Vous le connaissiez vous Robert Redeker? Moi, non. Et la majorité des média français non plus.
Je crois qu’en france il y a eu une réaction préventive à la Salman Rushdie, voire à la Voltaire (je suis pas d’accord avec ce que tu dis mais blahblahblah…); histoire de laisser le temps à tout le monde de savoir si ce toulousain n’est pas qu’à la recherche de notorièté….Et ouais, ça marche comme ça en France maintenant avec les médias: prouves nous que t’es un bon client, et on verra ce qu’on peut faire! Bref, j’espère pour lui qu’il rentre dans les petites cases de notre ministre de l’intérieur, sinon je lui prédis un très, très mauvais hiver.
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Evidemment, la liberté de pensée et de parole est sacrée en France, et il faut se battre continuellement pour la défendre.
La liberté de pensée et de parole, c’est aussi la liberté de dire des conneries.
C’est évidemment scandaleux que Redeker soit menacé dans son intégrité physique.
Cependant, cela occulte le fait que son propos est pour le mloins discutable. Il oppose (et je ne caricature pas) l’islam violent à la chrétienté ou au judaïsme qui seraient porteurs de paix … Humhum, pour un philosophe, cela apparaît quelque peu faiblard comme discours non ? Ce brave monsieur a-t-il entendu parler des guerres de religion ? Se souvient-il au nom de quel dogme les américains ont envahi l’Irak ?
Du coup, il me semble que l’on comprend un peu mieux que cette affaire soit saisie par le très conservateur, catholique et bien pensant “La Nacion”, non ?
Pour ma part, j’attends plutôt d’un philosophe qu’il nous ouvre des pistes de reflexion pour que l’on stoppe en France et ailleurs l’avancée de l’islam radical, et surtout pas qu’il nous offre un discours simpliste, caricatural voire haineux. Même s’il a le droit et la liberté de formuler celui-ci.
“Je redoute un retour à la notion de sacrilège”
On peut penser ce que l’on veut du papier de Robert Redeker. Il est critique du Coran, mais on pourrait critiquer de la même façon les autres religions. Son article n’est pas un appel à la haine. Appeler à la responsabilité des intellectuels, cela commence à m’énerver, car c’est un appel à se taire.
Voyez cet opéra de Mozart suspendu à Berlin parce qu’il y a eu des menaces [la mise en scène montrait des têtes coupées de Jésus, de Bouddha, et de Mahomet, NDLR]: mais où va-t-on! On met le doigt dans un engrenage fatal.
A l’époque de Voltaire, ceux qui critiquaient l’Eglise risquaient une lettre de cachet, pas d’être assassinés. Nous retombons dans l’obscurantisme le plus total. Je redoute un retour à la notion de sacrilège. Je pense que toutes les religions doivent être critiquées, comme toutes les idéologies. Elisabeth Badinter
Lire Jean Robin, juif et gaulliste Judéomanie Éditions Tatamis
Et Georges Corm, L’Europe et l’Orient
: IL N’Y A JAMAIS EU DE FATWA !
Jacques RICHAUD
(Chronique d’une islamophobisation des esprits)
Jacques RICHAUD - 13 octobre 2006
La sur-médiatisation et la dramatisation de «l’affaire Robert Redeker » par nos services politico-médiatiques aurait pu inciter à la prudence tous ceux qui en toute bonne foi souvent ont cru devoir réagir après s’être indignés. Une simple investigation «journalistique » menée correctement aurait peut-être pu éveiller quelques soupçons concernant les intentions de ceux qui ont instrumentalisé ce fait en évoquant les noms de Rushdie et Calas, un peu trop vite peut-être. C’est alerté par des amis arabophones étonnés de la teneur des affirmations exploitées par la presse que j’ai demandé à trois sources arabophones différentes, dont une universitaire, de vérifier la teneur des propos tenus sur la chaîne Al-jazeera, incriminés comme à l’origine de la «FATWA » dont serait victime Robert Redeker. Les trois «retours » reçus ce jour douze octobre sont similaires et surprenants ! Pour donner à cette modeste investigation la rigueur nécessaire et l’interprétation utile, il est important de reconsidérer la chronologie des faits établis, en se posant à chaque étape les questions que cette affaire non encore achevée, ne manque pas de soulever.
- I - CHRONOLOGIE D’UNE AFFAIRE SINGULIERE :
- C’est le 19 septembre 2006 que le Figaro publie une double tribune sur la même page, celle de Robert Redeker et celle d’Antoine Sfeir. Celle de Robert Redeker se nomme «Face aux intimidations islamistes, que doit faire le monde libre ? »
- Le jour même de la parution de ce quotidien du matin, 19 septembre, sa diffusion est interdite en Tunisie (Elle sera le 24 septembre également interdite en Egypte par décret – source Reporters sans frontières le 25 9 2006)
- C’est le même jour que Robert Redeker déclare «avoir reçu des menaces de mort » et prévient le responsable de son établissement de son incapacité à assurer la poursuite de ses cours ; il est aussitôt «exfiltré » et caché en lieu sur, ainsi que sa famille mise également sous «protection » par la Défense et Surveillance du Territoire (DST). Le professeur lui-même sur I-Télé précisera avoir reçu des «menaces directes par mail » et révèle que des forums jihadistes «qui ne sont pas accessibles à tout le monde » donnent «toutes les coordonnées pour pouvoir (l’)assassiner ».
- Ce n’est que le 20 septembre sur la chaîne Al-jazeera dans le bulletin d’information bref de Hassad Al Yaoun d’une minute qu’est transmise l’information de la censure du Figaro en Tunisie, à cause «d’un article insultant le prophète Mohammed » écrit par un philosophe dont le nom n’est pas même cité, mais qui «accuse le Coran d’inciter à la violence » et qui «se moque des rites du pèlerinage chez les musulmans » (Tout ceci est effectivement contenu dans la tribune de RR). Dans une information complémentaire la parole est donnée au «Président de l’union islamique des savants musulmans » le cheikh Youssef Al-Qardaoui qui dans son commentaire appelle les musulmans «à protester d’une manière sage le vendredi 22 septembre…pour défendre l’islam et son prophète contre les propos du Pape Benoît XVI et l’auteur de l’article du Figaro », dont le nom ne sera pas cité ; en appelant à la modération et «à ne pas s’attaquer aux églises ou aux ambassades…pour ne pas donner l’image de musulmans violents dont les médias occidentaux sont friands »
A ce stade retenons que le nom de REDEKER n’a pas même été cité et que la protestation émise n’appelle nulle vengeance, mais une expression de réprobation calme pour le surlendemain. IL N’A JAMAIS ETE QUESTION DE « FATWA »qui possède un sens religieux et juridique particulier connu de tous !
- Le 21 septembre, et sans attendre la manifestation prévue le lendemain, Pierre Rousselin directeur adjoint du Figaro exprime sur la chaîne Al-jazeera «ses regrets concernant la publication de l’article…(qui) est une erreur…(et) n’exprime pas l’avis du journal…(cette) tribune libre n’engageant que son auteur…(cette publication a été faite) sans vérification préalable, il s’en excuse ». Le même jour 21 septembre l’article est retiré du site du Figaro (j’ai pu le vérifier), l’intervention de Pierre Rousselin sera aussi retirée du site d’Al-jazeera. A ce stade on peut s’étonner de la non-mention de ce fait dans les médias français ; et plus encore de la complaisance plus tardive de tous ceux qui partiront en campagne au nom de la «liberté d’expression » sans même évoquer le désaveu et la dérobade du Figaro, qui s’associera à la même campagne ! Personne n’a reproché au Figaro une quelconque «islamisation » des esprits comme le déclarait l’auteur de la tribune incriminée et qui l’aurait poussé à commettre cette autocensure !
Surtout aucun lien ne peut non plus être établi entre les menaces reçues la veille par RR et l’émission de la chaîne arabe ; ce fait est d’évidence ! Si des menaces ont été faites leur source est ailleurs.
- Pourtant le même jour 21 septembre le texte de Robert Redeker ainsi que celui d’Antoine Sfeir sont repris et diffusés sur le site français PROCHOIX (animé par Fiammetta Venner et Caroline Fourest), accompagnés d’un article Fiammetta Venner intitulé « Quelques remarques à propos du Pape, de l’Islam et du Figaro ». Cette diffusion est explicitement destinée à «notre lectorat tunisien » pour contourner la «censure ». Cet article, il faut le souligner prend nettement ses distances avec celui de RR en stigmatisant aussi les violences des autres religions.
- Le vendredi 22 septembre les médias français sont présents à la manifestation appelée par le cheikh Youssef Al-Qardaoui qui se passe dans le calme et ne sera donc pas relayée par les chaînes nationales. Le même jour Nasrallah se faisait ovationner à Beyrouth par une foule immense au cours d’une manifestation pour «le jour de la victoire », cette manifestation a été intégrée aux journaux télévisés français et a fait le sujet principal des chaînes arabes, pour lesquelles Robert Redeker reste toujours un inconnu !
- Le même jour 22 septembre Tarik Ramadan publie sur son site un long article «le Pape et l’Islam : le vrai débat » sans mentionner la tribune de RR. Le forum de discussion qui suit mentionne l’article du Figaro pour s’en indigner ainsi que de sa reprise sur le site de Prochoix ; en réponse il est écrit que «sœur Caroline (Fourest)…prétendue antiraciste…cette femme est une Oriana Fallaci déguisée…voilée sous les appellations de …féministes, antiracistes, laïques…no comment ».
- Le 25 septembre sur le site Prochoix c’est cette fois Caroline Fourest elle-même qui signe un éditorial mensonger au regard des faits rappelés ci-dessus : « Sur Al-jazeera, Youssef Al-Quradami désigne Robert Redeker à la vindicte » en écrivant mensongèrement « Le 20 septembre sur la chaîne Al-jazira le cheikh Youssef al-Qaradani a profité de son immense audience pour désigner le philosophe Robert Redeker comme islamophobe du moment. Ce n’est pas rien lorsqu’on connaît l’influence du cheikh…aucun texte ne mérite une FATWA MONDIALE ». Et Caroline Fourest «soutien le droit de Redeker à s’exprimer », elle assume d’avoir repris la publication, mais prend elle aussi ses distances avec le ton de RR en disant «toutes les religions sont instrumentalisables pour le pire »
LE MOT « FATWA « » A ETE LANCE ET LA SUITE EST CONNUE :
Tous les bien-pensants qui se croient démocrates choisissent leur camp sur l’énoncé d’une imposture. Il n’y a jamais eu de Fatwa et le nom de Robert Redeker n’ a pas même été prononcé !
A CE STADE QUE RESTE T-IL ?
- Des menaces exprimées dés le 19 septembre dont la police serait dans l’incapacité de déterminer la provenance informatique, régionale ? nationale ? internationale ? Chacun sait que n’importe qui peut envoyer un mail à n’importe qui, même à soi-même ; mais la tracabilité de ces envois est tout à fait possible et même devenue légale depuis les lois Perben et les mesures «antiterroriste ». - Alors que fait la police ? Info-intox ou manipulation ? L’origine des menaces est elle identifiée ? Tenue encore secrète ? Cela accréditerait l’hypothèse d’une manipulation policière et politique désireuse de tirer aubaine de la publication de cette tribune islamophobe, en entretenant une pesanteur dont Robert Redeker est la première victime désormais, même s’il n’y a jamais eu de « fatwa » ! - On laisse se dérouler la réaction à une «fatwa » qui n’a jamais existé. Une Presse complaisante à l’émotion générale ressentie fournit jour après jour les tribunes qui accréditent les thèses de Robert Redeker, sans prudence ni discernement. L’ensemble de la presse se positionne clairement dans le «choc des civilisations » annoncé du côté de Robert Redeker dont la tribune immonde trouve un succés inespéré de l’auteur lui-même ! - Robert Redeker est-il à l’abris pour autant ? Même en l’absence de « fatwa » ? Sûrement pas, tant il est évident qu’une agression sur sa personne accréditerait à la fois sa thèse et celle de ceux qui le soutiennent, en même temps qu’elle démontrerait le bien fondé d’une accentuation des mesures «sécuritaires » déjà développées dans notre pays.
- Robert Redeker pourrait bien avoir à se méfier de certaines «protections ». Il pourrait devenir demain «l’idiot utile » ou la victime même d’une cause qui le dépasse désormais. - Ceux qui logiquement doivent le plus souhaiter sa protection efficace sont ceux qui trouvent ses thèses immondes justement ! Longue vie à Robert Redeker pour qu’il puisse demain rencontrer d’autres hommes et femmes, musulmans et sains d’esprit qui lui feront percevoir la profondeur de ses erreurs.
L’EMBALLEMENT :
C’est le 27 septembre que le grand public par «la Dépêche du Midi » apprend «à la une » que «un professeur de philosophie est menacé par les islamistes »
- Le 29 septembre la revue électronique «Respublica » éditorialise sous le pseudo habituel «Evariste » un article : « Robert Redeker : première victime de la FATWA en France » et stigmatise de façon très virulente tous ceux qui oseraient ne pas le soutenir. L’Union des Familles Laïques (UFAL) par la voix d’Evariste apporte «un soutien inconditionnel à Robert Redeker » et dénonce «la rhétorique insidieuse qui consiste à assortir la condamnation de la FATWA dont est victime Robert Redeker d’un même si ou d’un bien que ». Une pétition de «la Gauche Républicaine » est donc lancée immédiatement signée par des dizaines de personnalités.
