Attentat contre le centre juif AMIA
1 167 lectures
Deux affaires judiciaires d´envergure, l´une à Genève, l´autre à Lausanne, risquent de mettre une fois de plus Berne dans l´embarras. Au coeur de ces deux dossiers, un compte bancaire genevois de 200 millions de dollars aurait contribué à alimenter plus de 400 opérations meurtrières en Europe. Les services secrets des ayatollahs en auraient été les commanditaires. Et la Suisse apparaîtrait donc comme une des plaques tournantes financières du terrorisme iranien.
Mais comment les procédures argentines sur des avoirs de Carlos Menem déposés dans des banques suisses se retrouvent-elles liées à l´assassinat, à Coppet, il y a quatorze ans, de l´opposant iranien Kazem Radjavi ? À première vue, ces deux histoires complètement différentes auraient pu glisser tranquillement l´une à côté de l´autre sans jamais se croiser. Pourtant, l´une comme l´autre aboutissent à ce même compte bancaire d´où auraient été versés 10 millions de dollars à l´ex-président argentin. En échange, il étouffait l´enquête à Buenos Aires sur l´attentat en 1994 contre le centre juif AMIA - le plus meurtrier de l´histoire du pays avec 86 morts et plus de 200 blessés. Les 200 millions de dollars auraient aussi servi à financer le commando de 13 hommes venus abattre Kazem Radjavi.
Un témoin clé
À l´origine de ces accusations, un personnage clef : Abolghassem Mesbahi, ancien agent de la VEVAK (services secrets) sous Khomeyni, est aujourd´hui la seule personne en mesure d´établir la preuve que ce compte bancaire a bel et bien existé. Réfugié en Allemagne depuis 1997, il a été entendu à plusieurs reprises par les polices allemandes, françaises, suisses et argentines. Ses dires se sont toujours révélés crédibles. Principal témoin dans l´affaire Mykonos - quatre dirigeants kurdes iraniens ont été abattus en 1992 dans une taverne à Berlin par un commando de Téhéran - il a aussi été auditionné à Lausanne pour l´affaire Kazem Radjavi.
Dans l´émission Mise au point de la TSR, le journaliste Frank Garbely a retracé, l´année passée, le parcours de Mesbahi, surnommé le témoin C. On y apprend que Mesbahi opérait à Genève dans les années nonante, inscrit comme étudiant. Il avait des liens avec la police genevoise, qui le renseignait sur les mouvements des opposants iraniens. Selon ce témoin, ledit compte numéroté se serait trouvé dans une banque «éloignée de quelque 200 mètres de l´Hôtel du Rhône à Genève». Le nom de «Luxembourg» figurait à l´entrée. Trois personnes en auraient détenu la signature: l´ex-président Ali Rafsandjani, Ahmed Khomeiny (le fils de l´ayatollah) et Ali Fallahijan, l´ancien ministre de l´Intérieur, chef des services secrets.
De leur côté, les juges argentins, qui enquêtent toujours sur les commanditaires de l´attentat contre le centre AMIA, tombent aussi sur la piste du témoin C. Qui leur révèle que Menem aurait touché 10 millions de dollars de pot-de-vin de la part des Iraniens. Cet argent aurait été transféré de ce même compte à un autre au nom de Menem ou de ses proches. A plusieurs reprises, Mesbahi s´est dit prêt à venir à Genève identifier l´emplacement de la banque.
Parallèlement, en vertu de la loi sur le blanchiment de 1998, les banques notifient en 2001 à la justice l´existence dans des établissements helvétiques de deux comptes (7 millions de dollars en tout) liés à Menem. Berne mandate alors Genève pour ouvrir une procédure pénale pour blanchiment d´argent. Le dossier est confié à Christine Junod. Les juges argentins lancent aussitôt des demandes d´entraide judiciaire avec deux requêtes claires: la notification des deux comptes et la convocation à Genève du témoin iranien pour expliquer d´où viennent les financements du terrorisme des ayatollahs.
Près de trois ans ont passé, le témoin n´a toujours pas été entendu à Genève et les comptes n´ont toujours pas été communiqués à l´Argentine. Les raisons de cette panne de la justice genevoise restent mystérieuses. De plus, Christine Junod s´apprête à changer de poste. Que compte-t-elle faire du dossier Menem? Malgré nos multiples tentatives, nous n´avons pu la joindre afin d´obtenir une réponse de sa part.
Atteint par téléphone, le juge Jacques Antenen, en charge du dossier Radjavi, se dit perplexe face à ces blocages genevois. Le juge vaudois se déplacera en août en Allemagne pour poser des questions au témoin et le convaincre de faire le voyage en Suisse.
Découragés par l´immobilisme genevois, les Argentins dirigent maintenant leurs espoirs vers Lausanne. En effet, l´affaire Radjavi pourrait débloquer l´enquête sur l´attentat du centre AMIA. Et, réciproquement, des informations venant d´Argentine pourraient s´avérer cruciales pour la procédure lausannoise. Jacques Antenen et les magistrats argentins ont d´ ailleurs entamé une étroite collaboration judiciaire pour établir «les liens entre les deux enquêtes quant au fonctionnement des services de renseignements iraniens». Les juges des deux pays sont parfaitement conscients que leurs intérêts convergent sur ce témoin crucial. Or ladite banque se trouvant en territoire helvétique, seul un magistrat suisse peut obtenir le déplacement de Mesbahi. Lausanne va-t-elle réussir là où Genève bloquait? Les Argentins et la famille Radjavi l´espèrent.
source : INFOSUD / CAROLE VANN ET JUAN GASPARINI
Tags: Amia
Autres billets pouvant vous intéresser :
- Carlos Menem (suite) Attentat de 1994
- Thalès en Argentine, d´autres preuves ont été remises au juge d´instruction par le Bureau Anticorruption
- AMIA : le rabbin Singer dénonce l’enquête scandaleuse sur l’attentat de 1994
- Thalès et Menem - on réactive l´enquête
- Thalès entre la Grèce et l´Argentine - autres temps, autres moeurs!

18 juillet 2007 at 10:05
[...] C’est un des points positifs de l’administration Kirchner d’avoir déverrouillé la justice du pays afin de trouver les responsables de cette attaque sordide. Cela fera 13 ans aujourd’hui. Voir aussi parmi d’autres articles sur ce blog : AMIA, le procureur Alberto Nisman rend ses conclusions L’AMIA, le Hezbollah et 12 ans d’impunité AMIA, on ferme, le coupable est mort Attentat contre le centre juif AMIA [...]