Cette vieille habitude du silence et du non dit
621 lecturesIl y a quelques semaines nous sommes allés, avec ma petite chérie à un anniversaire chez des amis argentins d´origine allemande. Je n´étais pas très chaud pour y aller, car je savais que cette petite fête allait réunir toute une communauté d´amis, provenant de la même école, ayant les mêmes racines et, comme je l´ai dit dans un précédent billet, je n´aime pas le communautarisme, qu´il soit allemand, français, professionnel ou autre.
Après m´avoir fait promettre de bien me comporter, ce que je ne fais pas toujours, enfin, bien me comporter, parce que promettre ne me gène pas outre mesure, nous nous sommes donc rendus à cette petite sauterie.
Une centaine de personnes, toutes d´origine allemande, sympatiques, de mon âge, donc nés après la dernière guerre, tous amis d´enfance, une ambiance un peu fade, rien à voir avec la fête de la bière, mais bon…
Mis à part le saint du jour ( c´est une traduction libre de El santo del día, celui dont c´est l´anniversaire), nous ne connaissions personne.
On nous plaça à une table avec trois autres couples. Petits bavardages sans consistance, le temps, les enfants, la télé… puis on se lève pour faire la queue au buffet, ce que je déteste, tout est mélangé dans l´assiette, le poisson avec la viande, des légumes de toute sorte en salade, des tartes sans oublier bien sûr les fameuses kartoffen qui ne manquent jamais sur une table d´outre rhin.
Ma mauvaise humeur s´amplifia à la vue du vin choisi, un picrate de la pire espèce alors qu´il y tant de bons vins dans ce pays.
C´est alors que ma voisine de droite commença à nous expliquer qu´elle avait trouvé un poste de professeur de médecine à l’Université Australe, qui était un établissement extraordinaire, avec du matériel didactique dont même certains établissements européens manquaient et patati et patata…
Je demandai alors, l´Université Australe ? ce n´est pas cette Université qui dépend de l´Opus Dei ?
Le silence qui suivit effaça tous les désagréments vécus depuis plus d´une heure et, malgré les coups de pieds de ma compagne, sous la table, je poursuivis :
Car l´Opus Dei, même dans certaines sphères catholiques est quand même considérée comme une secte dangereuse.
Très ennuyée, ma voisine expliqua que non, qu´en ce qui la concernait elle était protestante et qu´elle n´avait jamais été approchée d´une quelconque manière par un des dirigeants de l´Université qui, par ailleurs, savaient qu´elle ne partageait pas les mêmes options religieuses qu´eux. Que les élèves étaient de bonne famille, que les mensualités coûteuses…
Il ne vous est jamais venu à l`idée qu´ils étaient sans doute plus intéressés par les élèves que par leurs professeurs…
C´est la fête si on changeait de conversation coupa subitement un des convives !
Poliment j´acquiesçai, au grand soulagement de toute la table, mais je ne pouvais m´empêcher de penser, bien sûr cela commence comme cela, et puis ensuite ?
Vous vous souvenez de ce poème :
Lorsqu’ils ont arrêté les communistes, je n’ai rien dit,
car je n’étais pas communiste.
Ils sont venus pour les socialistes, je n’ai rien dit,
car je n’étais pas socialiste.
Ils sont venus pour les dirigeants syndicaux, je n’ai rien dit,
car je n’étais pas syndicaliste.
Ils sont venus pour les juifs, je n’ai rien dit,
car je n’étais pas juif.
Puis ils sont venus pour moi, il ne restait personne,
pour dire quelque chose.
Pasteur Martin Niemôller ( Dachau 1942 )

27 avril 2005 at 12:46
Ma petite chérie qui vient de lire le billet, me demande de rappeler que cette adorable convive, professeur de médecine, avait aussi précisé qu´il y avait même une prof juive parmi eux. Vous dire l´ouverture d´esprit des sectes de ce type. On dirait Le Pen racontant qu´il y a même des Arabes au FN.
27 avril 2005 at 17:00
Ce très joli texte débute légèrement puis peu à peu la tension monte, la chute ensuite m’a cueillie au ventre. Poignant.