- Le 30 septembre 2006 le recteur de la grande mosquée de Lyon Kamel Kabtane, dans un communiqué, «Emet les plus grandes réserves quant à l’origine exacte de ces menaces… l’heure est aussi aux manipulations », il faut que «les auteurs soient identifiés et sanctionnés comme le permettent les lois de la République » (cité sur le site Prochoix)
- Le même jour 30 septembre «Libération » fait sa une sur «Peut-on encore critiquer l’Islam ? » et Olivier Roy écrit «certains jouent à chatouiller la fatwa » et dans ce numéro Caroline Fourest précise «nous sommes passés d’une affaire Ruschdie tous les dix ans à une affaire Ruschdie tous les ans, voire maintenant quasiment tous les mois. A l’époque quand l’ayatollah Khomeiny lança sa FATWA contre l’écrivain, la gauche était soudée pour défendre la liberté d’expression et le droit d’offenser toutes les religions ». Le même joue «le Monde » évoque le «repérage » par la DST de «forums jihadistes anglais » qui confirmeraient la menace avec photos, adresse plan d’accès au domicile de RR….Mais quel crédit peut-on apporter à ces allégations ?
Il va de soi que ces menaces sont injustifiables et imposent la protection de Robert Redeker par la force publique. Mais la situation n’est pas véritablement la même entre une condamnation à mort par une autorité religieuse islamiste (qui n’a jamais eu lieu) et une menace par des propos haineux sur Internet comme il en circule quotidiennement sur des dizaines de forums accessibles à tous, particulièrement entre les communautés impliquées dans les drames du Moyen Orient.
Redisons le clairement, il n’y a jamais eu de «fatwa », ce qui n’exclue pas la matérialité de menaces d’autre nature et elles aussi préoccupantes, dénoncées par l’intéressé lui-même. Le web est devenu un terrain privilégié de la manipulation et les idées les plus abjectes circulent quotidiennement sur des forums plutôt mal pondérés, les interventions y sont le plus souvent signées de «pseudo » qui autorisent toutes les outrances, se faisant même parfois passer pour «la partie adverse» pour lui donner une image révoltante, personne ne peut empêcher cela.
Mais transformer un «fait grave » en un phénomène de société relève de l’irresponsabilité et de la démesure. Caroline Fourest elle-même et Philippe Val et bien d’autres ont été «menacés » après certains de leurs écrits et protégés de façon plus discrète !
La résonance donnée à la menace dénoncée par RR lui-même a pour premier effet d’amplifier, en la généralisant, la sensation d’une menace qui est à la base de la xénophobie et de tous les racismes. Plus personne ne perçoit que pour RR la critique de la religion musulmane dans son ensemble n’est pas une discussion philosophique mais une «opinion » qui s’inscrit dans la promotion du «choc des civilisations ». Qu’une large assemblée d’intellectuels se soit rangés derrière sa frange la plus extrémiste est un succès considérable pour les thèses de RR ! Tout cela ne fait le jeu que des néoconservateurs les plus extrémistes et de la partie adverse authentiquement jihadiste…Mais que vont faire certains dans cette galère ?
- Le 30 septembre Caroline Fourest écrit «Affaire Redeker : A quoi joue la DST ? » pour s’étonner du fait que «davantage que le niveau des menaces, habituel, c’est bien le niveau de la réaction policière qui a changé » et questionne en référence aux menaces islamistes supposées : « Les services détiennent-ils des informations précises ou sont-ils dans le bleu ». elle questionne «s’agit-il de créer un effet de panique légèrement disproportionné qui punit Redeker au lieu de le protéger » ? Il faut dit-elle «s’interroger sur le choix policier et donc politique opéré »…
- Une autre voie est étouffée : Le 30 septembre le groupe progressiste du «Manifeste des Libertés » édite une autre pétition «Pour la liberté de parole » dont le texte est le suivant : « Nous dénonçons avec la plus grande force les menaces de mort dont fait l’objet Robert Redeker, bien que nous soyons en désaccord avec ce qu’il a écrit, avec la médiocrité triviale de ses propos, avec ses outrances verbales en miroir avec les islamistes violents ». Cette pétition plus «voltairienne » que celles affirmant un soutien inconditionnel ou une approbation aura de nombreuses signatures de personnalités musulmanes, mais curieusement ne sera ni médiatisée ni reprise par la presse nationale.
Nos médias massivement se sont retranchés dans le camp du soutien à l’intolérance de Redeker, occultant aussi bien des vérités factuelles (l’absence de fatwa) que des voix plus pondérées que celles attisant objectivement le «choc des civilisations » replacé dans l’actualité par la tribune de Robert Redeker !
- En effet l’emballement s’est poursuivi. Le 1 octobre 2006 «le Monde » à son tour éditorialise «Pour Robert Redeker ». (Edition datée du 2 octobre 2006)
- On peut retenir, mais nous le savions déjà, que l’opinion publique «ca se fabrique » et des ouvrages ont déjà été consacrés à l’invention de cet «islam imaginaire » qui doit nous terroriser, non pas dans sa perversion islamiste mais bien dans son ensemble.
- Le même jour un nouveau «Respublica » appelle à un «soutien sans réserve » et réaffirme que Robert Redeker est «victime d’une FATWA » qui le force à la clandestinité, réfutant toute «analyse indécente de ses propos ». Il réédite une tribune ancienne de Robert Redeker publiée dans La Dépêche du Midi le 21 octobre 2003 consacrée à « L’islamophobie, l’arme des islamistes contre la laïcité » (sic !) faisant référence au livre de Caroline Fourest et Fiammetta Venner reprenant l’histoire du concept d’islamophobie décrit comme « une arme forgée par les islamistes » ! Il cite aussi la formule de Maïakovski «les mots sont des balles » (Qu’il ne pouvait donc ignorer en écrivant sa tribune du 19 septembre 2006 !). L’auteur tentait aussi péniblement de démontrer que l’islamophobie n’est pas un racisme et écrivait « Un islam à visage humain est-il possible ? » . Le même numéro contient un communiqué de presse de l’UFAL «la République doit protéger les victimes des FATWA » et un article d’Antoine Peillon (président de la France Radicale Gauche Démocratique et Républicaine) menaçant : « Nous mettons aussi en garde …ceux qui ne le soutiennent pas totalement et sans condition, car ils sont dés lors, plus que jamais nos adversaires ». Cela ressemble au discours de Bush en septembre 2001 ««Ceux qui ne sont pas avec nous, sont contre nous ! ». On a envie de dire tu déconnes Antoine ?
- Le 2 octobre «le Monde » rattache, d’après la DST la menace à AL-Qaida (qui possédait donc dés le 19 septembre un plan de la commune de Saint-Orens et l’adresse du professeur…brrrr, il y a de quoi trembler !) La menace ne relèverait plus d’une fatwa mais du terrorisme ? Le Monde publie une autre «liste de soutien » que celle lancée par Respublica, intitulée celle-ci «En faveur de Robert Redeker ».
- Le 3 octobre la revue Prochoix de Caroline Fourest relaie cet appel avec invitation à le signer sur l’adresse de la revue «les Temps Modernes » dont RR était éditorialiste.
- Le 4 octobre « Evariste » dans un nouveau «Respublica » stigmatise le MRAP et la Ligue des Droits de l’Homme (LDH) ou «Quelques islamo-gauchistes pèsent bien peu, de même que le sectarisme congénital d’une organisation laïque qui trouve encore le moyen de lancer une polémique au lieu de se rassembler derrière la défense de Redeker ». Il stigmatise aussi «Nicolas Sarkozy, qui encourage les fous d’Allah à réclamer toujours plus de dérogations communautaristes » et Evariste prétend s’exprimer au nom des «citoyens » qui «en ont assez », rappelant que Redeker est «victime » et «condamné à mort ». Dans le même numéro Sonja Rivière écrit «Redeker a finalement raison », rajoutant même aux propos de RR que…
- «Le mois sacré de ramadan doit apporter son quota de sacrifices humains » et il est temps de «dénoncer l’effroyable imposture »…(Cela ne vous rappelle rien ?) et une «islamisation des esprits devenue insupportable ». Le même jour dans Charlie-Hebdo, Caroline Fourest collaboratrice régulière de cet hebdomadaire s’étonnait des excuses de Rousselin : « Les éditorialistes du Figaro ne nous avaient pas habitués à tant de prudence sur l’Islam », tout en confirmant encore une fois que «le théologien vedette d’Al-jazeera et des frères musulmans…a désigné Robert Redeker à la vindicte le 20 septembre ». Elle ironise sur «le courage économique » du Figaro ayant présenté ses excuses. Elle surenchérit à propos d’une «fatwa contre Mozart » après le retrait préventif d’Idoménée du Deutsche Oper à Berlin, même si elle relève que pour Angela Merkel «l’autocensure par la peur n’est pas tolérable »…Ainsi donc peu importe qu’il y ait eu ou non «fatwa » ; il nous faut penser seulement «qu’il aurait pu y avoir, qu’il y aurait certainement même eu fatwa, inspirant une peur qui explique le retrait de la pièce ! ». Dans le même numéro Philippe Val stigmatise «Sa sainteté Mouloud Aounit » qui avait eu le tort de rappeler au nom du MRAP que «toute forme de violence en appelle hélas d’autres en retour, parfois plus extrêmes encore ». Le «canard Enchaîné » du 4 octobre à raison de décrire «Une affaire islamentable » et de conclure «pour… passer de l’invective au dialogue, du simplisme à la complexité, il faudrait des gens qui savent penser en profondeur…comment dit-on, déjà ? Des philosophes ». Hélas les philosophes ont signé en masse leur soutien «inconditionnel » à Robert Redeker.
- Le 5 octobre «le Point » titre «Nous sommes tous des Redeker » mais donne aussi la parole à Tarik Ramadan : « Robert Redeker est libre de dire ce qu’il veut, je l’ai affirmé et répété, mais j’ai moi aussi le droit de dire que son texte est haineux ». Le «Nouvel Observateur » du même jour réaffirme encore «le 20 septembre, Redeker est dénoncé sur Al-jazira ».
- Le 6 octobre «Valeurs Actuelles » titre «la fatwa Redeker ».
- Le 7 octobre dans «Marianne » Guy Konopnichi s’égare «Je tiens le principe de respect pour une saloperie… entre Mahomet et Robert Redeker, je choisis Redeker. N’en déplaise à Mouloud Aounit ! ».
- Le 9 octobre 2006 c’est dans le journal «La Croix » que sera précisé à propos de la chaîne Al-jazeera : « Le nom du philosophe (n’a) pas été prononcé » dans un sujet traité en «à peine une minute ».
Toutes les démarches rapportées montrent que l’économie de la vérité devient la base d’un appel à dénonciation universelle d’une menace, exactement celle qui est au cœur de la chronique de Robert Redeker !
- Il est confirmé que dénoncer la surenchère des extrêmes n’est pas dans l’air du temps pour les pétitionnaires. Pour Philippe Val « La situation a de quoi inquiéter », la menace contre RR est assimilable à l’attitude de Ahmadinedjab en Iran qui veut «mettre du plutonium dans les centrifugeuses » !
La boucle est enfin bouclée qui nous désigne en filigrane la logique et l’objectif de toute la campagne menée : Il s’agit d’instrumentaliser «l’affaire Redeker » pour préparer l’opinion à la troisième guerre de Georges Bush, après l’Afghanistan et l’Irak, ce sera demain l’Iran…
- Pourtant, le 5 octobre 2006 Pascal Boniface directeur de l’Institut de Recherche Internationale et Stratégique (IRIS) avait publié une note dans Témoignage Chrétien qui rappelle que « Robert Redeker est favorable au choc des civilisations », tout autant que «ceux qui l’ont menacé ». Il précise «ses idées sont nauséabondes, mais c’est bien sur le domaine des idées qu’il faut les combattre. Ses propos auraient pu même avoir une suite sur le plan juridique, car il contredit très réellement les lois françaises sur l’interdiction de propager la haine raciale. Mais tout est fait pour que le débat soit piégé. Les menaces ont transformé Robert Redeker de coupable en victime. Plus personne ne parle du caractère raciste de ses propos, mais des menaces qu’il a subies. Or les deux sont condamnables ». Il conclue « Soit on admet le droit de tout dire y compris les injures raciales au nom de la liberté…soit l’on considère que le climat est tellement lourd et explosif qu’il faut apporter certaines limites à la liberté d’expression. En tous les cas on ne peut pas plaider pour la première thèse dans certains cas et pour la seconde dans d’autres ».
II – DE NOMBREUX QUESTIONNEMENTS PERSISTENT AUTOUR DE CET EVENEMENT ET SURTOUT DE SON INSTRUMENTALISATION:
LES FAITS :
- Il n’y a pas eu de Fatwa, mais tout le monde feint de l’ignorer ; ce mensonge était nécessaire pour une dramatisation de la menace.
- Il y aurait bien eu des menaces dont les services de renseignement affirment qu’elles seraient «de mort » et en relation avec «al-qaida » sans étayer cette affirmation de preuves depuis plusieurs semaines. Ceci est surprenant de la part d’un ministre de l’intérieur qui nous avait habitué à une communication plus agressive sur des faits divers de gravité moindre.
- Il est avéré que les premières menaces, le jour même de la publication, sont antérieures à une émission sur la chaîne Al-jazeera présentée, de façon mensongère, comme le relais d’une «fatwa » qui relève du fantasme ; sachant bien que très peu d’arabophones auront eu la capacité de vérifier ce fait.
La vraie question est de savoir si ces menaces relèvent d’une piste locale (expliquant la précision de la menace), d’une piste nationale ou internationale ; l’incertitude entretenue plaide pour que l’hypothèse d’une gigantesque intoxication ou manipulation doive être considérée.
