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Adieu veaux, vaches, cochons, hôpital (6)

Ce texte fait suite au chapitre 5
equateur.jpgBranle-bas de combat à l’association. Je n’avais encore jamais vu cela. On sortait des armes de tous les placards, Eunice, la pauvre était priée de téléphoner à tous les membres pour leur demander de se mettre sur écoute des ondes courtes.
Cette nuit, ça allait barder.
Je profitais de ce remue-ménage pour aller me changer à l’hôtel et prier Rodrigo de passer me prendre à l’hacienda d’Alfonso, celle d’Anitta, il connaissait, à 8 heures le lendemain matin. J’en profitais pour acheter whisky et vin afin de passer plus agréablement cette veillée.
Tout en croquant de l’aspirine, une véritable manie qu’il avait contractée après son premier infarctus, Alfonso me dit.
— Monte dans la jeep, nous partons. Hors de question que tu te mêles à cela, mais tu resteras à la ferme pour veiller au grain.
Tout en disant cela, je le voyais mettre à l’arrière du véhicule, fusils, pistolets et ce qui me parut être une kalachnikov, s’en oublier des caisses de munitions. Une couverture là-dessus, le revolver à la ceinture, des bottes en cuirs, veste de chasse, l’homme était manifestement aux anges.
Le soleil se couchait comme tous les jours à 18 heures lorsque nous prîmes la route. C’était une des choses, curieusement, les plus difficiles à supporter dans ce pays. 12 heures de jour et puis 12 heures de nuit et cela à longueur d’année. Pas vraiment de saison, des périodes un peu plus pluvieuses ou sèches c’était le seul repère.
— Toi aussi tu as pris tes munitions, me dit-il, en voyant les bouteilles que j’avais mises dans un sac. Bonne idée, je ne sais pas ce qui reste là-haut, cela fait plus d’un mois que je n’y ai pas mis les pieds. Je vais me faire sonner les cloches.
Il me donna une grande tape amicale sur la jambe et rajouta :
— Comme je te l’ai dit, je lui laisse la ferme à la petite. Entre ma femme et Alejandra dans l’autre ferme, je ne peux plus suivre. Et puis je lui ai fait un petit. Alors, c’est un accord qui permet de ne pas léser mon fils et son héritage.
Je compris beaucoup mieux cette générosité qui ne faisait pas partie des habitudes du pays.
Je connaissais aussi Alejandra, une plus vieille histoire à mon avis, et je me rendis compte à ce moment-là que si je connaissais bien cet homme, ses deux maîtresses, ses activités professionnelles, ses loisirs, je ne connaissais absolument pas son épouse et n’étais jamais entré dans sa demeure officielle. Cherchez pas, comme on dit en anglais : You don’t belong. Autant se le rappeler de temps en temps, cela remet les idées en place.
Son hacienda n’était pas très accessible, il fallait passer un col à 3500 mètres pour redescendre dans une petite vallée ou s’étendaient 300 hectares de terrain essentiellement destinés à la culture de la pomme de terre. Il y avait aussi quelques bêtes et quelques champs de maïs, pas d’eau courante ni électricité. Un puits avec une pompe électrique, un groupe électrogène, alimentaient une maison faite de grandes pièces équipées de cheminées.
Anitta nous attendait, sur le pas de la porte. Comment vous la décrire ? Cheveux châtains, grande, élancée, timide, un visage qui respirait la bonté, un corps à la fois maigre et voluptueux. Des bottes, une petite robe de coton, toute simple, un châle sur les épaule, elle nous accueillit avec le sourire.
Les nuits sont fraîches à cette altitude, la chaleur de l’âtre nous réchauffa agréablement. Assis dans un fauteuil devant la cheminée je laissais Anitta et Alfonso parler dans la cuisine des affaires de l’hacienda, de son absence prolongée, des travaux qu’il fallait entreprendre, que sais-je ?
Le poste radio amateur était bien sûr branché et crachotait dans la pièce. Au dehors la nuit avait pris depuis longtemps possession de son territoire et seule une lune pleine dessinait une pâle esquisse du paysage environnant.

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Un Commentaire

  1. neno dit :

    Je n’étais pas venu depuis qqe jours, mais c’est avec le même plaisir que j’ai repris l’histoire où je l’avais laissée… vivement la suite.

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