Rien à voir avec l’Argentine, mais appeler un chat un chat n’est pas une mauvaise chose, que l’on s’appelle Siné ou Tartempion n’exempte pas de ses responsabilités. Ce n’était pas la religion qui était attaquée mais une communauté. C’est bien ce qui fait toute la différence.
Merci Monsieur Joffrin. Je reprend ici les passages qui me paraissent important, ce qui ne doit pas vous empêcher de lire l’article en entier.
«Charlie Hebdo» : sanctionner l’antisémitisme
[…]affaire qui agite depuis quelques jours les bataillons quelque peu cacochymes de l’extrême gauche «antisioniste[…][…]On dit que les écrits de Siné ne sont pas antisémites ? Quelle blague ! Le polémiste lourdingue associe dans la même phrase le juif, l’argent et le pouvoir, en expliquant que l’alliance avec le premier vous donnera les deux autres… Si ce cliché n’est pas antisémite, alors les écrits de Drumont, de Maurras, et de Brasillach, ne le sont pas non plus.[…]
[…]S’agit-il d’un malentendu ? Dans ce cas, Siné pouvait le lever dès l’origine en corrigeant ses propos. S’il ne l’a pas fait c’est qu’il n’y a pas malentendu. Siné pense ce qu’il écrit, il le maintient. C’est son refus de tout correctif qui a créé l’affaire.[…]
[…]Le fait d’être juif n’est pas un choix : attaquer les juifs en tant que juifs, comme le fait Siné, c’est la définition même du racisme.[…]
Et pour reprendre le commentaire d’un lecteur du Nouvel Obs qui parle aussi du sujet :
Je ne suis pas surpris que Laurent Joffrin suscite l’ire des défenseurs honteux de Siné. Car ici, ils ne défendent en rien le droit à la caricature et encore moins à l’humour mais celui de ..
Joffrin qui a sans doute lu Léon Poliakov (qui a décrit dans son ouvrage le plus célèbre les multiples visages qu’emprunte l’antisémite qu’il soit d’extrême droite (haine raciale), ou marxiste (haine du capitalisme incarné par le juif, ce dernier visage qui fut utilisé par Siné dans le rapprochement qui était tout sauf innocent entre la juive riche héritière et “Rastignac” qui s’en servirait comme marchepied, est parfaitement connu)
Siné aurait eu du succès dans les années 30, bien que ses semblables avaient une plume bien plus stylisée (Drieu la Rochelle, Maurras, Doriot, Céline) que la sienne. Siné lui, carbure au marteau-piqueur
C’est du brut de fonderie, du ‘populo’, qui plait à un “certain” public, celui de Dieudonné

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Franchement, je trouve tout cette indignation de Joffrin un peu facile, et un poil malhonnete dans son traitement rhetorique. Certes Sine est lourdingue (je ne suis pas exactement fan) mais en l’occurrence la cible en question c’est Rastignac fils, et c’est assez evident — sine abhorre les religions en generales, trouver la foi vient pour le moins a point nomme au jeune rastignac; c’est ce simple fait qu’amuse ou revolte Sine et qu’il souligne.
“Le polémiste lourdingue associe dans la même phrase le juif, l’argent et le pouvoir, en expliquant que l’alliance avec le premier vous donnera les deux autres…” — detourner ce que dit son opposant pour mieux le demonter est une figure de rhetorique assez connue…. et effectivement Sine ne dit pas ca — il souligne que se marier a quelqu’un de riche, et que comme par hasard trouver soudainement la foi dans la meme religion, c’est pour le moins suspect d’opportunisme. Ca n’a pas grand chose a voir avec le fait qu’ils soient juifs et tout a voir avec le fait qu’ils soient riches (et mettons, cul benit) — ils auraient ete protestants ou anglicans que l’opportunisme aurait ete similaire et egalement source de moquerie.