LA MANIPULATION :
- C’est une constante du discours extrémiste d’englober dans sa stratégie l’existence reconnue d’une «liberté d’expression » qui crée de fait une «obligation d’en débattre » et de reconnaître le caractère «licite » de quelque opinion que ce soit, en restant libre de la désavouer… « les chambres à gaz n’ont pas existé ? Bon, débattons-en, à ma droite X, à ma gauche Y qui représente la thèse inverse… »
- Mais avec l’affaire Robert Redeker le débat a changé de nature, car une étape a été franchie qui consiste à court-circuiter même l’obligation d’apprécier la thèse en présence, pour consacrer ses efforts seulement à la défense de la liberté d’expression de son auteur !
- Il est vrai que la thèse aurait du mal a trouver des défenseurs crédibles aux yeux de l’opinion comme des érudits sur le sujet de l’Islam ! La nouvelle attitude est : « Ne parlons donc pas de ses thèses islamophobes délirantes, unissons seulement nos efforts pour la défense de leur auteur menacé, même sans trop bien savoir par qui…Et si ce texte a suscité la colère de fanatiques, c’est donc qu’il était juste de les dénoncer ! CQFD », Redeker : un ; Raison :zéro !
LES CONSEQUENCES PREVISIBLES :
- Pour comprendre l’importance de ce «glissement » il nous faut nous rappeler que lorsque les intellectuels se sont mobilisés pour contrer, dans le passé des thèses révisionnistes ou négationnistes ; il s’agissait de ne pas étouffer ou déformer une vérité historique passée. L’article de Redeker, lui, même s’il se réfère à une fausse connaissance du Coran, s’exprime en fait dans et pour le temps présent et le temps à venir ; il pose une affirmation qui est un acte de guerre dans un choc des civilisations dont nous ne vivons que les premiers soubresauts. Ce choc se prépare, par les armes et par les mots.
- Nous savons l’existence authentique de forces en présence que personne ne songe à nier ; celles d’un islam perverti extrémiste mais encore ultra-minoritaire et celles de l’axe du bien autoproclamé porteur, selon sa prétention, des valeurs de la civilisation judéo-chrétienne. Les deux sont prêts à incendier la planète, certains, dont Redeker croient ce choc inéluctable et contribuent à la «diabolisation » de l’Islam tout entier pour faire accepter ; le pire au plus grand nombre.
Lorsque nos intellectuels les plus médiatiques se sont solidarisés avec la frange la plus intolérante de la pensée occidentale, c’est bien cette image globale (et non celle d’un paradis de la liberté d’expression !) qu’ils ont donné au reste du monde, comme un immense «quitus » à tous ceux qui militent pour le choc des civilisations.
- Mais les premières victimes des écrits de Robert Redeker et du soutien inconditionnel qui lui est apporté par beaucoup ne seront pas les islamistes ; ce seront les très nombreux musulmans ou intellectuels éclairés qui n’épousent pas leurs thèses et luttent dans ce monde complexe pour faire sortir des peuples entiers de la théocratie et de l’obscurantisme par certains entretenu. Ceux qui en Islam ont compris que les «lumières » d’occident ne sont ni éloignées ni incompatibles avec les «lumières » d’Islam, ignorées chez nous par le plus grand nombre, auront à répondre sur leur vie de la haine répandue par Robert Redeker et renforcée par ses soutiens. Le pire, qui doit être admis, est que l’élimination programmée de ces «modérés » est au centre de la stratégie des uns comme des autres. Le choc des civilisations annoncé par tous les néoconservateurs militaristes de la planète n’est pas une option de progrés espéré mais une option de confrontation armée considérée comme inévitable.
Robert Redeker, par ses écrits antérieurs et actuels, est un soldat de ce combat. La question qui est posée à tous d’un soutien voulu inconditionnel n’est pas une question philosophique, c’est une question politique.
- Notre choix «Pour Redeker » peut paraître peu signifiant et allant de soi dans nos salons mondains. Mais pour ceux qui luttent contre l’intolérance dans des lieux ou la connivence n’est pas de mise entre penseurs aux opinions divergentes, mais ou les minoritaires et démocrates sont en danger de mort permanent, ce choix peut être une sentence fatale au motif même des liens établis avec une forme de la pensée occidentale qui a porté au cours des siècles le germe de la plupart des mouvements d’émancipation. Nous sommes tous comptables, au nom même des idées que nous prétendons défendre, de la vie de tous ceux qui sur
- d’autres rives ne nous haïssent pas et ne peuvent comprendre notre venin ou notre lâcheté. Soutenir RR c’est clairement consentir au sort fait à ceux là dont le sort, déjà et pour longtemps, semble nous être étranger.
- Condamner la menace sûrement, mais sans soutenir Robert Redeker, est donc une nécessité absolue ; c’est la condition même de la crédibilité de la démarche de tous ceux qui s’opposent à la pensée de Robert Redeker et qui mesurent la gravité de ses conséquences.
- La démocratie d’opinion n’a t’elle pas généré une philosophie de la protection ? Une philosophie qui pour affirmer sa liberté dénonce ce qui serait susceptible de l’entraver ? Cette évolution peut même contribuer à cautionner, paradoxalement, des lois liberticides.
- Ce que nous observons n’est-il pas l’extinction de tout débat sur la responsabilité des intellectuels ? Ces débats qui en un autre temps ont séparé et parfois réunis Jean Paul Sartre et Raymond Aron, seraient-ils encore possibles aujourd’hui ? Lequel de ces deux penseurs aurait osé stigmatiser l’autre en le menaçant de complaisance envers une « islamisation des esprits », simplement pour avoir tenté de poser la raison en avant de la passion ? Au stade ou sont arrivés certains de nos « philosophes », on peut leur dire : « En sortant ce n’est pas la peine d’éteindre la lumière ; l’ampoule a déjà rendu l’âme… »
- Comme tant d’autres philosophes qui se voulaient médiatiques, Robert Redeker souhaitait obtenir par sa tribune «son quart d’heure de célébrité » comme disait Andy Warhol ; sans imaginer qu’en s’auto-désignant expert en islam, il allait se prendre les pieds dans le tapis et être placé devant la responsabilité d’un acte qu’il croyait de pure forme. Le marketing des idées a aussi ses revers, comme une mauvaise pub qui fait un “flop”
- La réalité de la détresse de Redeker ne semble pas faire de doute, qui n’était pas préparé par son statut d’intellectuel, à devoir vivre en clandestin selon les conseils que lui prodigue la DST. Mais les victimes de son attitude sont aussi son épouse et ses enfants que nul ne songe à soutenir et qui le méritent pourtant, totalement victimes, eux, de cette surenchère sécuritaire qui devrait cesser dans l’intérêt de tous.
CONCLUSION PROVISOIRE :
Cet événement d’une importance factuelle dérisoire représente en réalité un événement majeur, révélateur d’un glissement de nos perceptions qui nous fait banaliser l’intolérance. On peut y voir l’effet de «la peur » qui a saisi nos sociétés depuis le 11 septembre 2001. On peut aussi y voir l’impact d’une sournoise propagande au quotidien qui travaille pour banaliser aussi bien le découpage du monde en un axe du bien et un axe du mal, légitimant toutes les lois sécuritaires et les guerres préventives. Il est dans ce contexte attendu que les intellectuels ne soient au service que d’une seule cause qui sert les intérêts de l’occident ; ceux d’entre eux qui tenteraient de garder une pensée « universaliste » sont suspects et discrédités, assimilés au camp déjà désigné ennemi !
Robert Redeker, dans sa sincérité délirante et sa phobie voyait partout une «islamisation des esprits » .
En réalité ce que cet événement a révélé c’est tout le contraire, c’est une :
ISLAMOPHOBISATION massive des esprits !
Parce que les mots «tuent » il ne faut banaliser aucun discours excessif. Le tribunal de Nuremberg n’a pas jugé des combattants de terrain qui auraient survécu à leurs crimes, il a jugé les penseurs et les instigateurs de ces crimes qui avaient élaboré une idéologie faisant de l’intolérance un dogme.
Il est fait par certains appel à Voltaire, en omettant de dire qu’il n’a jamais préconisé de taire la critique, mais seulement de la fonder sur la raison et non sur la force. Qui peut imaginer qu’un Voltaire aurait signé un soutien inconditionnel à une thèse dont il aurait détesté le contenu, sans engager toute son énergie d’abord pour la combattre ? C’est ce que semblent avoir collectivement oublié nombre de ceux qui croient devoir donner leur bénédiction laïque à des propos islamophobes détestables. Tous ceux la sont déjà formatés à une pensée de l’intolérance qui pourrait bien mener le XXI ème siècle vers la tragédie.
Rares sont ceux qui s’interrogent, comme Mohammed Arkoun dans «Histoire de l’Islam en France » (Albin Michel 2006) sur l’émergence de l’islamisme mais aussi sur la construction médiatique de l’islamophobie. Assurément un ouvrage tel que celui là doit paraître insupportable à tous les annonciateurs du «Choc des civilisations ». Il se pourrait que la survie même de notre société dépende de notre capacité à reconquérir une pensée obscurcie, non par l’islam, mais notre peur de voir s’ébranler nos dogmes hégémoniques et nos certitudes intellectuelles.
Nous n’échapperons pas, même au péril de notre confort intellectuel tenté par la simplification de toute pensée à la réouverture du vieux questionnement « Misère de la philosophie ? » ouvert par Proudhon.
Sauf à consentir au pire qui serait de laisser les ennemis de la pensée diriger le monde, nous n’échapperons pas non plus à l’exigence d’un retour vers une pensée qui ne soit pas asservie par l’opinion dominante, (actuellement politico-médiatique plus qu’académique), mais plutôt vers une pensée véritablement mise au service de la recherche d’une émancipation humaine universelle. Si nous en restions là, les listes de pétitionnaires « Pour Redeker » pourraient bien désigner déjà ceux qui démissionnent dans ce combat.
EPILOGUE :
Pendant que nos pseudo-intellectuels médiatiques font de la surenchère pour soutenir l’un des leurs engagé dans un combat douteux ; le 7 octobre 2006 à Moscou tombait sous les balles la journaliste et écrivaine Anna Politkovskaïa dont une part de la vie a été consacrée à témoigner du sort fait au peuple tchétchène.
La Tchétchènie, cette ex-république musulmane de l’ex-empire soviétique est soumise à la folie d’une Russie gangrenée par la xénophobie, le racisme et particulièrement l’islamophobie. Anna Politkovskaïa défendait admirablement cette cause, non en soutien de la forme de ses combats, sachant refuser toutes les complaisances dans les deux camps, mais en soutien et par essence même d’une exigence de justice. Le racisme était totalement étranger à sa pensée et elle était libre de toute aliénation, philosophique, politique, matérielle ou religieuse ; pour cela son action était intolérable pour le pouvoir en place. Les tueurs ne lisaient certainement pas le Figaro ; mais pour exécuter un meurtre politique il faut à la fois mettre une arme au poing d’un homme et aussi lui vider le cerveau en l’abrutissant de discours haineux.
Nos frères tchétchènes seront demain plus seuls qu’hier, non seulement du fait de la volonté de Moscou, mais aussi parce que rendus plus vulnérables par le meurtre d’une femme libre dont la vie était consacrée à délégitimer tous les discours haineux «rédékériens » qui ne sont rien d’autre que des cautions avant meurtre.
Puisse cet événement contribuer à clore chez nous un débat ouvert après une sinistre tribune du Figaro dont le journal lui-même s’est désolidarisé.
Le seul débat qui doive être poursuivi, on peut même dire réouvert, c’est celui de la responsabilité des intellectuels face au monde réel, celui des enjeux de domination ou de résistance, d’aliénation ou d’émancipation humaine.
À propos de l’inégalité de traitement entre les menaces de mort reçues par Robert Redeker et douze autres menaces de mort
Par le Collectif Les mots sont importants
jeudi 26 octobre 2006
En étudiant le traitement médiatique et politique de « l’Affaire Redeker » et en le comparant, à la fois du point de vue quantitatif (la place accordée) et qualitatif (la nature des réactions) avec le traitement d’une précédente affaire de menaces de mort, le texte qui suit met en évidence une incontestable inégalité de traitement, liée à une non moins incontestable institutionnalisation de l’islamophobie. Il ne s’agit donc pas de mettre en concurrence deux combats tout aussi nécessaires l’un que l’autre, et parfaitement conciliables : le combat contre l’antisémitisme et le combat contre l’islamophobie, mais au contraire de contribuer à une approche unitaire et égalitaire du combat antiraciste.
On a parfois l’impression, quand on voit la manière dont sont médiatiquement et politiquement traitées les menaces de mort reçues par Robert Redeker, que c’est la première fois qu’un intellectuel engagé ou un homme public reçoit des menaces de mort. Or, en fouillant dans les recoins de sa mémoire puis sur le moteur de recherche google, on tombe par exemple - et ce n’est sans doute qu’un exemple parmi beaucoup d’autres - sur ceci. C’est extrait du journal Le Monde, et daté du 12 mai 2006 [1] :
« Douze balles envoyées par courrier, accompagnées d’un bristol anonyme portant cette phrase : “La prochaine n’arrivera pas par la poste.” Douze parties civiles étaient présentes au procès de Raphaël Schoemann, qui comparaissait devant le tribunal correctionnel de Paris, jeudi 11 mai. Les propalestiniens radicaux voisinaient avec quelques figures des réseaux franco-arabes, notamment Gilles Munier, secrétaire général des Amitiés franco-irakiennes. Les personnalités, parmi lesquelles le député européen (Verts) Alain Lipietz, le dirigeant altermondialiste José Bové ou le cinéaste israélien Eyal Sivan, s’étaient fait représenter [2].
C’est un mail envoyé à l’une des parties civiles qui a permis de remonter jusqu’à ce retraité de 65 ans, marié et père de deux enfants, au casier judiciaire vierge, qui voulait s’en prendre à des personnes qu’il estimait “antisémites” en raison de leurs écrits sur le conflit israélo-palestinien. Raphaël Schoemann signait ses mails “Nadine Mouk”, une formule qui signifie en arabe dialectal : “Maudite soit la religion de ta mère.”
