
Une autre manière de faire de la politique, c’est évident. Santa Fe, une province argentine qui sort de 24 ans de péronisme, vient de tourner le dos au passé et à monsieur Kirchner.
Pourtant le gouvernement n’avait rien laissé au hasard, le candidat choisi, Rafael Bielsa, ancien ministre des Relations extérieures, un homme qui se permet de recevoir la vierge à domicile, et qui a, à ne pas en douter, un CV très péroniste.
En bon soldat, il vient d’assumer personnellement cette défaite.
Binner [élu avec plus de 48 % des suffrages] est un médecin avec un visage d’homme bon, pour qui le progrès signifie donner aux gens les moyens de vivre bien. C’est ce qu’il a appris auprès des sociaux-démocrates européens. Il a appliqué cette recette simple à Rosario [capitale de la province de Santa Fe] du temps où il était maire, par une gestion efficace. On ne l’a jamais vu pratiquer le populisme latino-américain lors des campagnes électorales. Il n’utilise pas non plus les deniers publics à des fins clientélistes ou pour attiser les foyers d’improbables révolutions. Les chefs d’entreprise se sont sentis à l’aise avec lui. Ses programmes sociaux consistaient à rapprocher l’Etat des besoins des gens ordinaires en favorisant l’ascension sociale. Les socialistes de Santa Fe sont un sérieux problème pour l’establishment politique national.
On raconte qu’un jour, quelqu’un a demandé à un haut fonctionnaire de Kirchner pourquoi le président avait pris ses distances envers Binner, alors que celui-ci était théoriquement un allié naturel dans son projet progressiste. “Les socialistes ne doivent pas gouverner Santa Fe parce qu’on ne pourrait plus les en déloger. Ils sont efficaces et ils ne volent pas”, a répondu ce fonctionnaire, mi-sincère, mi-cynique. Difficile de savoir si Kirchner était du même avis. Quoi qu’il en soit, Kirchner a opté pour les méthodes traditionnelles du péronisme et a nommé comme candidat son ancien ministre des Affaires étrangères, Rafael Bielsa.
Le triomphe de Binner est le plus éclatant depuis la victoire en 1904 aux législatives d’Alfredo Palacios, devenu ainsi le premier député socialiste d’Amérique. Mais ce succès est avant tout une question d’image et de style. En fait, des socialistes ont déjà dirigé plusieurs villes importantes, comme Mar del Plata, Zárate, et surtout Rosario. Dans la capitale elle-même, les socialistes conservent entre 8 et 12 % des voix, ce qui en fait des alliés de choix pour presque toutes les échéances électorales.
Binner entretient avec Kirchner une relation ambivalente, et parfois contradictoire. Il a opté pour cette attitude louvoyante afin de ne pas se mettre à dos les sympathisants kirchneristes du Santa Fe. Toutefois, en tant que député national, il s’est opposé farouchement aux projets officiels concernant les institutions de la République et il a promu des projets et des enquêtes visant à remettre à l’honneur la morale publique dans la vie politique argentine.
La structure du Parti justicialiste [PJ, péroniste] du Córdoba a aussi été mise à mal par la progression inattendue de Luis Juez. Krichner a fait avec le maire de la capitale provinciale la même chose qu’avec Binner : il lui a opposé un autre candidat, tout en essayant de le séduire. Toujours est-il que la défaite du PJ au Santa Fe est une grande nouvelle. Ces vingt-quatre dernières années, pendant certaines périodes, la province de Buenos Aires, le Córdoba et la capitale avaient été gouvernés par des partis non péronistes. Mais cela ne s’était jamais vu à Santa Fe, une province qui forme avec les trois précédentes le quatuor des principaux districts électoraux du pays.
Joaquín Morales Solá
La Nación

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on jan 28th, 2008 at 13:04
bonjour, je viens de tomber sur ce site la et je souhaiterais savoir où je peux eventuellement trouver des infos sur l’habitat social de santa fe ???
je pars dans 10jrs en argentine pour travailler sur ce thème la et dans la ville de santa fé..
merci d’avance pour les infos …
a
isabelle
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