“S’agit-il d’un malentendu ? Dans ce cas, Siné pouvait le lever dès l’origine en corrigeant ses propos. S’il ne l’a pas fait c’est qu’il n’y a pas malentendu. Siné pense ce qu’il écrit, il le maintient. C’est son refus de tout correctif qui a créé l’affaire.” Les choses a priori sont un poil plus complexe que cela pour ce que j’ai pu en lire. D’une part, toute cette affaire est sur fond de conflit entre Sine et Val, a propos entre autre de Denis Robert, Clearstream et Maitre Malka, sans parler de l’orientation en generale du magazine. Passer allegrement sur cela est la encore jouer de facilite dans le traitement de l’affaire.
En particulier, Sine avait a priori dans un premier temps accepte de publier une explication/correctif (il a reconnu que son propos pouvait preter a amalgame), Val en a profite pour monter ca en sauce style proces stalinien, et Sine a du coup finalement refuse de publier ledit correctif en montant sur ses grands chevaux. Quoi qu’on pense de ce qu’il aurait du faire ou non, utiliser le fait que Sine n’ait pas publie dans Charlie un correctif pour dire qu’il cautionne l’interpretation raciste de son texte est la encore malhonnete, vu le fond de l’affaire… D’autant plus que dans la depeche AFP que j’ai pu lire traitant de l’affaire, Sine souligne bien que ce qui l’a gene c’etait la conversion opportune a une religion, pas le fait que la religion soit la religion juive plutot qu’une autre…
“Le fait d’être juif n’est pas un choix : attaquer les juifs en tant que juifs, comme le fait Siné, c’est la définition même du racisme.” — Tout depends de la lecture que l’on a de ce qu’a ecrit Sine. Franchement je l’ai lu comme une critique de Rastignac fils et absolument pas comme une critique de la famille Darty. Le lire autrement est malheureusement possible, et Sine aurait peut etre du etre plus clair (meme si la encore, il clarifie dans la depeche AFP).
Pour ma part j’ai vraiment l’impression que Sine d’abord et avant tout se moquait de l’opportunisme patent demontre par le fils sarkozy. Alors bon, au lieu d’etre de grands bourgeois chretiens ou de riches saoudiens ils sont riches, et juifs — on tombe dans un cliche qui a des relents nauseabond faisant du coup bondir tout le monde (meme si en l’occurence cela n’est pas un cliche concernant les Darty, mais bon…).
J’ai quand meme l’impression d’une tempete dans un verre d’eau, sur fond de conflit Val/Sine plus que tout autre chose.
“C’est du brut de fonderie, du ‘populo’, qui plait à un “certain” public, celui de Dieudonné”
– Encore un peu de rhetorique, associer la position de son adversaire avec une position honnie pour mieux la detruire. La encore, un peu facile.
merci pour ce point de vue Nico
Il n’a pas tord non plus Nico, je ne sais pas, il y a comme une hystérie en France en ce moment : Du moment que c’est pour taper sur Sarko tout est bon.
De toute façon à 75 ans, qu’il parte, ça fera une place pour un plus jeune, c’est un peu indécent de s’accrocher comme ça à son poste à cet âge et compte tenu de la conjoncture.
Pauvre Siné, il était déjà trop âgé en 68, que dire maintenant ?
Mais comme disait BHL dans le Monde :
“La question n’est pas de savoir si tel ou tel - en l’occurrence Siné - “est” ou “n’est pas” antisémite. (…) Ce qui compte ce sont les mots. Et ce qui compte, au-delà des mots, c’est l’histoire, la mémoire, l’imaginaire qu’ils véhiculent et qui les hantent. Derrière ces mots-là, une oreille française ne pouvait pas ne pas entendre l’écho de l’antisémitisme le plus rance.”