Le prévenu ne conteste pas les faits. “J’ai choisi mes victimes en raison de leurs liens avec l’extrême droite, déclare-t-il. Ils se sont tous livrés à des déclarations à caractère antisémite [3] . J’ai essayé de saisir la Licra. Sans résultat. Je ne voyais pas d’autre issue. Mais cela n’a pas suffi. Ils n’ont pas assagi leur propos.”
“Je n’avais aucune intention de passer aux voies de fait, surtout avec des armes”, assure-t-il. Pourtant, des armes à feu, les enquêteurs en ont trouvé chez Raphaël Schoemann : un véritable arsenal, et notamment un fusil à répétition SIG et un revolver Smith et Wesson, deux armes interdites à la vente en France et acquises illégalement en Suisse, en décembre 2003, quelques mois après l’envoi des courriers. “J’utilisais ces armes pour tuer des nuisibles dans la propriété de mes parents, ou dans mon club de tir”, se défend le prévenu.
“Nous avons frôlé un massacre, du genre de la tuerie de Nanterre” [4], estime Maître Mylène Stambouli, avocate d’Alain Lipietz. “A partir du moment où l’on prend des positions aussi tranchées sur le conflit israélo-palestinien, on prend le risque de recevoir des menaces de cet ordre”, avance l’avocat de la défense, Me David Sellam [5]
Le parquet a requis douze mois de prison avec sursis, avec obligation d’indemnisation des victimes. Jugement le 22 juin. »
Le verdict sera finalement de 10 mois de prison avec sursis et 1 euro de dommages et intérêts pour chacune des douze victimes.
Nous verrons, dans les mois qui viennent, à quelle peine sera condamné l’auteur du mail de menaces envoyé à Robert Redeker - qui, rappelons-le, n’était lié à aucune organisation et ne possèdait chez lui aucun arsenal guerrier. Nous verrons alors si la Justice respecte le principe d’égalité de traitement. Nous savons d’ores-et-déjà, en revanche, que le « Jugement médiatique » fonctionne à deux poids, deux mesures : sur le site pressedd.com, référençant les archives des agences de presse et de l’ensemble de la presse quotidienne nationale, on trouve
4 dépêches et 6 articles de presse pour toute l’année 2003 sur les menaces reçues par Eyal Sivan ;
8 dépêches et 1 article de presse pour toute l’année 2003 sur les menaces reçues par José Bové ;
rien du tout sur les menaces reçues par Monique Chemillier-Gendreau et Alain Lipietz ;
5 dépêches et 4 articles en mai 2006 sur le procès opposant Raphaël Schoemann à ses douze victimes ;
68 dépêches et 102 articles de presse consacrés à Robert Redeker en seulement quatre semaines.
La série des douze menaces de mort envoyées par Raphaël Schoemann aura donc été une non-affaire : ni tempête médiatique, ni mobilisation générale pour la liberté d’expression, ni montée en généralité et interpellation du « Judaïsme » ou du « Sionisme ». Aucun quotidien n’aura jugé utile de poser en « Une » la question « Peut-on encore critiquer Israël ? » (alors que Libération et beaucoup d’autres médias ont titré « Peut-on encore critiquer l’Islam ? » à l’occasion de l’affaire Redeker). La solidarité professionnelle, syndicale, politique, intellectuelle aura été moins massive et surtout beaucoup moins bruyante et solennelle. Une pétition de soutien à Eyal Sivan a certes été lancée sur internet par les cinéastes Jean-Louis Comolli, Frédéric Goldbronn et Abraham Segal [6], mais elle n’a bénéficié d’aucune médiatisation et n’a recueilli aucune signature de « célébrité » : pas un BHL, pas un Philippe Val, pas un Michel Onfray pour soutenir en bloc, « sans réserve » et « sans condition » les 12 personnes menacées de mort, « quoi qu’elles aient pu dire ou écrire ». Pas un Yves Calvi, pas un Guillaume Durand, pas un Marc Weitzmann pour sommer « les Juifs » ou « les sionistes modérés » de prouver leur modération en manifestant un soutien inconditionnel non seulement à José Bové, Alain Lipietz ou Eyal Sivan, mais aussi à Mondher Sfar ou Ginette Skandrani - et c’est tant mieux : pourquoi en effet chaque Juif serait-il comptable des errements de l’un (ou même de plusieurs) de ses « co-réligionnaires » ou de ses « défenseurs » [7]. ?
Le problème, c’est que cette distinction élémentaire entre l’individu, la poignée d’individus et la totalité du groupe (religieux, ethnique, national…) ne se fait plus lorsque l’individu ou la poignée d’individus fautifs est musulman(e) :
l’acte répréhensible quitte la page des « Brèves », « Dépêches » ou « Faits divers » pour envahir les pages « Société » et les pages « Débats », puis la « Une » et les plateaux de télévision, « chez FOG » [8], chez Calvi et chez Guillaume Durand ;
un mail anonyme, lorsque l’auteur est présumé musulman, est rebaptisé « Fatwa » [9], et ce n’est plus un individu qui est en cause, mais « l’Islam » dans son entier ;
les animateurs de débats sortent de leurs gonds et parlent avec leurs tripes : ils somment les musulmans de « soutenir sans réserves » le professeur islamophobe, et ils les accusent de complaisance avec « la Fatwa » s’ils émettent la moindre critique sur le texte de Redeker ;
la peur et la haine deviennent palpables : les sociologues, anthropologues et politistes qui tentent de garder la tête froide sont, comme Olivier Roy chez Guillaume Durand, quasi-insultés lorsqu’ils tentent de contrer les amalgames et de rappeler cette vérité élémentaire : « l’Islam » recouvre des formes de religiosité et des modes de vie d’une grande diversité [10] ;
enfin [11], un jeune écrivain branché (un certain Marc Weitzmann, chef de rubrique à l’hebdomadaire Les Inrockuptibles) se sent autorisé à stigmatiser ces musulmans soi-disant modérés qu’on ne voit pas manifester dans les rues pour la défense de Redeker…
Pour résumer :
d’un côté : douze balles réelles accompagnées de menaces de mort, sont adressées à douze personnalités opposées à la politique israélienne [12] par un défenseur auto-proclamé des Juifs qui s’avère détenir chez lui un véritable arsenal guerrier : tout le monde laisse la police enquêter et la Justice trancher, en gardant la tête froide.
de l’autre : un mail de menaces de mort est envoyé à un intellectuel islamophobe par un défenseur auto-proclamé des Musulmans - et ce mail suffit à déclencher une tempête médiatique, à mobiliser toute l’aristocratie intellectuelle et à remettre sur la sellette toute la communauté musulmane.
En d’autres termes : si l’antisémitisme n’a pas disparu, nous pouvons néanmoins nous réjouir du fait qu’il n’existe plus en France d’antisémitisme systémique et légitime comme il en existait un dans les années 30 [13]. Il y a en revanche bel et bien un racisme systémique et légitime, comparable à l’antisémitisme des années 30, à l’encontre des musulmans [14]. Il serait temps d’en prendre la mesure, et de le combattre.
Collectif Les mots sont importants, 26 octobre
Notes
[1] Xavier Ternisien, « Les balles et lettres de menace d’un retraité obsédé par l’antisémitisme », Le Monde, 12-13/05/2006
[2] Note du collectif Les Mots Sont Importants : La liste complète des personnes ayant reçu les menaces de mort de Raphaël Shoemann est la suivante : Eyal Sivan, Isabelle Coutant-Peyre, Ginette Hess-Skandrani, Maria Poumier, Lucien Bitterlin, Monique Chemiller-Gendreau, Alain Lipietz, Gilles Munier, José Bové, Annie Coussemant, Mondher Sfar, Jean-Claude Willem
[3] Note du Collectif Les Mots Sont Importants : C’est évidemment totalement faux. Si certaines des cibles de Raphaël Schoemann (par exemple Ginette Skandrani, Maria Poumier ou Mondher Sfar) sont engagés dans de véritables dérives antisémites ou négationnistes, d’autres sont tout simplement des opposants résolus à la politique israélienne, qui n’ont pas le moindre lien avec l’antisémitisme - si ce n’est sur le mode du combat contre l’antisémitisme. C’est notamment le cas d’Eyal Sivan, de Monique Chemillier-Gendreau, d’Alain Lipietz et José Bové. Pour ce qui est d’Isabelle Coutant-Peyre, Lucien Bitterlin,Gilles Munier, Annie Coussemant et Jean-Claude Willem, nous ne les connaissons pas et ne pouvons donc dire s’ils ont ou non tenu des propos antisémites. Ceci étant dit, quand bien même l’un ou plusieurs de ces gens auraient tenu des propos antisémites, cela ne justifierait aucunement des menaces de mort, de même que le racisme antimusulman de Robert Redeker ne justifie aucunement les menaces de mort qu’il a reçues.
[4] Note du Collectif Les Mots Sont Importants : à Nanterre, le 26 mars 2002, un forcené s’est introduit dans le Conseil municipal de Nanterre et a ouvert le feu. Neuf personnes ont été tuées, quatorze grièvement blessées.
[5] Sic ! ! ! Imaginons les réactions si les menaces de mort reçues par Robert Redeker étaient justifiées de la sorte par le contenu plus que « tranché » de sa tribune du Figaro.
[6] Pétition de soutien au cinéaste Eyal Sivan :
Notre ami et collègue Eyal Sivan, cinéaste israélien installé en France, a reçu dernièrement une lettre contenant une balle de 22 mm avec ces mots : « La prochaine n’arrivera pas par la poste ».
Après une longue série de menaces et d’insultes proférées par téléphone, l’envoi de cette balle marque une nouvelle étape dans la campagne d’intimidations et de calomnies lancée contre Eyal Sivan par l’extrême-droite pro-israélienne. Ce sont les mêmes, sans doute, qui, il y a quelques mois, attaquaient à Paris un cortège de Shalom Arshav et blessaient grièvement à coups de couteau un commissaire de police. Affaire sans suite jusqu’à aujourd’hui…
Parce que nous sommes attachés à l’établissement d’une paix juste au Proche-Orient, nous ne pouvons tolérer que certains tentent par des méthodes violentes d’empêcher le dialogue entre Israéliens et Palestiniens, comme nous ne pouvons accepter le climat de terrorisme intellectuel sur lequel s’appuient ces méthodes. Nous condamnons l’assimilation systématique de la critique du gouvernement israélien actuel avec des manifestations d’antisémitisme.
Nous réaffirmons notre pleine solidarité à Eyal Sivan et nous demandons à la Justice de tout mettre en oeuvre pour placer les auteurs de ces actes hors d’état de nuire.
Premiers signataires : Jean-Louis Comolli (cinéaste) ; Frédéric Goldbronn (cinéaste) ; Abraham Segal (cinéaste)
[7] L’article du Monde ne donne pas de précisions sur le rapport qu’entretenait Raphael Schoemann avec « le judaïsme ». Mais quel que soit ce rapport, Raphael Schoeman a agi au nom des Juifs, au nom de leur défense contre l’antisémitisme, comme le jeune orléanais qui a menacé Robert Redeker a agi au nom des musulmans, au nom de leur défense contre l’islamophobie
[8] Franz-Olivier Giesbert
[9] Sur l’usage fallacieux de ce terme, cf. J. Richaud, « Robert Redeker : il n’y a jamais eu de fatwa ». L’idée de fatwa est en fait le produit d’un amalgame entre des mails de menaces anonymes et une condamnation publique du texte de Robert Redeker par le Cheikh Youssef Al Quradami. C’est Caroline Fourest qui, parmi les premières, a lancé la campagne de désinformation, en prétendant que le Cheikh Al Quradami avait prononcé une « fatwa mondiale » désignant Robert Redeker à la « vindicte » de millions de musulmans (SIte Prochoix.org, 25/09/2006). Affirmation reprise par Michel Onfray dans l’appel qu’il a lancé en faveur d’un « soutien inconditionnel » à Robert Redeker : « Le cheikh islamiste Youssef al-Qaradawi a livré Robert Redeker à la vindicte des fous de Dieu. » À trois reprises dans cet Appel, Robert Redeker est décrit comme la victime d’une « fatwa ».
La réalité est tout autre :
Youssef Al-Qardaoui a en réalité parlé moins d’une minute de l’affaire
il n’a même pas cité le nom de Robert Redeker
il s’est contenté d’appeler les téléspectateurs à « protester d’une manière sage contre les propos du Pape Benoît XVI et l’auteur de l’article du Figaro »
il a également appelé à « ne pas donner l’image de musulmans violents dont les médias occidentaux sont friands »
[10] Olivier Roy a également été sommé par Guillaume Durand de « reconnaître » qu’« aucun pays musulman n’est une démocratie » et que « par conséquent », « l’Islam » est incompatible avec la démocratie ; lorsqu’il a voulu faire remarquer que les obstacles à la démocratisation dans lesdits « pays musulmans » sont d’ordre économique et géo-politique, et que tous les pays du Tiers-Monde, musulmans ou pas, connaissent le même déficit démocratique, Guillaume Durand l’a violemment - et à deux reprises - interrompu en lui reprochant de « noyer le poisson ».
[11] Toujours sur le plateau de Guillaume Durand.
[12] Dont quelques racistes, mais aussi d’incontestables antiracistes.
