmes à son appartement. Pour ceux qui connaissent Quito, il était situé sur la Gonzalez Suarez et avait une magnifique vue sur la vallée de Cumbaya. Si l’appartement était superbe, le mobilier et la décoration étaient inexistants. Je lui en fis la remarque.
À part une gazinière et un matelas dans une chambre il n’y avait rien. Dans son état de stress et dans ces conditions de vie, il ne tarderait pas à aller se remettre sous l’aile du recteur ou sous la protection intéressée du nonce. Après 15 ans d’esclavage, il lui fallait quelqu’un pour le prendre en main et je n’en avais ni le goût ni la disponibilité.
Comme il n’y avait même pas une chaise pour s’asseoir, je l’emmenais manger quelques ceviches dans un petit établissement proche de l’appartement.
Je le regardais, il était libre, il ne le savait pas et était mort de peur. Il était arrivé hier après-midi à Quito, avait rejoint son appartement, n’avait même pas osé sortir dîner, avait fait des cauchemars toute la nuit et m’avait attendu depuis la première heure à mon bureau. Un désastre.
Avais-je bien fait de lui conseiller de s’enfuir ? À qui le confier ?
— Il faut que tu prennes sur toi Marcelo, lui dis-je.
C’était con comme réflexion, je m’en rendis compte aussitôt.
Je lui demandais de m’accompagner au bureau. J’avais du boulot, mon absence avait laissé des offres en suspend, des coups de fil à rendre un tas de petites choses qui s’accumulent et qui vous bouffent la vie rien que d’y penser.
Je l’installai donc dans un fauteuil et commençai à rendre les appels reçus sur la liste que m’avait préparée ma secrétaire, miss décolleté avantageux.
J’avais aussi dans mes bureaux un atelier graphique. C’était assez simple, nous faisions les maquettes de boîtes de médicament que les laboratoires pharmaceutiques installés dans le pays nous confiaient. C’était tout le travail préalable pour passer ensuite à l’imprimerie. Il fallait que ce soit impeccable, en espagnol bien sûr, mais en reprenant exactement la typo et les couleurs et la présentation de leurs homologues européens.
La personne chargée du petit atelier était un Chilien, réfugié en Équateur. Un bosseur. Il vivait avec une citoyenne américaine un peu hippie.
Quand Armando, c’était son nom, entra dans mon bureau il regarda longuement Marcelo et me demanda de l’accompagner au sous-sol ou était l’atelier.
À son regard, il était un peu chiant des fois, j’avais oublié de vous le dire, je sus qu’il fallait que je lui raconte l’histoire.
Je n’omis aucun détail sur le passé et la vie de Marcelo.
Je m’en charge, me dit-il. Ma femme est psychologue.
— Putain de curés de merde, ajouta-t-il, il faudrait tous les pendre !
— N’en fait pas un révolutionnaire, il a déjà assez de défauts comme cela, lui dis-je en riant.
C’était une plaisanterie régulière entre nous.
— J’ai besoin d’un apprenti, on va le prendre, comme ça on aura l’oeil sur lui tout le temps.
Je levais les yeux au ciel. En fait, Armando dirigeait tout en bas. Ils étaient 5 à travailler. Il fixait les salaires, embauchait, décidait des primes et de ce qui devait me rester comme bénéfice. Quand il y en avait de trop à son goût, il distribuait des compensations financières supplémentaires ou de l’achat de matériel supplémentaire. Il ne s’oubliait jamais au passage, je le soupçonnait d’être un peu trotsko sur les bords.
Il était heureux comme cela, les clients l’appréciaient, il était capable de faire bosser tout le monde jour et nuit quand il était à la bourre et de les emmener faire des repas gastronomiques qui ne se terminaient pas avant 4 heures de l’après-midi quand tout était fini.
C’est ainsi que Marcelo, le jour même, commença à s’initier aux arts graphiques.

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Un commentaire pour “Adieu veaux, vaches, cochons, hôpital (19)”

  1. Yeti a dit:

    Cool, tu as trouvé un peu de temps :)

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