Adieu veaux, vaches, cochons, hôpital (31)
768 lecturesJe sais, je vous ai fait attendre longtemps.
Pour ceux qui n’ont pas suivi, le PDF des trente derniers épisodes est ici.
J’étais une nouvelle fois dans son bureau. Le whisky était sur la table tout comme la tablette d’aspirine qui ne le quittait pas.
Il me regarda d’un drôle d’air, un peu soucieux, un peu mécontent.
— Tu dois être content, tu as ton contrat Patrick !
Je lui souris. Je connaissais son problème et puisqu’il abordait le thème et pour ne pas perdre de temps je lui expliquais longuement que tout cela allait nécessiter une restructuration de ma base ici et que je cherchais un deuxième vendeur afin de faire face à la demande.
— On m’a d’ailleurs parlé d’un jeune garçon qui travaille pour mes concurrents, j’aimerai bien le connaître, lui dis-je.
— Je te le recommande, il a eu de meilleurs résultats que Rodrigo ces dernières années.
— Et si j’ai bien compris, il fait partie de ta famille par alliance, répliquai-je.
Je ne voulais quand même pas initier un débat stérile sur les qualités de l’un et de l’autre. Autant mettre les cartes sur table.
Il était redevenu souriant et me servit un whisky ce dont il s’était curieusement abstenu jusqu’alors.
— Bien sûr, continuai-je, cela va mettre à la baisse les espoirs de gains supplémentaires de Rodrigo, mais je me fais fort de résoudre le problème. D’ailleurs Teresa, son épouse cherche une place de secrétaire, si tu as connaissance d’un poste vacant, fait lui signe.
— Je l’aime bien Teresa, je la connais depuis qu’elle est toute petite. Je vais voir ce que je peux faire.
Il me tendit une grosse enveloppe contenant mon contrat et les documents afférents et en se levant pour m’indiquer que la réunion était close ajouta :
— Prudence Patrick, tu as un ennemi féroce dans cette ville maintenant sur qui ni la justice ni la police n’a de prise. Il va t’obliger à rendre Marcelo.
N’ayant pas grand-chose à répondre à cela je sortis et après avoir fait un clin d’oeil à Eunice qui officiait dans l’entrée, je me dirigeai vers le centre communautaire ou Huascar m’attendait.
C’était une vieille bâtisse coloniale dans la partie du centre qui n’avait pas subi les outrages de la modernisation de l’architecture locale. Une vraie ruche, des salles de classe, un réfectoire et une cuisine, d’autres salles réservées à des ateliers divers et du personnel de diverses ONG qui venaient donner des cours, des conseils de l’assistance médicale et surtout distiller leur philosophie.
Il y en avait pour tous les goûts, de l’extrême gauche à l’extrême droite en passant par les salésiens. Un mélange explosif.
Je souris intérieurement et je me demandais si cela était bien raisonnable. J’écoutais à peine Huascar qui m’expliquait le fonctionnement du centre. J’essayai d’imaginer ce qui pourrait résulter de tout cela, de cette confrontation de cultures et d’idées, mais surtout d’objectifs.
Un conglomérat de bonnes idées sans ensemble. Un conglomérat de bonnes intentions sans objectif défini. Les plus intelligents y trouveront leur substance, les autres seront définitivement perdus, pensai-je intérieurement.
Je garde encore aujourd’hui en moi cette image, difficilement explicable rationnellement.
Je pris le temps d’aller saluer tout le monde en évitant les coopérants des différentes ONG présents. Il était l’heure de partager le repas communautaire. L’idée de Huascar était de me faire connaître de tous ceux qui participeraient des manoeuvres prévues pour le lendemain soir et à ma protection.
Il était 5 heures du soir lorsque je rentrai au domicile d’Eunice. Nous avions décidé de partager du mieux possible les heures qui me séparaient de la confrontation avec le curé et son avocat le lendemain.
Mes idées étaient en ordre, la douceur et la tendresse de ma maîtresse apaisèrent l’anxiété qui était la mienne.

11 mai 2007 at 17:19
[...] même d’en commencer une autre. Pour d’ores et déjà vous mettre à jour, c’est par ici. Un petit pasillo équatorien pour vous faire patienter [...]