“Quand on voit un vieil humoriste - qui, en effet, ne sait sans doute pas vraiment ce qu’il dit - manipuler des chaînes signifiantes qui ont toujours, partout, avec une régularité implacable, mis le feu dans les esprits, la juste attitude n’est pas de minimiser, ratiociner, discuter à perte de vue des dosages respectifs, dans l’énoncé incriminé, du poison de la haine et de l’excipient gentiment ricaneur - elle est de déclencher, sans attendre, ce que Walter Benjamin appelait les ‘avertisseurs d’incendie’.”
La première chose qui me frappe, comme pour la récente affaire du mariage annulé pour tromperie sur la virginité –que tu avais relayé ici- ou comme celle de « la bite des noirs » du feu Pascal Sevran, c’est qu’il s’agit encore d’une affaire à retardement, qui ne serait peut-être jamais sortie sans l’agitation de Claude Askolovitch de l’Obs une semaine après les faits.
Et c’est en ça que Philippe Val est bien gentil mais impardonnable sur ce coup là: un rédacteur en chef, qui plus est d’un journal qui tire seulement une fois par semaine, qui n’a pas connaissance de son contenu pour lequel il est directement engagé pénalement, je sais pas trop ce qu’il fait dans la profession.
Alors il parait qu’ils pouvaient pas se piffrer les deux à Charlie et que ça faisait belle lurette que Val ne prenait plus la peine de lire les satires de Siné…et je pense que cette donnée n’a pas contribuée à apaiser l’affaire. Lire la tribune d’Edwy Plenel à ce sujet : http://www.altermonde-sans-frontiere.com/spip.php?article7545
Après, les propos sont pour le moins douteux, et même le correctif que Siné a essayé de donner en parlant de « l’opportunisme » de Jean Sarkozy n’est pas beaucoup plus convaincant.
Mais le débat fait rage parce que ça reste qu’une affaire de mots à interpréter à la sauce de chacun…et parmi ces « chacuns » il y a bien sûr tout ce substrat nauséabond de néo-intégristes que nous avons en France, Dieudonné en tête. Toute cette soi-disant gauche qui se veut « antisioniste », et qui est toujours prête pour ce genre d’affaire à projeter ses troupes en force sur certains blogs décomplexés, ou en l’occurrence ici, à traiter Val de conspirateur à la solde du lobby juif intergalactique.
Et pour couronner le tout, Joffrin qui qualifie le judaïsme de « race » dans la version papier de l’article auquel tu fais référence, avant de le corriger par « communauté » sur la version online. C’est pas bien brillant tout ça… http://www.lepost.fr/article/2008/07/25/1230290_affaire-sine-quand-joffrin-efface-les-races.html
C’est pas de moi mais je l’ai lu quelque part et je trouve ça excellent :
“Sujet de philo 2009 : Si le judaïsme est une race, comment fait le fils Sarkozy pour s’y convertir?”
Au final, on peut dire que tout le monde se sera pris royalement-à la Ségolène- les pieds dans le tapis.
J’avais effectivement noté la bévue de Joffrin sur l’article lorsque je l’ai lié. J’avais bien évité de la reprendre ne doutant pas qu’elle serait corrigée dans les heures qui suivent, comme quoi Joffrin ne se relit pas plus que Val ne relit Siné.
En tout cas merci à tous pour la qualité de vos interventions.
bravo pour les comentaires de nico,paul et les autres,
J’ai 30 ans, je ne lis pas Charlie Hebdo, et je ne connaissais Siné que par son trait (tout comme Jacques Faizant, Sempé ou Cabu). Ne connaissant pas la personnalité de Siné, cet article m’aurait paru douteux, si je l’avais lu, mais pour une seule raison : je me fous complètement du président Sarkozy (c’était déjà le cas avant son élection, ce monsieur gesticulant m’indiffère depuis toujours), et plus encore de sa famille. Il y a un côté “magazine pour salons de coiffure” à s’intéresser comme ça à la vie privée d’un fils Sarkozy qui, à ma connaissance, n’a aucun talent particulier et n’a rien à nous apprendre.