[13] Le caractère systémique et légitime (au sens sociologique de : communément considéré comme légitime) de ce racisme se mesurant précisément au fait qu’il va alors de soi, pour la majeure partie de la population, et surtout pour la majeure partie du monde médiatique et politique, que les méfaits d’un Juif impliquent l’ensemble des Juifs et posent la fameuse « question juive ». Cf. J.-P. Sartre, Réflexions sur la question juive, Folio essais
[14] Au sens où, précisément, il va de soi, pour la majeure partie de la population, et surtout pour la majeure partie du monde médiatique et politique, que les méfaits d’un musulman implique l’ensemble des musulmans et posent la fameuse « question de l’Islam »
Vous le connaissiez vous Robert Redeker? Moi, non. Et la majorité des média français non plus.
Je crois qu’en france il y a eu une réaction préventive à la Salman Rushdie, voire à la Voltaire (je suis pas d’accord avec ce que tu dis mais blahblahblah…); histoire de laisser le temps à tout le monde de savoir si ce toulousain n’est pas qu’à la recherche de notorièté….Et ouais, ça marche comme ça en France maintenant avec les médias: prouves nous que t’es un bon client, et on verra ce qu’on peut faire! Bref, j’espère pour lui qu’il rentre dans les petites cases de notre ministre de l’intérieur, sinon je lui prédis un très, très mauvais hiver.
@
Son CV
http://www.robertredeker.net/moncv.htm
Evidemment, la liberté de pensée et de parole est sacrée en France, et il faut se battre continuellement pour la défendre.
La liberté de pensée et de parole, c’est aussi la liberté de dire des conneries.
C’est évidemment scandaleux que Redeker soit menacé dans son intégrité physique.
Cependant, cela occulte le fait que son propos est pour le mloins discutable. Il oppose (et je ne caricature pas) l’islam violent à la chrétienté ou au judaïsme qui seraient porteurs de paix … Humhum, pour un philosophe, cela apparaît quelque peu faiblard comme discours non ? Ce brave monsieur a-t-il entendu parler des guerres de religion ? Se souvient-il au nom de quel dogme les américains ont envahi l’Irak ?
Du coup, il me semble que l’on comprend un peu mieux que cette affaire soit saisie par le très conservateur, catholique et bien pensant “La Nacion”, non ?
Pour ma part, j’attends plutôt d’un philosophe qu’il nous ouvre des pistes de reflexion pour que l’on stoppe en France et ailleurs l’avancée de l’islam radical, et surtout pas qu’il nous offre un discours simpliste, caricatural voire haineux. Même s’il a le droit et la liberté de formuler celui-ci.
Dans le Nouvel Obs ce matin
Pour le contexte
Lire Jean Robin, juif et gaulliste Judéomanie Éditions Tatamis
Et Georges Corm, L’Europe et l’Orient
: IL N’Y A JAMAIS EU DE FATWA !
Jacques RICHAUD
(Chronique d’une islamophobisation des esprits)
Jacques RICHAUD - 13 octobre 2006
La sur-médiatisation et la dramatisation de «l’affaire Robert Redeker » par nos services politico-médiatiques aurait pu inciter à la prudence tous ceux qui en toute bonne foi souvent ont cru devoir réagir après s’être indignés. Une simple investigation «journalistique » menée correctement aurait peut-être pu éveiller quelques soupçons concernant les intentions de ceux qui ont instrumentalisé ce fait en évoquant les noms de Rushdie et Calas, un peu trop vite peut-être. C’est alerté par des amis arabophones étonnés de la teneur des affirmations exploitées par la presse que j’ai demandé à trois sources arabophones différentes, dont une universitaire, de vérifier la teneur des propos tenus sur la chaîne Al-jazeera, incriminés comme à l’origine de la «FATWA » dont serait victime Robert Redeker. Les trois «retours » reçus ce jour douze octobre sont similaires et surprenants ! Pour donner à cette modeste investigation la rigueur nécessaire et l’interprétation utile, il est important de reconsidérer la chronologie des faits établis, en se posant à chaque étape les questions que cette affaire non encore achevée, ne manque pas de soulever.
- I - CHRONOLOGIE D’UNE AFFAIRE SINGULIERE :
- C’est le 19 septembre 2006 que le Figaro publie une double tribune sur la même page, celle de Robert Redeker et celle d’Antoine Sfeir. Celle de Robert Redeker se nomme «Face aux intimidations islamistes, que doit faire le monde libre ? »
- Le jour même de la parution de ce quotidien du matin, 19 septembre, sa diffusion est interdite en Tunisie (Elle sera le 24 septembre également interdite en Egypte par décret – source Reporters sans frontières le 25 9 2006)
- C’est le même jour que Robert Redeker déclare «avoir reçu des menaces de mort » et prévient le responsable de son établissement de son incapacité à assurer la poursuite de ses cours ; il est aussitôt «exfiltré » et caché en lieu sur, ainsi que sa famille mise également sous «protection » par la Défense et Surveillance du Territoire (DST). Le professeur lui-même sur I-Télé précisera avoir reçu des «menaces directes par mail » et révèle que des forums jihadistes «qui ne sont pas accessibles à tout le monde » donnent «toutes les coordonnées pour pouvoir (l’)assassiner ».
- Ce n’est que le 20 septembre sur la chaîne Al-jazeera dans le bulletin d’information bref de Hassad Al Yaoun d’une minute qu’est transmise l’information de la censure du Figaro en Tunisie, à cause «d’un article insultant le prophète Mohammed » écrit par un philosophe dont le nom n’est pas même cité, mais qui «accuse le Coran d’inciter à la violence » et qui «se moque des rites du pèlerinage chez les musulmans » (Tout ceci est effectivement contenu dans la tribune de RR). Dans une information complémentaire la parole est donnée au «Président de l’union islamique des savants musulmans » le cheikh Youssef Al-Qardaoui qui dans son commentaire appelle les musulmans «à protester d’une manière sage le vendredi 22 septembre…pour défendre l’islam et son prophète contre les propos du Pape Benoît XVI et l’auteur de l’article du Figaro », dont le nom ne sera pas cité ; en appelant à la modération et «à ne pas s’attaquer aux églises ou aux ambassades…pour ne pas donner l’image de musulmans violents dont les médias occidentaux sont friands »
A ce stade retenons que le nom de REDEKER n’a pas même été cité et que la protestation émise n’appelle nulle vengeance, mais une expression de réprobation calme pour le surlendemain. IL N’A JAMAIS ETE QUESTION DE « FATWA »qui possède un sens religieux et juridique particulier connu de tous !
- Le 21 septembre, et sans attendre la manifestation prévue le lendemain, Pierre Rousselin directeur adjoint du Figaro exprime sur la chaîne Al-jazeera «ses regrets concernant la publication de l’article…(qui) est une erreur…(et) n’exprime pas l’avis du journal…(cette) tribune libre n’engageant que son auteur…(cette publication a été faite) sans vérification préalable, il s’en excuse ». Le même jour 21 septembre l’article est retiré du site du Figaro (j’ai pu le vérifier), l’intervention de Pierre Rousselin sera aussi retirée du site d’Al-jazeera. A ce stade on peut s’étonner de la non-mention de ce fait dans les médias français ; et plus encore de la complaisance plus tardive de tous ceux qui partiront en campagne au nom de la «liberté d’expression » sans même évoquer le désaveu et la dérobade du Figaro, qui s’associera à la même campagne ! Personne n’a reproché au Figaro une quelconque «islamisation » des esprits comme le déclarait l’auteur de la tribune incriminée et qui l’aurait poussé à commettre cette autocensure !
Surtout aucun lien ne peut non plus être établi entre les menaces reçues la veille par RR et l’émission de la chaîne arabe ; ce fait est d’évidence ! Si des menaces ont été faites leur source est ailleurs.
- Pourtant le même jour 21 septembre le texte de Robert Redeker ainsi que celui d’Antoine Sfeir sont repris et diffusés sur le site français PROCHOIX (animé par Fiammetta Venner et Caroline Fourest), accompagnés d’un article Fiammetta Venner intitulé « Quelques remarques à propos du Pape, de l’Islam et du Figaro ». Cette diffusion est explicitement destinée à «notre lectorat tunisien » pour contourner la «censure ». Cet article, il faut le souligner prend nettement ses distances avec celui de RR en stigmatisant aussi les violences des autres religions.
- Le vendredi 22 septembre les médias français sont présents à la manifestation appelée par le cheikh Youssef Al-Qardaoui qui se passe dans le calme et ne sera donc pas relayée par les chaînes nationales. Le même jour Nasrallah se faisait ovationner à Beyrouth par une foule immense au cours d’une manifestation pour «le jour de la victoire », cette manifestation a été intégrée aux journaux télévisés français et a fait le sujet principal des chaînes arabes, pour lesquelles Robert Redeker reste toujours un inconnu !
- Le même jour 22 septembre Tarik Ramadan publie sur son site un long article «le Pape et l’Islam : le vrai débat » sans mentionner la tribune de RR. Le forum de discussion qui suit mentionne l’article du Figaro pour s’en indigner ainsi que de sa reprise sur le site de Prochoix ; en réponse il est écrit que «sœur Caroline (Fourest)…prétendue antiraciste…cette femme est une Oriana Fallaci déguisée…voilée sous les appellations de …féministes, antiracistes, laïques…no comment ».
- Le 25 septembre sur le site Prochoix c’est cette fois Caroline Fourest elle-même qui signe un éditorial mensonger au regard des faits rappelés ci-dessus : « Sur Al-jazeera, Youssef Al-Quradami désigne Robert Redeker à la vindicte » en écrivant mensongèrement « Le 20 septembre sur la chaîne Al-jazira le cheikh Youssef al-Qaradani a profité de son immense audience pour désigner le philosophe Robert Redeker comme islamophobe du moment. Ce n’est pas rien lorsqu’on connaît l’influence du cheikh…aucun texte ne mérite une FATWA MONDIALE ». Et Caroline Fourest «soutien le droit de Redeker à s’exprimer », elle assume d’avoir repris la publication, mais prend elle aussi ses distances avec le ton de RR en disant «toutes les religions sont instrumentalisables pour le pire »
LE MOT « FATWA « » A ETE LANCE ET LA SUITE EST CONNUE :
Tous les bien-pensants qui se croient démocrates choisissent leur camp sur l’énoncé d’une imposture. Il n’y a jamais eu de Fatwa et le nom de Robert Redeker n’ a pas même été prononcé !
A CE STADE QUE RESTE T-IL ?
- Des menaces exprimées dés le 19 septembre dont la police serait dans l’incapacité de déterminer la provenance informatique, régionale ? nationale ? internationale ? Chacun sait que n’importe qui peut envoyer un mail à n’importe qui, même à soi-même ; mais la tracabilité de ces envois est tout à fait possible et même devenue légale depuis les lois Perben et les mesures «antiterroriste ». - Alors que fait la police ? Info-intox ou manipulation ? L’origine des menaces est elle identifiée ? Tenue encore secrète ? Cela accréditerait l’hypothèse d’une manipulation policière et politique désireuse de tirer aubaine de la publication de cette tribune islamophobe, en entretenant une pesanteur dont Robert Redeker est la première victime désormais, même s’il n’y a jamais eu de « fatwa » ! - On laisse se dérouler la réaction à une «fatwa » qui n’a jamais existé. Une Presse complaisante à l’émotion générale ressentie fournit jour après jour les tribunes qui accréditent les thèses de Robert Redeker, sans prudence ni discernement. L’ensemble de la presse se positionne clairement dans le «choc des civilisations » annoncé du côté de Robert Redeker dont la tribune immonde trouve un succés inespéré de l’auteur lui-même ! - Robert Redeker est-il à l’abris pour autant ? Même en l’absence de « fatwa » ? Sûrement pas, tant il est évident qu’une agression sur sa personne accréditerait à la fois sa thèse et celle de ceux qui le soutiennent, en même temps qu’elle démontrerait le bien fondé d’une accentuation des mesures «sécuritaires » déjà développées dans notre pays.
- Robert Redeker pourrait bien avoir à se méfier de certaines «protections ». Il pourrait devenir demain «l’idiot utile » ou la victime même d’une cause qui le dépasse désormais. - Ceux qui logiquement doivent le plus souhaiter sa protection efficace sont ceux qui trouvent ses thèses immondes justement ! Longue vie à Robert Redeker pour qu’il puisse demain rencontrer d’autres hommes et femmes, musulmans et sains d’esprit qui lui feront percevoir la profondeur de ses erreurs.
L’EMBALLEMENT :
C’est le 27 septembre que le grand public par «la Dépêche du Midi » apprend «à la une » que «un professeur de philosophie est menacé par les islamistes »
- Le 29 septembre la revue électronique «Respublica » éditorialise sous le pseudo habituel «Evariste » un article : « Robert Redeker : première victime de la FATWA en France » et stigmatise de façon très virulente tous ceux qui oseraient ne pas le soutenir. L’Union des Familles Laïques (UFAL) par la voix d’Evariste apporte «un soutien inconditionnel à Robert Redeker » et dénonce «la rhétorique insidieuse qui consiste à assortir la condamnation de la FATWA dont est victime Robert Redeker d’un même si ou d’un bien que ». Une pétition de «la Gauche Républicaine » est donc lancée immédiatement signée par des dizaines de personnalités.
- Le 30 septembre 2006 le recteur de la grande mosquée de Lyon Kamel Kabtane, dans un communiqué, «Emet les plus grandes réserves quant à l’origine exacte de ces menaces… l’heure est aussi aux manipulations », il faut que «les auteurs soient identifiés et sanctionnés comme le permettent les lois de la République » (cité sur le site Prochoix)
- Le même jour 30 septembre «Libération » fait sa une sur «Peut-on encore critiquer l’Islam ? » et Olivier Roy écrit «certains jouent à chatouiller la fatwa » et dans ce numéro Caroline Fourest précise «nous sommes passés d’une affaire Ruschdie tous les dix ans à une affaire Ruschdie tous les ans, voire maintenant quasiment tous les mois. A l’époque quand l’ayatollah Khomeiny lança sa FATWA contre l’écrivain, la gauche était soudée pour défendre la liberté d’expression et le droit d’offenser toutes les religions ». Le même joue «le Monde » évoque le «repérage » par la DST de «forums jihadistes anglais » qui confirmeraient la menace avec photos, adresse plan d’accès au domicile de RR….Mais quel crédit peut-on apporter à ces allégations ?
