Adieu veaux, vaches, cochons, hôpital (7)

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Vendredi 6 octobre 2006 - 11:30

Ce texte fait suite au chapitre 6
ecuador-03.jpgMalgré le ronronnement du groupe électrogène, j’écoutais ce qui ressemblait fort à une rupture, rupture annoncée certes, rupture négociée assurément, mais rupture. Pas de cris, un murmure, pas de sanglots, juste de la tristesse dans la voix.
Ils ressortirent tous les deux de la pièce qui servait de cuisine et pendant qu’Anitta dressait la table, Alfonso s’assit auprès de moi et servit du whisky.
Puis à haute voix, un peu forcée :
— Patrick, j’ai un service à te demander, pourras-tu venir chercher Anitta mercredi matin et l’amener chez mon notaire, je te donnerai l’adresse. Pendant un certain temps, il va falloir que tu sois un peu plus présent par ici. Passes demain à l’association je te passerais une Jeep. Ensuite tu la lui laisseras.
Présenté de cette manière, et devant l’intéressée, il m’était bien difficile de refuser. On m’aurait téléphoné à Quito pour me demander la même chose j’aurais trouvé mille raisons pour ne pas être astreint à ce service.
Puis il prit un casque et le microphone et commença à donner ses ordres pour évacuer l’hacienda envahie. Je compris que l’affaire était plus grave que les précédentes. Ils étaient une centaine d’Indiens qui s’étaient installés sur les terres d’un propriétaire particulièrement absent de son domaine. Il pratiquait l’élevage extensif, mettait des bêtes à paître et revenait les capturer quelques mois après pour les vendre à l’abattoir. Le contremaître, ou particulièrement fainéant ou complice de la situation ne lui avait rien dit. Ce n’était que dimanche dernier, le temps magnifique s’y prêtant, qu’il avait découvert l’ampleur du désastre en emmenant toute sa petite famille pique-niquer sur sur son domaine.
Il fallait donc qu’ils soient nombreux, armés jusqu’aux dents afin de faire fuir les intrus et détruire toute trace de leur séjour. Surtout leur faire peur l’entendis-je répéter plusieurs fois. Qu’il n’y ait pas de victimes, les meneurs ne sont pas là de toute façon.
Rendez-vous fut pris vers onze heures non loin des terrains à “libérer”.
Je réfléchissais à cette réalité du pays et de ses habitants. Il y avait plusieurs communautés d’Indiens, certaines communautés avaient réussi à se soustraire aux habitudes ancestrales. Elles pratiquaient l’artisanat avec bonheur et vivaient de l’apport du tourisme. Les autres se contentaient de n’être que des ouvriers agricoles occasionnels dans le meilleur des cas, ou bien s’installaient de plus en plus haut dans la cordillère sur des terrains dont personne ne voulait.
Ils en étaient à leur deuxième colonisation, tout d’abord l’Inca leur avait peu à peu confisqué leurs terres ancestrales pendant un règne qui dura entre 100 et 150 ans. Puis les Espagnols les avaient remplacés. Des siècles de servitude et de misère.
Pourtant, jusqu’à présent les problèmes avaient été mineurs, les nouveaux colons avaient besoin de main d’oeuvre, de femmes aussi et la population étaient totalement métissée. Un métissage réel, mais absent dans les esprits de tous et notamment de l’oligarchie qui continue à faire croire à ses enfants qu’ils sont les purs descendants du Conquistador, que l’on préfère dans tous les cas appeler le Libertador.
Mais aujourd’hui, la modernité, les télévisions installées partout dans les campagnes afin de faire passer la bonne parole du gouvernement leur avaient fait entrevoir un monde dont ils n’imaginaient même pas les richesses et la diversité.
Anitta avait préparé une soupe remarquable, comme seulement dans les fermes de la cordillère on arrive encore à en manger. Je lui en fis compliment. Elle rit :
— À chaque fois, tu me dis la même chose Patrick !
Le vin qui avait copieusement accompagné ce frugal repas lui avait mis de la couleur aux joues et une étincelle dans son regard.
Alfonso sortit dans la cour de la ferme et revint avec un fusil à pompe, un revolver et des boîtes de munitions. Il me confia le tout et me demanda de laisser tout cela ici. Il s’enquit de savoir si j’avais prévu une manière de rejoindre la ville demain matin. Sur ma réponse affirmative, il partit et me donna rendez-vous pour le lendemain soir à l’Association.
La jeep n’avait pas fait 100 mètres qu’une créature de 5 ans apparut à la porte du séjour et me sourit.
C’est Miguelito, me dit Anitta, Alfonso refuse depuis sa naissance qu’ils soient mis en présence l’un de l’autre.

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9 commentaires pour “Adieu veaux, vaches, cochons, hôpital (7)”

  1. C'est Raoul a dit:

    Ya toujours le coté captivant, mais tout en se sentant du coté des “oppresseurs”, ce qui me donne en même temps le gout de vomir.
    Dure réalité…

  2. Patrick a dit:

    Tout n’est pas tout noir ou tout blanc, pas facile effectivement

  3. Aless a dit:

    Cette histoire est encore mieux que “Loja, Vilcabamba, Cariamanga”! :-)

    Pas mal ce scoop à la fin! Je suis curieux de connaître la suite pour savoir pourquoi il ne veut pas voir le petit!

  4. Yeti a dit:

    Quel talent, on s’y croirait !

  5. Patrick a dit:

    Non, non ce n’est pas bien écrit. Cela peut le paraître comme cela parce qu’il y a de la matière, mais il s’en faut beaucoup. On fera avec !

  6. Arno a dit:

    Uhmmmmmmm avec tous ces fusils cela v amal finir !! et bien entendu le prélat sera dans le coup!!!

    La suite vite !!! ;)
    Arno

  7. Hawaitost a dit:

    Ce récit est toujours aussi remarquable, point barre .-

  8. Laurent bertin a dit:

    Vivement la suite.

    A quand tes mémoires (si bonne mémoire tu allais/avais commencé à les ecrire non ?

    Laurent Le belge aux idées de brasseur en argentine

  9. Patrick a dit:

    C’est pour quand cette brasserie Laurent ?

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