Les deux personnes qui m’ont le plus choqué dans cette affaire, ce n’est pas Siné ou Philippe Val, mais Laurent Joffrin et Bernard-Henri Levy. Le premier pour avoir utilisé le mot “race” concernant les juifs (on pouvait difficilement faire une plus grosse gaffe que ça), et le second pour avoir, dans l’article “De quoi Siné est-il le nom?”, démontré une nette tendance à la généralisation à fondement paranoïaque :
http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/07/21/de-quoi-sine-est-il-le-nom-par-bernard-henri-levy_1075542_3232.html
Car BHL a écrit un article en 5 points, et le deuxième commence par une phrase stupéfiante :
«
La question n’est pas de savoir si tel ou tel - en l’occurrence Siné - “est” ou “n’est pas” antisémite. Et l’on se moque bien des brevets de moralité que croient bon de lui octroyer ceux qui, comme jadis pour Dieudonné ou, plus tôt encore, pour Le Pen, disent le connaître “de longue date” et savoir “de source sûre” que l’antisémitisme lui est étranger.
Ce qui compte ce sont les mots. Et ce qui compte, au-delà des mots, c’est l’histoire, la mémoire, l’imaginaire qu’ils véhiculent et qui les hantent. Derrière ces mots-là, une oreille française ne pouvait pas ne pas entendre l’écho de l’antisémitisme le plus rance.
Derrière cette image d’un judaïsme tout-puissant auquel un Rastignac contemporain se devrait de faire allégeance, elle ne pouvait pas ne pas reconnaître l’ombre de notre premier best-seller antisémite national : “Les Juifs, rois de l’époque”, d’Alphonse Toussenel (1845). C’est ainsi. C’est affaire, non de psychologie, mais d’acoustique, donc de physique, de mécanique.
Et quand on est face à ça, quand on voit un vieil humoriste - qui, en effet, ne sait sans doute pas vraiment ce qu’il dit - manipuler des chaînes signifiantes qui ont toujours, partout, avec une régularité implacable, mis le feu dans les esprits, la juste attitude n’est pas de minimiser, ratiociner, discuter à perte de vue des dosages respectifs, dans l’énoncé incriminé, du poison de la haine et de l’excipient gentiment ricaneur - elle est de déclencher, sans attendre, ce que Walter Benjamin appelait les “avertisseurs d’incendie”.
»
Vous vous rendez compte? La question, nous dit BHL, n’est pas de savoir si Siné est antisémite (c’est pourtant ça qu’un tribunal français aurait eu à déterminer, il me semble!), mais de s’en tenir aux mots qu’il a écrit. Et il nous dit qu’un certain Alphonse Toussenel, en 1845, aurait écrit des choses semblables! Ah oui, bien sûr, Alphone Toussenel, que chacun a lu.
Sauf que BHL devrait se souvenir que comparaison n’est pas raison. Et cette forme d’accusation, par comparaison et généralisation, est très similaire à celle utilisée par les inquisiteurs pour condamner des hérétiques sur la base de quelques faits (posséder un chat noir, avoir des cheveux roux, etc.). Quand on applique une loupe déformante sur la réalité, qu’on met tout dans une perspective historique de plusieurs siècles, évidemment, on peut tout démontrer.
Sincèrement, je me demande qui est le plus dangereux pour le futur, s’il s’agit de personnes comme Siné qui font du rentre-dedans sur la personne insignifiante d’un fils de président, ou les personnes comme BHL ou Joffrin qui se placent immédiatement dans des positions de haute moralité, en étalant une culture impressionnante sur les sorts et ressorts de l’antisémitisme depuis l’an -653. Ces messieurs inscrivent ainsi Siné, et son pauvre article de quelques lignes dans Charlie Hebdo, dans une longue tradition d’antisémitisme pluri-millénaire. C’est là qu’on touche le fond du grand n’importe quoi.