Il va de soi que ces menaces sont injustifiables et imposent la protection de Robert Redeker par la force publique. Mais la situation n’est pas véritablement la même entre une condamnation à mort par une autorité religieuse islamiste (qui n’a jamais eu lieu) et une menace par des propos haineux sur Internet comme il en circule quotidiennement sur des dizaines de forums accessibles à tous, particulièrement entre les communautés impliquées dans les drames du Moyen Orient.
Redisons le clairement, il n’y a jamais eu de «fatwa », ce qui n’exclue pas la matérialité de menaces d’autre nature et elles aussi préoccupantes, dénoncées par l’intéressé lui-même. Le web est devenu un terrain privilégié de la manipulation et les idées les plus abjectes circulent quotidiennement sur des forums plutôt mal pondérés, les interventions y sont le plus souvent signées de «pseudo » qui autorisent toutes les outrances, se faisant même parfois passer pour «la partie adverse» pour lui donner une image révoltante, personne ne peut empêcher cela.
Mais transformer un «fait grave » en un phénomène de société relève de l’irresponsabilité et de la démesure. Caroline Fourest elle-même et Philippe Val et bien d’autres ont été «menacés » après certains de leurs écrits et protégés de façon plus discrète !
La résonance donnée à la menace dénoncée par RR lui-même a pour premier effet d’amplifier, en la généralisant, la sensation d’une menace qui est à la base de la xénophobie et de tous les racismes. Plus personne ne perçoit que pour RR la critique de la religion musulmane dans son ensemble n’est pas une discussion philosophique mais une «opinion » qui s’inscrit dans la promotion du «choc des civilisations ». Qu’une large assemblée d’intellectuels se soit rangés derrière sa frange la plus extrémiste est un succès considérable pour les thèses de RR ! Tout cela ne fait le jeu que des néoconservateurs les plus extrémistes et de la partie adverse authentiquement jihadiste…Mais que vont faire certains dans cette galère ?
- Le 30 septembre Caroline Fourest écrit «Affaire Redeker : A quoi joue la DST ? » pour s’étonner du fait que «davantage que le niveau des menaces, habituel, c’est bien le niveau de la réaction policière qui a changé » et questionne en référence aux menaces islamistes supposées : « Les services détiennent-ils des informations précises ou sont-ils dans le bleu ». elle questionne «s’agit-il de créer un effet de panique légèrement disproportionné qui punit Redeker au lieu de le protéger » ? Il faut dit-elle «s’interroger sur le choix policier et donc politique opéré »…
- Une autre voie est étouffée : Le 30 septembre le groupe progressiste du «Manifeste des Libertés » édite une autre pétition «Pour la liberté de parole » dont le texte est le suivant : « Nous dénonçons avec la plus grande force les menaces de mort dont fait l’objet Robert Redeker, bien que nous soyons en désaccord avec ce qu’il a écrit, avec la médiocrité triviale de ses propos, avec ses outrances verbales en miroir avec les islamistes violents ». Cette pétition plus «voltairienne » que celles affirmant un soutien inconditionnel ou une approbation aura de nombreuses signatures de personnalités musulmanes, mais curieusement ne sera ni médiatisée ni reprise par la presse nationale.
Nos médias massivement se sont retranchés dans le camp du soutien à l’intolérance de Redeker, occultant aussi bien des vérités factuelles (l’absence de fatwa) que des voix plus pondérées que celles attisant objectivement le «choc des civilisations » replacé dans l’actualité par la tribune de Robert Redeker !
- En effet l’emballement s’est poursuivi. Le 1 octobre 2006 «le Monde » à son tour éditorialise «Pour Robert Redeker ». (Edition datée du 2 octobre 2006)
- On peut retenir, mais nous le savions déjà, que l’opinion publique «ca se fabrique » et des ouvrages ont déjà été consacrés à l’invention de cet «islam imaginaire » qui doit nous terroriser, non pas dans sa perversion islamiste mais bien dans son ensemble.
- Le même jour un nouveau «Respublica » appelle à un «soutien sans réserve » et réaffirme que Robert Redeker est «victime d’une FATWA » qui le force à la clandestinité, réfutant toute «analyse indécente de ses propos ». Il réédite une tribune ancienne de Robert Redeker publiée dans La Dépêche du Midi le 21 octobre 2003 consacrée à « L’islamophobie, l’arme des islamistes contre la laïcité » (sic !) faisant référence au livre de Caroline Fourest et Fiammetta Venner reprenant l’histoire du concept d’islamophobie décrit comme « une arme forgée par les islamistes » ! Il cite aussi la formule de Maïakovski «les mots sont des balles » (Qu’il ne pouvait donc ignorer en écrivant sa tribune du 19 septembre 2006 !). L’auteur tentait aussi péniblement de démontrer que l’islamophobie n’est pas un racisme et écrivait « Un islam à visage humain est-il possible ? » . Le même numéro contient un communiqué de presse de l’UFAL «la République doit protéger les victimes des FATWA » et un article d’Antoine Peillon (président de la France Radicale Gauche Démocratique et Républicaine) menaçant : « Nous mettons aussi en garde …ceux qui ne le soutiennent pas totalement et sans condition, car ils sont dés lors, plus que jamais nos adversaires ». Cela ressemble au discours de Bush en septembre 2001 ««Ceux qui ne sont pas avec nous, sont contre nous ! ». On a envie de dire tu déconnes Antoine ?
- Le 2 octobre «le Monde » rattache, d’après la DST la menace à AL-Qaida (qui possédait donc dés le 19 septembre un plan de la commune de Saint-Orens et l’adresse du professeur…brrrr, il y a de quoi trembler !) La menace ne relèverait plus d’une fatwa mais du terrorisme ? Le Monde publie une autre «liste de soutien » que celle lancée par Respublica, intitulée celle-ci «En faveur de Robert Redeker ».
- Le 3 octobre la revue Prochoix de Caroline Fourest relaie cet appel avec invitation à le signer sur l’adresse de la revue «les Temps Modernes » dont RR était éditorialiste.
- Le 4 octobre « Evariste » dans un nouveau «Respublica » stigmatise le MRAP et la Ligue des Droits de l’Homme (LDH) ou «Quelques islamo-gauchistes pèsent bien peu, de même que le sectarisme congénital d’une organisation laïque qui trouve encore le moyen de lancer une polémique au lieu de se rassembler derrière la défense de Redeker ». Il stigmatise aussi «Nicolas Sarkozy, qui encourage les fous d’Allah à réclamer toujours plus de dérogations communautaristes » et Evariste prétend s’exprimer au nom des «citoyens » qui «en ont assez », rappelant que Redeker est «victime » et «condamné à mort ». Dans le même numéro Sonja Rivière écrit «Redeker a finalement raison », rajoutant même aux propos de RR que…
- «Le mois sacré de ramadan doit apporter son quota de sacrifices humains » et il est temps de «dénoncer l’effroyable imposture »…(Cela ne vous rappelle rien ?) et une «islamisation des esprits devenue insupportable ». Le même jour dans Charlie-Hebdo, Caroline Fourest collaboratrice régulière de cet hebdomadaire s’étonnait des excuses de Rousselin : « Les éditorialistes du Figaro ne nous avaient pas habitués à tant de prudence sur l’Islam », tout en confirmant encore une fois que «le théologien vedette d’Al-jazeera et des frères musulmans…a désigné Robert Redeker à la vindicte le 20 septembre ». Elle ironise sur «le courage économique » du Figaro ayant présenté ses excuses. Elle surenchérit à propos d’une «fatwa contre Mozart » après le retrait préventif d’Idoménée du Deutsche Oper à Berlin, même si elle relève que pour Angela Merkel «l’autocensure par la peur n’est pas tolérable »…Ainsi donc peu importe qu’il y ait eu ou non «fatwa » ; il nous faut penser seulement «qu’il aurait pu y avoir, qu’il y aurait certainement même eu fatwa, inspirant une peur qui explique le retrait de la pièce ! ». Dans le même numéro Philippe Val stigmatise «Sa sainteté Mouloud Aounit » qui avait eu le tort de rappeler au nom du MRAP que «toute forme de violence en appelle hélas d’autres en retour, parfois plus extrêmes encore ». Le «canard Enchaîné » du 4 octobre à raison de décrire «Une affaire islamentable » et de conclure «pour… passer de l’invective au dialogue, du simplisme à la complexité, il faudrait des gens qui savent penser en profondeur…comment dit-on, déjà ? Des philosophes ». Hélas les philosophes ont signé en masse leur soutien «inconditionnel » à Robert Redeker.
- Le 5 octobre «le Point » titre «Nous sommes tous des Redeker » mais donne aussi la parole à Tarik Ramadan : « Robert Redeker est libre de dire ce qu’il veut, je l’ai affirmé et répété, mais j’ai moi aussi le droit de dire que son texte est haineux ». Le «Nouvel Observateur » du même jour réaffirme encore «le 20 septembre, Redeker est dénoncé sur Al-jazira ».
- Le 6 octobre «Valeurs Actuelles » titre «la fatwa Redeker ».
- Le 7 octobre dans «Marianne » Guy Konopnichi s’égare «Je tiens le principe de respect pour une saloperie… entre Mahomet et Robert Redeker, je choisis Redeker. N’en déplaise à Mouloud Aounit ! ».
- Le 9 octobre 2006 c’est dans le journal «La Croix » que sera précisé à propos de la chaîne Al-jazeera : « Le nom du philosophe (n’a) pas été prononcé » dans un sujet traité en «à peine une minute ».
Toutes les démarches rapportées montrent que l’économie de la vérité devient la base d’un appel à dénonciation universelle d’une menace, exactement celle qui est au cœur de la chronique de Robert Redeker !
- Il est confirmé que dénoncer la surenchère des extrêmes n’est pas dans l’air du temps pour les pétitionnaires. Pour Philippe Val « La situation a de quoi inquiéter », la menace contre RR est assimilable à l’attitude de Ahmadinedjab en Iran qui veut «mettre du plutonium dans les centrifugeuses » !
La boucle est enfin bouclée qui nous désigne en filigrane la logique et l’objectif de toute la campagne menée : Il s’agit d’instrumentaliser «l’affaire Redeker » pour préparer l’opinion à la troisième guerre de Georges Bush, après l’Afghanistan et l’Irak, ce sera demain l’Iran…
- Pourtant, le 5 octobre 2006 Pascal Boniface directeur de l’Institut de Recherche Internationale et Stratégique (IRIS) avait publié une note dans Témoignage Chrétien qui rappelle que « Robert Redeker est favorable au choc des civilisations », tout autant que «ceux qui l’ont menacé ». Il précise «ses idées sont nauséabondes, mais c’est bien sur le domaine des idées qu’il faut les combattre. Ses propos auraient pu même avoir une suite sur le plan juridique, car il contredit très réellement les lois françaises sur l’interdiction de propager la haine raciale. Mais tout est fait pour que le débat soit piégé. Les menaces ont transformé Robert Redeker de coupable en victime. Plus personne ne parle du caractère raciste de ses propos, mais des menaces qu’il a subies. Or les deux sont condamnables ». Il conclue « Soit on admet le droit de tout dire y compris les injures raciales au nom de la liberté…soit l’on considère que le climat est tellement lourd et explosif qu’il faut apporter certaines limites à la liberté d’expression. En tous les cas on ne peut pas plaider pour la première thèse dans certains cas et pour la seconde dans d’autres ».
II – DE NOMBREUX QUESTIONNEMENTS PERSISTENT AUTOUR DE CET EVENEMENT ET SURTOUT DE SON INSTRUMENTALISATION:
LES FAITS :
- Il n’y a pas eu de Fatwa, mais tout le monde feint de l’ignorer ; ce mensonge était nécessaire pour une dramatisation de la menace.
- Il y aurait bien eu des menaces dont les services de renseignement affirment qu’elles seraient «de mort » et en relation avec «al-qaida » sans étayer cette affirmation de preuves depuis plusieurs semaines. Ceci est surprenant de la part d’un ministre de l’intérieur qui nous avait habitué à une communication plus agressive sur des faits divers de gravité moindre.
- Il est avéré que les premières menaces, le jour même de la publication, sont antérieures à une émission sur la chaîne Al-jazeera présentée, de façon mensongère, comme le relais d’une «fatwa » qui relève du fantasme ; sachant bien que très peu d’arabophones auront eu la capacité de vérifier ce fait.
La vraie question est de savoir si ces menaces relèvent d’une piste locale (expliquant la précision de la menace), d’une piste nationale ou internationale ; l’incertitude entretenue plaide pour que l’hypothèse d’une gigantesque intoxication ou manipulation doive être considérée.
LA MANIPULATION :
- C’est une constante du discours extrémiste d’englober dans sa stratégie l’existence reconnue d’une «liberté d’expression » qui crée de fait une «obligation d’en débattre » et de reconnaître le caractère «licite » de quelque opinion que ce soit, en restant libre de la désavouer… « les chambres à gaz n’ont pas existé ? Bon, débattons-en, à ma droite X, à ma gauche Y qui représente la thèse inverse… »
- Mais avec l’affaire Robert Redeker le débat a changé de nature, car une étape a été franchie qui consiste à court-circuiter même l’obligation d’apprécier la thèse en présence, pour consacrer ses efforts seulement à la défense de la liberté d’expression de son auteur !
