Adieu veaux, vaches, cochons, hôpital (20)

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Mercredi 25 octobre 2006 - 12:19

Ce texte fait suite au chapitre 19

Un dîner était prévu le soir même chez mon ami Christian pour mettre au point l’étude, plutôt l’audit de la station de télé.
J’avais un certain nombre de couleuvres à lui faire avaler, il fallait que je réfléchisse à la bonne manière de lui présenter tout cela. Deux heures devant moi, rien de tel qu’un bain turc à mon club le Quito Tenis pour me reposer de cette semaine de travail et penser à mon aise.
Ingénieur télécom, il était détaché de son administration et employé comme expert par le PNUD à Quito. C’est qu’à cette époque-là la France préparait sa grande conquête du marché sud-américain dans le domaine des télécommunications. Les fonctionnaires français nettoyaient le terrain pour le compte d’Alcatel.
Un peu bobo, il faisait aussi partie de ces experts qui travaillaient pour le parti socialiste. De cette nouvelle race de socialistes tout droits venus de la JOC, rien à voir avec l’ancienne SFIO, si vous voyez ce que je veux dire, la génération Mitterrand quoi !
Il était toujours mal habillé, et portait une barbe touffue qui cachait son visage. Il préférait manger des clams à la Coupole qu’un boeuf bourguignon chez le bougnat du coin, mais il avait un sens de la solidarité et une gentillesse qui me le rendait fort sympathique.
Monique, son épouse, grande, blonde, excellente maîtresse de maison et très fière du statut diplomatique que le poste de son mari lui conférait me dit en m’embrassant :
— Tu sors du sauna, toi !
— Du bain turc, le sauna à 2800 mètres d’altitude, ça craint ma grande !
Leur petite fille vint aussi m’embrasser. Elle était mignonne, blonde comme sa mère et me dit :
— Tu nous emmènes en week-end ?
Bien sûr que j’allais les emmener en week-end. Christian préparait les cocktails dans le salon. Il me fit signe d’approcher. Il faisait toujours le même, un truc à base de whisky de gin et de Campari, le tout servi dans des verres de grande contenance. Au second, on se demandait comment on allait se lever pour passer à table. Au troisième, on trouvait la solution.
J’attendis le deuxième verre pour parler du sujet. Je lui expliquais donc que la communauté catholique de cette petite ville de province était inquiète des dépenses faites par le Recteur de l’université pour l’achat d’une station de télévision. Ce pauvre homme, qui dans sa grande humilité reste curé alors que sa position sociale, descendant d’un grand président de la République, lui aurait au moins permis d’être cardinal, d’autant qu’un de ses arrières-grands-oncles avait été béatifié et était le saint protecteur de la ville…
… oui il avait été certainement grugé par son homme de confiance qui avait d’ailleurs pris la fuite…
… le nonce apostolique m’avait demandé de régler ce problème… tout naturellement, j’ai pensé à toi…
Puis vinrent les questions, ma dernière réponse le fit sursauter.
— Ils ont dépensé 4 millions de dollars, à mon avis il y en a pour 200.000, en comptant les bâtiments.
— Tu es tombé sur la tête, comment veux-tu que je fasse cela ?
— Écoute-moi ! Le rapport restera confidentiel, il ne sera jamais mis sur la place publique, tu vas m’enrober tout ça dans 50 pages de données techniques, insister sur le fait que c’est du matériel d’occasion, que les prix fluctuent très vite dans ce domaine et que si le conseil n’avait pas mis plus d’un an pour se décider les différences auraient été moins importantes et puis on va surévaluer les bâtiments et le terrain. C’est tout ce dont ils ont besoin.
— Pour 500 dollars ?
— 1000 avec le week-end et une jeep de location.
Ils se regardèrent avec sa femme et c’est elle qui prit la parole.
— 1500, me dit-elle. Je pars en vacances dans trois semaines, j’ai besoin d’argent, et je sais que tu dois bien t’en tirer.
Il me fallait hésiter, je le fis prudemment.
— OK, mais pas de secrétaire à taper le rapport, c’est Monique qui s’en charge, ici chez vous.
Je mis les billets d’avion et voutchers sur la table, 750 dollars à titre d’avance et demandai à ce que tout le monde soit à l’aéroport le lendemain à 17 heures.
— On passe à table maintenant, dit la maîtresse de maison, parle-nous de tes amours Patrick.

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2 commentaires pour “Adieu veaux, vaches, cochons, hôpital (20)”

  1. Aless a dit:

    Ah le retour de notre série préférée!!!

    Encore por favor! :-)

  2. Remi a dit:

    Je suis largué, j’attends la compilation finale pour tout lire

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