Très beau texte de Antonio José Ponte.
Avoir 20 ans à Cuba, pour toujours
Passer un soir à La Havane, pour ne pas parler d’autres soirs dans d’autres villes cubaines comme Matanzas ou Pinar del Río, vous persuade aussitôt que le temps n’avance pas. Le passé se perd aisément de vue, il n’y a pas de passé. L’avenir n’en finit pas d’arriver, on est dans un temps figé. Donc, avoir 20 ans à Cuba, c’est avoir 20 ans pour toujours. Il peut s’agir d’un magnifique don ou d’une malédiction raffinée, chaque jeune de 20 ans saura comment le prendre.
C’est à 20 ans que l’on perçoit, plus que jamais, l’immensité du temps. Car, chez les jeunes, si les attentes sont nombreuses, elles sont rapidement trahies. Une, deux, trois ou quatre illusions sont déçues et les illusions restantes paraîtront vaines. Par impatience, on va jauger du même œil tout ce qui surviendra. Mais on n’a pas encore appris l’art adulte de dissimuler l’ennui.[…]








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