- Il est vrai que la thèse aurait du mal a trouver des défenseurs crédibles aux yeux de l’opinion comme des érudits sur le sujet de l’Islam ! La nouvelle attitude est : « Ne parlons donc pas de ses thèses islamophobes délirantes, unissons seulement nos efforts pour la défense de leur auteur menacé, même sans trop bien savoir par qui…Et si ce texte a suscité la colère de fanatiques, c’est donc qu’il était juste de les dénoncer ! CQFD », Redeker : un ; Raison :zéro !
LES CONSEQUENCES PREVISIBLES :
- Pour comprendre l’importance de ce «glissement » il nous faut nous rappeler que lorsque les intellectuels se sont mobilisés pour contrer, dans le passé des thèses révisionnistes ou négationnistes ; il s’agissait de ne pas étouffer ou déformer une vérité historique passée. L’article de Redeker, lui, même s’il se réfère à une fausse connaissance du Coran, s’exprime en fait dans et pour le temps présent et le temps à venir ; il pose une affirmation qui est un acte de guerre dans un choc des civilisations dont nous ne vivons que les premiers soubresauts. Ce choc se prépare, par les armes et par les mots.
- Nous savons l’existence authentique de forces en présence que personne ne songe à nier ; celles d’un islam perverti extrémiste mais encore ultra-minoritaire et celles de l’axe du bien autoproclamé porteur, selon sa prétention, des valeurs de la civilisation judéo-chrétienne. Les deux sont prêts à incendier la planète, certains, dont Redeker croient ce choc inéluctable et contribuent à la «diabolisation » de l’Islam tout entier pour faire accepter ; le pire au plus grand nombre.
Lorsque nos intellectuels les plus médiatiques se sont solidarisés avec la frange la plus intolérante de la pensée occidentale, c’est bien cette image globale (et non celle d’un paradis de la liberté d’expression !) qu’ils ont donné au reste du monde, comme un immense «quitus » à tous ceux qui militent pour le choc des civilisations.
- Mais les premières victimes des écrits de Robert Redeker et du soutien inconditionnel qui lui est apporté par beaucoup ne seront pas les islamistes ; ce seront les très nombreux musulmans ou intellectuels éclairés qui n’épousent pas leurs thèses et luttent dans ce monde complexe pour faire sortir des peuples entiers de la théocratie et de l’obscurantisme par certains entretenu. Ceux qui en Islam ont compris que les «lumières » d’occident ne sont ni éloignées ni incompatibles avec les «lumières » d’Islam, ignorées chez nous par le plus grand nombre, auront à répondre sur leur vie de la haine répandue par Robert Redeker et renforcée par ses soutiens. Le pire, qui doit être admis, est que l’élimination programmée de ces «modérés » est au centre de la stratégie des uns comme des autres. Le choc des civilisations annoncé par tous les néoconservateurs militaristes de la planète n’est pas une option de progrés espéré mais une option de confrontation armée considérée comme inévitable.
Robert Redeker, par ses écrits antérieurs et actuels, est un soldat de ce combat. La question qui est posée à tous d’un soutien voulu inconditionnel n’est pas une question philosophique, c’est une question politique.
- Notre choix «Pour Redeker » peut paraître peu signifiant et allant de soi dans nos salons mondains. Mais pour ceux qui luttent contre l’intolérance dans des lieux ou la connivence n’est pas de mise entre penseurs aux opinions divergentes, mais ou les minoritaires et démocrates sont en danger de mort permanent, ce choix peut être une sentence fatale au motif même des liens établis avec une forme de la pensée occidentale qui a porté au cours des siècles le germe de la plupart des mouvements d’émancipation. Nous sommes tous comptables, au nom même des idées que nous prétendons défendre, de la vie de tous ceux qui sur
- d’autres rives ne nous haïssent pas et ne peuvent comprendre notre venin ou notre lâcheté. Soutenir RR c’est clairement consentir au sort fait à ceux là dont le sort, déjà et pour longtemps, semble nous être étranger.
- Condamner la menace sûrement, mais sans soutenir Robert Redeker, est donc une nécessité absolue ; c’est la condition même de la crédibilité de la démarche de tous ceux qui s’opposent à la pensée de Robert Redeker et qui mesurent la gravité de ses conséquences.
- La démocratie d’opinion n’a t’elle pas généré une philosophie de la protection ? Une philosophie qui pour affirmer sa liberté dénonce ce qui serait susceptible de l’entraver ? Cette évolution peut même contribuer à cautionner, paradoxalement, des lois liberticides.
- Ce que nous observons n’est-il pas l’extinction de tout débat sur la responsabilité des intellectuels ? Ces débats qui en un autre temps ont séparé et parfois réunis Jean Paul Sartre et Raymond Aron, seraient-ils encore possibles aujourd’hui ? Lequel de ces deux penseurs aurait osé stigmatiser l’autre en le menaçant de complaisance envers une « islamisation des esprits », simplement pour avoir tenté de poser la raison en avant de la passion ? Au stade ou sont arrivés certains de nos « philosophes », on peut leur dire : « En sortant ce n’est pas la peine d’éteindre la lumière ; l’ampoule a déjà rendu l’âme… »
- Comme tant d’autres philosophes qui se voulaient médiatiques, Robert Redeker souhaitait obtenir par sa tribune «son quart d’heure de célébrité » comme disait Andy Warhol ; sans imaginer qu’en s’auto-désignant expert en islam, il allait se prendre les pieds dans le tapis et être placé devant la responsabilité d’un acte qu’il croyait de pure forme. Le marketing des idées a aussi ses revers, comme une mauvaise pub qui fait un “flop”
- La réalité de la détresse de Redeker ne semble pas faire de doute, qui n’était pas préparé par son statut d’intellectuel, à devoir vivre en clandestin selon les conseils que lui prodigue la DST. Mais les victimes de son attitude sont aussi son épouse et ses enfants que nul ne songe à soutenir et qui le méritent pourtant, totalement victimes, eux, de cette surenchère sécuritaire qui devrait cesser dans l’intérêt de tous.
CONCLUSION PROVISOIRE :
Cet événement d’une importance factuelle dérisoire représente en réalité un événement majeur, révélateur d’un glissement de nos perceptions qui nous fait banaliser l’intolérance. On peut y voir l’effet de «la peur » qui a saisi nos sociétés depuis le 11 septembre 2001. On peut aussi y voir l’impact d’une sournoise propagande au quotidien qui travaille pour banaliser aussi bien le découpage du monde en un axe du bien et un axe du mal, légitimant toutes les lois sécuritaires et les guerres préventives. Il est dans ce contexte attendu que les intellectuels ne soient au service que d’une seule cause qui sert les intérêts de l’occident ; ceux d’entre eux qui tenteraient de garder une pensée « universaliste » sont suspects et discrédités, assimilés au camp déjà désigné ennemi !
Robert Redeker, dans sa sincérité délirante et sa phobie voyait partout une «islamisation des esprits » .
En réalité ce que cet événement a révélé c’est tout le contraire, c’est une :
ISLAMOPHOBISATION massive des esprits !
Parce que les mots «tuent » il ne faut banaliser aucun discours excessif. Le tribunal de Nuremberg n’a pas jugé des combattants de terrain qui auraient survécu à leurs crimes, il a jugé les penseurs et les instigateurs de ces crimes qui avaient élaboré une idéologie faisant de l’intolérance un dogme.
Il est fait par certains appel à Voltaire, en omettant de dire qu’il n’a jamais préconisé de taire la critique, mais seulement de la fonder sur la raison et non sur la force. Qui peut imaginer qu’un Voltaire aurait signé un soutien inconditionnel à une thèse dont il aurait détesté le contenu, sans engager toute son énergie d’abord pour la combattre ? C’est ce que semblent avoir collectivement oublié nombre de ceux qui croient devoir donner leur bénédiction laïque à des propos islamophobes détestables. Tous ceux la sont déjà formatés à une pensée de l’intolérance qui pourrait bien mener le XXI ème siècle vers la tragédie.
Rares sont ceux qui s’interrogent, comme Mohammed Arkoun dans «Histoire de l’Islam en France » (Albin Michel 2006) sur l’émergence de l’islamisme mais aussi sur la construction médiatique de l’islamophobie. Assurément un ouvrage tel que celui là doit paraître insupportable à tous les annonciateurs du «Choc des civilisations ». Il se pourrait que la survie même de notre société dépende de notre capacité à reconquérir une pensée obscurcie, non par l’islam, mais notre peur de voir s’ébranler nos dogmes hégémoniques et nos certitudes intellectuelles.
Nous n’échapperons pas, même au péril de notre confort intellectuel tenté par la simplification de toute pensée à la réouverture du vieux questionnement « Misère de la philosophie ? » ouvert par Proudhon.
Sauf à consentir au pire qui serait de laisser les ennemis de la pensée diriger le monde, nous n’échapperons pas non plus à l’exigence d’un retour vers une pensée qui ne soit pas asservie par l’opinion dominante, (actuellement politico-médiatique plus qu’académique), mais plutôt vers une pensée véritablement mise au service de la recherche d’une émancipation humaine universelle. Si nous en restions là, les listes de pétitionnaires « Pour Redeker » pourraient bien désigner déjà ceux qui démissionnent dans ce combat.
EPILOGUE :
Pendant que nos pseudo-intellectuels médiatiques font de la surenchère pour soutenir l’un des leurs engagé dans un combat douteux ; le 7 octobre 2006 à Moscou tombait sous les balles la journaliste et écrivaine Anna Politkovskaïa dont une part de la vie a été consacrée à témoigner du sort fait au peuple tchétchène.
La Tchétchènie, cette ex-république musulmane de l’ex-empire soviétique est soumise à la folie d’une Russie gangrenée par la xénophobie, le racisme et particulièrement l’islamophobie. Anna Politkovskaïa défendait admirablement cette cause, non en soutien de la forme de ses combats, sachant refuser toutes les complaisances dans les deux camps, mais en soutien et par essence même d’une exigence de justice. Le racisme était totalement étranger à sa pensée et elle était libre de toute aliénation, philosophique, politique, matérielle ou religieuse ; pour cela son action était intolérable pour le pouvoir en place. Les tueurs ne lisaient certainement pas le Figaro ; mais pour exécuter un meurtre politique il faut à la fois mettre une arme au poing d’un homme et aussi lui vider le cerveau en l’abrutissant de discours haineux.
Nos frères tchétchènes seront demain plus seuls qu’hier, non seulement du fait de la volonté de Moscou, mais aussi parce que rendus plus vulnérables par le meurtre d’une femme libre dont la vie était consacrée à délégitimer tous les discours haineux «rédékériens » qui ne sont rien d’autre que des cautions avant meurtre.
Puisse cet événement contribuer à clore chez nous un débat ouvert après une sinistre tribune du Figaro dont le journal lui-même s’est désolidarisé.
Le seul débat qui doive être poursuivi, on peut même dire réouvert, c’est celui de la responsabilité des intellectuels face au monde réel, celui des enjeux de domination ou de résistance, d’aliénation ou d’émancipation humaine.
À propos de l’inégalité de traitement entre les menaces de mort reçues par Robert Redeker et douze autres menaces de mort
Par le Collectif Les mots sont importants
jeudi 26 octobre 2006
En étudiant le traitement médiatique et politique de « l’Affaire Redeker » et en le comparant, à la fois du point de vue quantitatif (la place accordée) et qualitatif (la nature des réactions) avec le traitement d’une précédente affaire de menaces de mort, le texte qui suit met en évidence une incontestable inégalité de traitement, liée à une non moins incontestable institutionnalisation de l’islamophobie. Il ne s’agit donc pas de mettre en concurrence deux combats tout aussi nécessaires l’un que l’autre, et parfaitement conciliables : le combat contre l’antisémitisme et le combat contre l’islamophobie, mais au contraire de contribuer à une approche unitaire et égalitaire du combat antiraciste.
On a parfois l’impression, quand on voit la manière dont sont médiatiquement et politiquement traitées les menaces de mort reçues par Robert Redeker, que c’est la première fois qu’un intellectuel engagé ou un homme public reçoit des menaces de mort. Or, en fouillant dans les recoins de sa mémoire puis sur le moteur de recherche google, on tombe par exemple - et ce n’est sans doute qu’un exemple parmi beaucoup d’autres - sur ceci. C’est extrait du journal Le Monde, et daté du 12 mai 2006 [1] :
« Douze balles envoyées par courrier, accompagnées d’un bristol anonyme portant cette phrase : “La prochaine n’arrivera pas par la poste.” Douze parties civiles étaient présentes au procès de Raphaël Schoemann, qui comparaissait devant le tribunal correctionnel de Paris, jeudi 11 mai. Les propalestiniens radicaux voisinaient avec quelques figures des réseaux franco-arabes, notamment Gilles Munier, secrétaire général des Amitiés franco-irakiennes. Les personnalités, parmi lesquelles le député européen (Verts) Alain Lipietz, le dirigeant altermondialiste José Bové ou le cinéaste israélien Eyal Sivan, s’étaient fait représenter [2].
C’est un mail envoyé à l’une des parties civiles qui a permis de remonter jusqu’à ce retraité de 65 ans, marié et père de deux enfants, au casier judiciaire vierge, qui voulait s’en prendre à des personnes qu’il estimait “antisémites” en raison de leurs écrits sur le conflit israélo-palestinien. Raphaël Schoemann signait ses mails “Nadine Mouk”, une formule qui signifie en arabe dialectal : “Maudite soit la religion de ta mère.”
