Cabezon (7)
505 lecturesFait suite à Cabezon(6)
Ce matin-là, il faisait froid et humide. J’enfilai mes affaires de chasse au grand plaisir de ma chienne qui savait ce qui allait se passer. Elle en rêvait tous les jours.
C’est Jean-Jacques qui s’était levé le premier. Il avait préparé du café sur un vieux réchaud. Il voulait m’accompagner.
— OK lui dis-je.
Dans ce genre d’équipée, il faut toujours se faire accompagner. Le terrain est peu stable dans certains endroits, des trous d’eau se cachent à la vue du promeneur, une jambe cassée, des heures pour vous rechercher et vous retrouver.
Sans parler du soroche, le mal d’altitude, qui peut vous prendre à n’importe quel moment le sens de l’orientation et vos capacités physiques.
C’était arrivé à l’un de mes amis, il y a peu de temps, il nous avait fallu une heure et presque l’assommer pour lui faire regagner le Jeep.
Les bécasses étaient à 20 minutes de marche, je connaissais l’endroit. Les cartouches commençaient à me peser, j’en avais une centaine. J’allais tirer 100 bécasses, le rêve de tous les chasseurs ! J’allais aussi en rater entre 30 et 50%.
Ce fut le cas pour la première. Bella, ma chienne était une reine dans son domaine. Elle faisait des arrêts fantastiques et les tenait jusqu’à un petit signe de ma part. Par contre, elle détestait la maladresse et j’eus droit comme à chaque fois à un regard noir suivi d’un petit aboiement de mécontentement.
60 bécasses plus loin et 3 heures après nous étions crevé et il ne nous restait plus qu’à rejoindre le camp. La pêche avait été bonne. Tout le monde avait le sourire.
Il avait commencé à pleuvoir, disons qu’il nous tombait sur les épaules ce petit crachin glacé assez fréquent à cette altitude. Il était temps de tout ranger et de lever le camp, de plus grosses pluies s’annonçaient.
Nous avions truites et bécasses, il était encore tôt. Nous n’allions pas gâcher ce jour de détente, rendez-vous fut pris dans une petite hostellerie, perdue dans la campagne, à une heure de la capitale. Un Français en avait pris récemment la gérance, il serait content de nous voir et de préparer nos prises, d’autant que pendant la semaine l’endroit était vide.
Croyez-moi, une partie de chasse et de pêche, c’est comme dans un match de rugby, la troisième mi-temps c’est la plus agréable.
C’était une vieille bâtisse coloniale, une immense allée bordée d’eucalyptus y menait. Les salles, immenses et hautes étaient pourvues d’une cheminée où crépitait un feu réparateur.
Jean-Claude et sa femme sourirent en nous voyant. Ils étaient un peu seuls dans ce coin perdu. Je ne sus jamais ce qui les avait amenés par ici. Ils n’étaient plus tout jeunes. Il y a des mystères qu’il vaut mieux ne pas chercher à élucider.
Je déposais une cinquantaine de truites et les 60 bécasses dans la cuisine et leur dit :
— Tout est pour vous, on a faim, on ne paiera que le vin !
— Patrick, on offre même l’apéritif, c’est une aubaine.
3 heures après, j’étais prêt à mettre en place le dernier élément du puzzle qui me permettrait de gagner cet appel d’offres.
La mécanique était remontée, le moral au beau fixe, j’avais une pêche d’enfer, en 48 heures le comité d’évaluation devrait avoir modifié ses conclusions.
En fin d’après-midi, je passais au bureau, ma secrétaire semblait bouleversée.
— Le bureau du Maire a appelé une dizaine de fois, son premier adjoint aussi.
— Messages ?
— Le Maire veut que vous preniez contact avec son adjoint, c’est tout.
L’adjoint s’appelait Colona. Un type grand, maigre, faux cul comme c’était pas possible, il dirigeait l’équipe d’évaluation. Je l’appelai.
— Il faut se voir immédiatement. Ce que vous demandez n’est pas possible. Le Maire insiste, mais je ne peux plus rien toucher maintenant. On a bouclé.
— On dîne ensemble ? Chalet Suisse, salon privé. 21 heures.
— OK, mais je n’ai pas de solutions.
Le deuxième coup de fil était important. Jean-Pierre, service commercial de l’ambassade.
— Salon privé au Chalet Suisse, Colonna sera là. Tu passes un moment ?
— Je ne sais pas Patrick.
— 5 minutes
— Bon, c’est d’accord, mais juste deux mots.
— Juste deux mots.
Je souriais en mon for intérieur. Juste deux mots, il en était incapable. Il passera vers 10 heures, pas tout à fait à jeun et prêt à jouer le jeu.
Une douche, le costard et en piste.

13 septembre 2007 at 6:25
Ca ne peut pas durer ! Trois semaines depuis le dernier épisode ! J’espère que tu vas te reprendre et nous assurer la suite avant que je ne devienne complètement gâteux
Allez ! Courage
13 septembre 2007 at 13:04
La suite et la fin, un sans deux épisodes, ne vont pas tarder. La réécriture est faite jusqu’au chapitre 4 gras à une petite fée qui ne désire pas être citée.
14 septembre 2007 at 8:11
[...] Fait suite à Cabezon (7) [...]