Adieu veaux, vaches, cochons, hôpital (29)

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Mardi 21 novembre 2006 - 18:46

Ce texte fait suite au chapitre 28

Une odeur de café et de pain grillé me réveilla ce matin-là. Eunice, souriante, m’attendait dans la cuisine en sirotant son premier café. Elle avait plein de choses à me dire. Mais j’étais nerveux et tendu et je lui expliquai de la manière la plus gentille possible qu’avant que j’aie pu ingurgiter un demi-litre de café il était inutile d’essayer d’entreprendre une conversation.
Elle leva les yeux au ciel, puis décida de me laisser en paix. Il fallait que la machine se remette en marche, que je classe mes idées, que je découvre les solutions aux problèmes immédiats que le sommeil m’avait apportées. Un tas de petites choses que je serais bien en peine de vous expliquer, mais qui me sont nécessaires.
Au troisième bol de café je la regardai et lui souris.
— Je suis prêt.
— Tout d’abord, ton plan n’est pas bon. Tu ne peux pas faire confiance à ces révolutionnaires. Je les connais tous. Marcos est un type sérieux, mais il n’est pas toujours très bien entouré. Des étudiants qui passent plus de temps au café qu’à la fac et qui commettent des petits larcins dans la nuit, me dit-elle.
Rodrigo risque de se faire subtiliser l’argent que tu vas lui remettre et il n’est pas sûr qu’ils soient à la hauteur avec les hommes de l’avocat.
— Tu connais l’avocat du Padre ?
— Il se fait appeler Ernst Gruber, il est arrivé du Brésil il y a une dizaine d’années. On le soupçonne d’être un ancien nazi. Il a trois hommes de main, on ne sait pas très bien ce qu’il fait, mais nous croyons qu’il a quelque chose à voir avec des disparitions d’enfants dans les quartiers pauvres de la ville.
Puis elle me dit que son cousin Huascar allait arriver dans un instant et qu’il faudrait que je lui fasse confiance, qu’elle attendrait elle-même dans la cathédrale, près de la porte du bureau du curé Rodrigo et qu’elle échangerait l’enveloppe des dollars avec une autre enveloppe emplie de papier.
— Rodrigo est d’accord avec moi et ne dira rien à Marcos.
Devant une femme décidée et organisée, il n’y a pas grand-chose à dire. Je lui donnai mon accord.
C’était un grand gaillard le Huascar. Cheveux noirs, les traits qui auraient pu être coupés à la hache si son visage n’avait pas eu cette rondeur propre à ses origines. Il avait parlé longuement avec Eunice pendant la nuit, connaissait le restaurant où nous devions dîner avec mes deux ennemis et avait prévu de mettre des hommes un peu partout.
Comme il me le dit :
— Tout d’abord pour me permettre de rentrer de ce rendez-vous sain et sauf, ensuite pour éviter que nos guérilleros commettent des actions irréparables dont je pouvais devenir responsable.
Puis en sortant, il me donna rendez-vous pour déjeuner dans leur centre communautaire. Il faut que tout le monde puisse te reconnaître, me dit-il.
La belle Eunice était contente et rassurée, elle vint m’embrasser lorsque le téléphone sonna.
— Quelle surprise… avec Patrick ?… Ce midi, il ne peut pas… bon d’accord, je viendrais seule… Mais… Je ne sais pas si je pourrais faire ça… rire… c’est vrai, on peut toujours en parler.
Elle raccrocha, resta silencieuse un moment.
— C’était le Dr Rosas… Il m’offre un travail, constituer un herbier de plantes médicinales et donner des cours. Et puis il me demande de reprendre mes études de médecine sans aucuns frais pour moi. Je le vois ce midi chez lui pour qu’on se mette d’accord.
Elle se mit à pleurer.

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2 commentaires pour “Adieu veaux, vaches, cochons, hôpital (29)”

  1. Kersaint a dit:

    A la grande époque de bientôt feu “Libération”, il y avait des “ndlc” (note de la claviste) dans chaque papier…je vais perpétuer la tradition: “Il se fait Ernst Gruber” (ndlc: il manque au moins un mot) ;-)

    Sinon, merci pour le 29…vivement le 30.
    Hasta Luego

  2. Patrick a dit:

    Merci Kersaint, c’est rectifié

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