Le prévenu ne conteste pas les faits. “J’ai choisi mes victimes en raison de leurs liens avec l’extrême droite, déclare-t-il. Ils se sont tous livrés à des déclarations à caractère antisémite [3] . J’ai essayé de saisir la Licra. Sans résultat. Je ne voyais pas d’autre issue. Mais cela n’a pas suffi. Ils n’ont pas assagi leur propos.”
“Je n’avais aucune intention de passer aux voies de fait, surtout avec des armes”, assure-t-il. Pourtant, des armes à feu, les enquêteurs en ont trouvé chez Raphaël Schoemann : un véritable arsenal, et notamment un fusil à répétition SIG et un revolver Smith et Wesson, deux armes interdites à la vente en France et acquises illégalement en Suisse, en décembre 2003, quelques mois après l’envoi des courriers. “J’utilisais ces armes pour tuer des nuisibles dans la propriété de mes parents, ou dans mon club de tir”, se défend le prévenu.
“Nous avons frôlé un massacre, du genre de la tuerie de Nanterre” [4], estime Maître Mylène Stambouli, avocate d’Alain Lipietz. “A partir du moment où l’on prend des positions aussi tranchées sur le conflit israélo-palestinien, on prend le risque de recevoir des menaces de cet ordre”, avance l’avocat de la défense, Me David Sellam [5]
Le parquet a requis douze mois de prison avec sursis, avec obligation d’indemnisation des victimes. Jugement le 22 juin. »
Le verdict sera finalement de 10 mois de prison avec sursis et 1 euro de dommages et intérêts pour chacune des douze victimes.
Nous verrons, dans les mois qui viennent, à quelle peine sera condamné l’auteur du mail de menaces envoyé à Robert Redeker - qui, rappelons-le, n’était lié à aucune organisation et ne possèdait chez lui aucun arsenal guerrier. Nous verrons alors si la Justice respecte le principe d’égalité de traitement. Nous savons d’ores-et-déjà, en revanche, que le « Jugement médiatique » fonctionne à deux poids, deux mesures : sur le site pressedd.com, référençant les archives des agences de presse et de l’ensemble de la presse quotidienne nationale, on trouve
4 dépêches et 6 articles de presse pour toute l’année 2003 sur les menaces reçues par Eyal Sivan ;
8 dépêches et 1 article de presse pour toute l’année 2003 sur les menaces reçues par José Bové ;
rien du tout sur les menaces reçues par Monique Chemillier-Gendreau et Alain Lipietz ;
5 dépêches et 4 articles en mai 2006 sur le procès opposant Raphaël Schoemann à ses douze victimes ;
68 dépêches et 102 articles de presse consacrés à Robert Redeker en seulement quatre semaines.
La série des douze menaces de mort envoyées par Raphaël Schoemann aura donc été une non-affaire : ni tempête médiatique, ni mobilisation générale pour la liberté d’expression, ni montée en généralité et interpellation du « Judaïsme » ou du « Sionisme ». Aucun quotidien n’aura jugé utile de poser en « Une » la question « Peut-on encore critiquer Israël ? » (alors que Libération et beaucoup d’autres médias ont titré « Peut-on encore critiquer l’Islam ? » à l’occasion de l’affaire Redeker). La solidarité professionnelle, syndicale, politique, intellectuelle aura été moins massive et surtout beaucoup moins bruyante et solennelle. Une pétition de soutien à Eyal Sivan a certes été lancée sur internet par les cinéastes Jean-Louis Comolli, Frédéric Goldbronn et Abraham Segal [6], mais elle n’a bénéficié d’aucune médiatisation et n’a recueilli aucune signature de « célébrité » : pas un BHL, pas un Philippe Val, pas un Michel Onfray pour soutenir en bloc, « sans réserve » et « sans condition » les 12 personnes menacées de mort, « quoi qu’elles aient pu dire ou écrire ». Pas un Yves Calvi, pas un Guillaume Durand, pas un Marc Weitzmann pour sommer « les Juifs » ou « les sionistes modérés » de prouver leur modération en manifestant un soutien inconditionnel non seulement à José Bové, Alain Lipietz ou Eyal Sivan, mais aussi à Mondher Sfar ou Ginette Skandrani - et c’est tant mieux : pourquoi en effet chaque Juif serait-il comptable des errements de l’un (ou même de plusieurs) de ses « co-réligionnaires » ou de ses « défenseurs » [7]. ?
Le problème, c’est que cette distinction élémentaire entre l’individu, la poignée d’individus et la totalité du groupe (religieux, ethnique, national…) ne se fait plus lorsque l’individu ou la poignée d’individus fautifs est musulman(e) :
l’acte répréhensible quitte la page des « Brèves », « Dépêches » ou « Faits divers » pour envahir les pages « Société » et les pages « Débats », puis la « Une » et les plateaux de télévision, « chez FOG » [8], chez Calvi et chez Guillaume Durand ;
un mail anonyme, lorsque l’auteur est présumé musulman, est rebaptisé « Fatwa » [9], et ce n’est plus un individu qui est en cause, mais « l’Islam » dans son entier ;
les animateurs de débats sortent de leurs gonds et parlent avec leurs tripes : ils somment les musulmans de « soutenir sans réserves » le professeur islamophobe, et ils les accusent de complaisance avec « la Fatwa » s’ils émettent la moindre critique sur le texte de Redeker ;
la peur et la haine deviennent palpables : les sociologues, anthropologues et politistes qui tentent de garder la tête froide sont, comme Olivier Roy chez Guillaume Durand, quasi-insultés lorsqu’ils tentent de contrer les amalgames et de rappeler cette vérité élémentaire : « l’Islam » recouvre des formes de religiosité et des modes de vie d’une grande diversité [10] ;
enfin [11], un jeune écrivain branché (un certain Marc Weitzmann, chef de rubrique à l’hebdomadaire Les Inrockuptibles) se sent autorisé à stigmatiser ces musulmans soi-disant modérés qu’on ne voit pas manifester dans les rues pour la défense de Redeker…
Pour résumer :
d’un côté : douze balles réelles accompagnées de menaces de mort, sont adressées à douze personnalités opposées à la politique israélienne [12] par un défenseur auto-proclamé des Juifs qui s’avère détenir chez lui un véritable arsenal guerrier : tout le monde laisse la police enquêter et la Justice trancher, en gardant la tête froide.
de l’autre : un mail de menaces de mort est envoyé à un intellectuel islamophobe par un défenseur auto-proclamé des Musulmans - et ce mail suffit à déclencher une tempête médiatique, à mobiliser toute l’aristocratie intellectuelle et à remettre sur la sellette toute la communauté musulmane.
En d’autres termes : si l’antisémitisme n’a pas disparu, nous pouvons néanmoins nous réjouir du fait qu’il n’existe plus en France d’antisémitisme systémique et légitime comme il en existait un dans les années 30 [13]. Il y a en revanche bel et bien un racisme systémique et légitime, comparable à l’antisémitisme des années 30, à l’encontre des musulmans [14]. Il serait temps d’en prendre la mesure, et de le combattre.
Collectif Les mots sont importants, 26 octobre
Notes
[1] Xavier Ternisien, « Les balles et lettres de menace d’un retraité obsédé par l’antisémitisme », Le Monde, 12-13/05/2006
[2] Note du collectif Les Mots Sont Importants : La liste complète des personnes ayant reçu les menaces de mort de Raphaël Shoemann est la suivante : Eyal Sivan, Isabelle Coutant-Peyre, Ginette Hess-Skandrani, Maria Poumier, Lucien Bitterlin, Monique Chemiller-Gendreau, Alain Lipietz, Gilles Munier, José Bové, Annie Coussemant, Mondher Sfar, Jean-Claude Willem
[3] Note du Collectif Les Mots Sont Importants : C’est évidemment totalement faux. Si certaines des cibles de Raphaël Schoemann (par exemple Ginette Skandrani, Maria Poumier ou Mondher Sfar) sont engagés dans de véritables dérives antisémites ou négationnistes, d’autres sont tout simplement des opposants résolus à la politique israélienne, qui n’ont pas le moindre lien avec l’antisémitisme - si ce n’est sur le mode du combat contre l’antisémitisme. C’est notamment le cas d’Eyal Sivan, de Monique Chemillier-Gendreau, d’Alain Lipietz et José Bové. Pour ce qui est d’Isabelle Coutant-Peyre, Lucien Bitterlin,Gilles Munier, Annie Coussemant et Jean-Claude Willem, nous ne les connaissons pas et ne pouvons donc dire s’ils ont ou non tenu des propos antisémites. Ceci étant dit, quand bien même l’un ou plusieurs de ces gens auraient tenu des propos antisémites, cela ne justifierait aucunement des menaces de mort, de même que le racisme antimusulman de Robert Redeker ne justifie aucunement les menaces de mort qu’il a reçues.
[4] Note du Collectif Les Mots Sont Importants : à Nanterre, le 26 mars 2002, un forcené s’est introduit dans le Conseil municipal de Nanterre et a ouvert le feu. Neuf personnes ont été tuées, quatorze grièvement blessées.
[5] Sic ! ! ! Imaginons les réactions si les menaces de mort reçues par Robert Redeker étaient justifiées de la sorte par le contenu plus que « tranché » de sa tribune du Figaro.
[6] Pétition de soutien au cinéaste Eyal Sivan :
Notre ami et collègue Eyal Sivan, cinéaste israélien installé en France, a reçu dernièrement une lettre contenant une balle de 22 mm avec ces mots : « La prochaine n’arrivera pas par la poste ».
Après une longue série de menaces et d’insultes proférées par téléphone, l’envoi de cette balle marque une nouvelle étape dans la campagne d’intimidations et de calomnies lancée contre Eyal Sivan par l’extrême-droite pro-israélienne. Ce sont les mêmes, sans doute, qui, il y a quelques mois, attaquaient à Paris un cortège de Shalom Arshav et blessaient grièvement à coups de couteau un commissaire de police. Affaire sans suite jusqu’à aujourd’hui…
Parce que nous sommes attachés à l’établissement d’une paix juste au Proche-Orient, nous ne pouvons tolérer que certains tentent par des méthodes violentes d’empêcher le dialogue entre Israéliens et Palestiniens, comme nous ne pouvons accepter le climat de terrorisme intellectuel sur lequel s’appuient ces méthodes. Nous condamnons l’assimilation systématique de la critique du gouvernement israélien actuel avec des manifestations d’antisémitisme.
Nous réaffirmons notre pleine solidarité à Eyal Sivan et nous demandons à la Justice de tout mettre en oeuvre pour placer les auteurs de ces actes hors d’état de nuire.
Premiers signataires : Jean-Louis Comolli (cinéaste) ; Frédéric Goldbronn (cinéaste) ; Abraham Segal (cinéaste)
[7] L’article du Monde ne donne pas de précisions sur le rapport qu’entretenait Raphael Schoemann avec « le judaïsme ». Mais quel que soit ce rapport, Raphael Schoeman a agi au nom des Juifs, au nom de leur défense contre l’antisémitisme, comme le jeune orléanais qui a menacé Robert Redeker a agi au nom des musulmans, au nom de leur défense contre l’islamophobie
[8] Franz-Olivier Giesbert
[9] Sur l’usage fallacieux de ce terme, cf. J. Richaud, « Robert Redeker : il n’y a jamais eu de fatwa ». L’idée de fatwa est en fait le produit d’un amalgame entre des mails de menaces anonymes et une condamnation publique du texte de Robert Redeker par le Cheikh Youssef Al Quradami. C’est Caroline Fourest qui, parmi les premières, a lancé la campagne de désinformation, en prétendant que le Cheikh Al Quradami avait prononcé une « fatwa mondiale » désignant Robert Redeker à la « vindicte » de millions de musulmans (SIte Prochoix.org, 25/09/2006). Affirmation reprise par Michel Onfray dans l’appel qu’il a lancé en faveur d’un « soutien inconditionnel » à Robert Redeker : « Le cheikh islamiste Youssef al-Qaradawi a livré Robert Redeker à la vindicte des fous de Dieu. » À trois reprises dans cet Appel, Robert Redeker est décrit comme la victime d’une « fatwa ».
La réalité est tout autre :
Youssef Al-Qardaoui a en réalité parlé moins d’une minute de l’affaire
il n’a même pas cité le nom de Robert Redeker
il s’est contenté d’appeler les téléspectateurs à « protester d’une manière sage contre les propos du Pape Benoît XVI et l’auteur de l’article du Figaro »
il a également appelé à « ne pas donner l’image de musulmans violents dont les médias occidentaux sont friands »
[10] Olivier Roy a également été sommé par Guillaume Durand de « reconnaître » qu’« aucun pays musulman n’est une démocratie » et que « par conséquent », « l’Islam » est incompatible avec la démocratie ; lorsqu’il a voulu faire remarquer que les obstacles à la démocratisation dans lesdits « pays musulmans » sont d’ordre économique et géo-politique, et que tous les pays du Tiers-Monde, musulmans ou pas, connaissent le même déficit démocratique, Guillaume Durand l’a violemment - et à deux reprises - interrompu en lui reprochant de « noyer le poisson ».
[11] Toujours sur le plateau de Guillaume Durand.
[12] Dont quelques racistes, mais aussi d’incontestables antiracistes.
[13] Le caractère systémique et légitime (au sens sociologique de : communément considéré comme légitime) de ce racisme se mesurant précisément au fait qu’il va alors de soi, pour la majeure partie de la population, et surtout pour la majeure partie du monde médiatique et politique, que les méfaits d’un Juif impliquent l’ensemble des Juifs et posent la fameuse « question juive ». Cf. J.-P. Sartre, Réflexions sur la question juive, Folio essais
[14] Au sens où, précisément, il va de soi, pour la majeure partie de la population, et surtout pour la majeure partie du monde médiatique et politique, que les méfaits d’un musulman implique l’ensemble des musulmans et posent la fameuse « question de l’Islam »
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