AMIA : le rabbin Singer dénonce l’enquête scandaleuse sur l’attentat de 1994
571 lecturesLe Monde - ARTICLE PARU DANS L’EDITION DU 11.07.04
Dix ans après l´attentat contre l´Association mutuelle israélite argentine (AMIA), qui a fait 86 morts et plus de 300 blessés en plein centre de Buenos Aires, le 18 juillet 1994, l´enquête piétine toujours. Je ne vois pas de différence à l’heure actuelle entre le président péroniste Nestor Kirchner et ses prédécesseurs, a regretté, le 3 juillet, le président du Congrès juif mondial, Israël Singer. M. Kirchner m´a dit qu´il fera en sorte que le dossier soit traité avec fermeté. J´ai entendu tout cela des précédents présidents, a-t-il ajouté.
L´enquête continue, entachée de disparitions de preuves, de pistes ignorées, de vols de documents, de témoins menacés ou achetés. Parmi les suspects figurent plusieurs anciens membres de la police de la province de Buenos Aires qui, depuis plusieurs années, est impliquée dans de nombreux scandales de corruption.
Une piste iranienne avait été évoquée dès le début de l´enquête. La justice argentine et les services secrets israéliens avaient désigné comme responsable le Hezbollah, parti libanais pro iranien. L´ancien président péroniste Carlos Menem (1989-1999) a été mis en cause. A la suite d´un article publié en juillet 2002 par le New York Times, M. Menem a démenti avoir touché 10 millions de dollars de l´Iran pour que la responsabilité de Téhéran ne soit pas établie. Le quotidien américain citait les déclarations d´un ex-agent de haut rang des services de renseignement iraniens affirmant que M. Menem avait été soudoyé sous la présidence d´Ali Akbar Hachémi Rafsandjani (1989-1997).
PAS DE JUSTICE
En mars 2003, le juge chargé du dossier a délivré douze mandats d´arrêt contre des Iraniens, dont l´ancien ambassadeur en Argentine Hadi Soleimanpour, officiellement étudiant en Grande-Bretagne. L´Iran a protesté contre l´arrestation de M. Soleimanpour, et Londres a refusé son extradition vers l´Argentine, jugeant les preuves insuffisantes.
A son arrivée au pouvoir, en mai 2003, le président Kirchner avait ordonné l´ouverture des archives des services secrets sur l´attentat sans donner toutefois de nouvelle impulsion à l’enquête. “Plus on s’éloigne dans le temps du crime, plus la piste se refroidit”, a souligné le rabbin Singer. Il estime que la manière dont a été menée l´enquête est un “scandale”, démontrant qu´en Argentine il n’y avait pas de colère devant la mort de citoyens et qu’il n’y avait pas de justice contre ceux qui ont commis ces crimes.
Les familles des victimes de l’AMIA ont dénoncé, toutes ces dernières années, les horreurs commises par la justice. Deux ans auparavant, le 17 mars 1992, une autre explosion visant l´ambassade d´Israël à Buenos Aires avait fait 28 morts, sans être élucidée. La communauté juive d´Argentine est la plus importante d´Amérique du Sud, avec plus de 180 00 personnes. L´édifice de l’AMIA, où se trouvait aussi la Délégation israélite argentine (DAIA), abritait l´une des plus importantes bibliothèques du monde sur le judaïsme.
Christine Legrand
Le Monde - ARTICLE PARU DANS L’EDITION DU 11.07.04
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