Adieu veaux, vaches, cochons, hôpital (8)

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Lundi 9 octobre 2006 - 12:33

Ce texte fait suite au chapitre 7
Miguelito était un charmant gamin. Il me regardait avec des yeux grands ouverts et tenait dans ses mains un petit livre. Lentement il s’approcha de moi. Ma présence et la chaleur du bois crépitant dans la cheminée l’attiraient inexorablement vers mon fauteuil. Je lui fis une petite place et il s’installa à mes côtés. Puis il poussa un grand soupir de soulagement.
Cela nous fit rire, le rire d’Anitta était agréable à entendre pour les deux hommes présents dans la pièce. Ainsi rassuré, il me présenta son livre. Il y avait des images, un âne et un petit indien, si ma mémoire est bonne.
Je commençais donc à lui inventer une histoire. Une histoire triste. Je me demande encore aujourd’hui, pourquoi on lit toujours des histoires tristes aux enfants.
Deux minutes après, il partit d’un rire énorme, franc, direct, pur, comme seuls les enfants savent nous en faire cadeau.
— Tu parles drôle, me dit-il.
Encore trahi par mon accent, pensais-je, et je me mis à leur faire les gros yeux à tous les deux, essayant de prendre mon air le plus méchant. Cela se termina par un fou rire général. Nous en avions tous besoin.
Une petite demi-heure après, temps pendant lequel il me fit l’honneur de me présenter tous ses jouets, attendant mes commentaires, me reprenant lorsque je ne connaissais pas le nom de la longue série de GI JO qui lui appartenait, l’heure du coucher sonna pour lui de la voix douce, mais non moins pleine d’autorité d’Anitta.
desirvoil.jpgJe profitais de ce moment pour vérifier les armes laissées par Alfonso, sachant bien, qu’il n’y avait aucune raison de s’en servir, ici, ce soir.
Lorsqu’Anitta revint dans la pièce elle m’expliqua pourquoi son Père ne voulait pas être mis en la présence de son fils. Bien difficile de vous expliquer tout cela avec ses mots. Il y avait beaucoup de tendresse et autant d’insatisfaction qui frisait le mépris dans son discours.
En terme simple, pour des raisons essentiellement financières, le terme est peut-être mal choisi, disons que, plus particulièrement, afin de ne pas priver son fils unique de son héritage, il ne désirait pas assumer cette responsabilité. Il ne désirait pas que cet enfant puisse soupçonner qui était son père et réclamer un jour des terres et des biens qui devaient rester dans sa famille.
Plus un problème de culture que d’argent, car le cadeau que venait de faire Alfonso à Anitta n’était pas une aumône. Ces terres valaient énormément d’argent et leur permettraient, à tous les deux, de vivre, de payer les études, d’être à l’abri du besoin pour le reste de leur vie. Bien sûr il fallait être sur place, travailler, mais c’est ce qu’il l’avait obligé à faire pendant ces 5 dernières années.
Il lui faudrait, à la signature de la donation, certifier que cet enfant était le fruit d’une aventure avec un ouvrier agricole de passage, disparu aujourd’hui et dont le nom n’était pas une pure fantaisie, car il avait bien existé et était mort, sans héritier, dans des circonstances encore non élucidées.
Il y avait de la rage, de l’humiliation dans ses yeux, mais aussi un désir de vivre son futur avec son petit Guillermito qui était touchant.
Elle se leva, me dit :
— Il n’y aura plus jamais d’Alfonso dans ma vie. Il est tard Patrick, cela 5 ans que je n’ai pas fait l’amour. Viens !
On peut toujours refuser son amour à une femme, cela ne porte pas à conséquence, mais jamais se soustraire à ses désirs. Je la suivis.
Peinture :
Désir voilé
Martine Carles

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