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Adieu veaux, vaches, cochons, hôpital (4)

Ce texte fait suite au chapitre 3
On a toujours une impression de puissance lorsqu’on se fait trimballer dans une Mercédes avec chauffeur. Sièges cuir, rideaux aux fenêtres sans oublier un crucifix placé entre le montant des deux portières, le véhicule du curé ne passait pas inaperçu dans cette petite ville que nous allions quitter pour nous diriger vers la campagne ou était une partie des champs et fermes à visiter.
Même entre 2000 et 2.400 mètres d’altitude, les champs bordés d’immenses eucalyptus paraissaient correspondre à nos campagnes boisées.
Le secrétaire chafouin s’était installé à l’avant et nous commentait les projets de l’Université. Ils étaient nombreux. Tout cela me paraissait un peu rapide et j’étais surpris qu’aucun entretien n’ait été prévu avec un professeur, un ingénieur agronome, un technicien.
Je lui fis part de cette réflexion et il sembla pris au dépourvu.
L’homme avait quand même de la ressource et me dit :
— Vous avez besoin de tous ces gens là pour me faire une première offre ?
— Non, mais l’avis des personnes qui auront à gérer directement ces investissements est toujours utile. Mais nous feront sans.
Nous nous arrêtions de temps en temps pour voir un bâtiment de ferme, des champs, des cultures, les sources d’eau. Je me demandais ce que je faisais ici, car somme toute, vu les informations qu’on me donnait, j’aurais très bien pu rester à mon bureau, envoyer quelques télex en France et faire parvenir une offre du matériel et des animaux désirés par courrier.
Il était presque deux heures de l’après-midi et j’avais faim. En traversant un petit village, j’aperçus à l’ombre d’une porte ouverte une Indienne qui cuisait des cuyes. (prononcer couilles) Le cuy est un cochon d’Inde, une nourriture très appréciée dans ces régions. Cela s’élève facilement, c’est délicieux, la viande est maigre et ils sont cuits en brochettes, transpercés par une tige en bois dans le sens de la longueur, sur une espèce de barbecue.
Avec quelques galettes de maïs frites et des rondelles de plantain dans une huile dont je ne demandais pas l’origine et de la bière cela constitue un repas à peu près complet.
Cet arrêt nous permit de faire baisser la tension entre personnes qui se voient pour la première fois. Le chauffeur me parut plus sympathique et moins patibulaire, le secrétaire moins chafouin. Quelques blagues bien grasses là-dessus et la glace était rompue.
C’est alors que Marcelo, l’homme de confiance, me prit à part avant de monter dans la voiture et me dit :
— Vous avez fait une forte impression au Recteur. Tous ces projets dont nous parlons, c’est un peu de la broutille par rapport à ce que nous avons l’intention de vous confier.
Je ne peux pas encore vous en parler, vous en saurez plus demain. Soyez à la Cathédrale à la même heure qu’aujourd’hui. Il nous reste peu de choses à voir, je vous ramène ensuite à votre hôtel.
Il restait effectivement très peu de choses à voir. C’est ainsi qu’en début d’après-midi je me retrouvais avec Rodrigo à l’hôtel en train de rédiger plusieurs télex pour obtenir les prix dont j’avais besoin.
Puis je lui donnais quartier libre, sachant qu’avec le décalage horaire je n’aurais pas de réponse avant le lendemain matin, dans le meilleur des cas.
Puis je me dirigeais vers le siège de l’association des éleveurs du coin dont le Président, vieille figure politique de la région, était une vieille connaissance. Nous avions fait des affaires ensemble et partagé un voyage à Bogota, il y avait 6 mois de cela, invités par les éleveurs colombiens.
Le siège de l’association était une vieille maison coloniale. Ele servait aux réunions de travail, mais aussi était un peu un club fermé pour ces messieurs qui ne dédaignaient pas se réunir devant de bonnes bouteilles pour parler des femmes et de la politique.
Eunice, charmante secrétaire de ce club d’hommes, me reçut avec un grand sourire. Patrick, mon chéri, que viens-tu faire ici sans prévenir ? Elle m’aimait bien, sans doute parce que je lui rapportais à chaque visite un parfum français, et me dit à l’oreille.
— Alfonso est là, tu veux le voir ?
C’était bien lui que je venais voir. 65 ans, grand, maigre, carburant à l’aspirine et au whisky à longueur de journée il entretenait encore sa femme officielle, comme cela se disait par ici, et deux jeunes maîtresses dans deux haciendas différentes aux portes de la ville. Il avait été ministre de l’Agriculture deux fois et avait avec le pouvoir des rapports de force, d’amitiés, d’inimitiés qui en faisait un personnage éminemment respecté.
Avec un grand éclat de rire en guise de bonjour il me dit :
Que traficotes-tu avec ce corbeau de malheur ?
(A suivre)
Je n’ai pas mis de pasillo équatorien cette fois-ci. Il semble que vous n’appréciez pas cette musique qui, malheureusement, est en train de se perdre. Mais ne comptez pas sur moi, n’en déplaise à Anitta, pour vous les remplacer par du Bob Marley. J’en perdrais mon fil RSS.

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Un Commentaire

  1. May dit :

    Ben moi pour le pasillo, je trouvais que ca mettais dans l’ambiance….dommage

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