Cela faisait deux jours que je me demandais si je devais, moi aussi, ajouter mon grain de sel sur le lamentable assassinat de Bénazir Bhutto au Pakistan.
Le Pakistan c’est bien loin de l’Argentine. Mais il existe malheureusement tant de dénominateurs communs à certaines situations que l’envie se faisait pressante.
Les pays d’Amérique latine n’ont pas à affronter le fondamentalisme islamique, cela fait une grosse différence, d’autres fondamentalismes aussi doctrinaires survivent cependant ou essaient de renaître.
C’est une autre question.
Ma seule remarque en cette veille de nouvelle année portera simplement sur un point :
Un pays où règnent la corruption, le népotisme et le féodalisme ne détruit-il pas ainsi, petit à petit, la démocratie dans laquelle il baigne ?
La naissance des oppositions radicales n’est-elle pas la conséquence de ces trois maladies qui obligent, pour les faire oublier, les dirigeants à user du populisme le plus ubuesque comme un palliatif à ces maux ?
Bénazir Bhutto, accusée et condamnée plusieurs fois pour malversation de fonds d’État, pour corruption, népotisme pour avoir géré son pays comme sa famille gérait la province dont elle est issue, comme une vaste propriété dont elle serait propriétaire, n’était certainement pas la solution aux problèmes du Pakistan. Au mieux une légère amélioration par rapport au régime militaire en place qui ne survit que grâce à l’existence des fondamentalistes qu’il se gardera bien d’éliminer pour continuer à recevoir l’appui des USA.
Je suis donc choqué, comme beaucoup (bien listés dans un billet d’Embruns), de voir les articles dithyrambiques de la presse du monde entier sur une candidate à l’élection suprême qui n’avait fait preuve jusqu’alors que d’un appétit féroce pour les biens de son pays et non pas comme on voudrait nous le faire croire d’un désir presque divin de faire le bien de et dans son pays.








Le plus affligeant reste le texte de BHL sur ce sujet, à se demander comment certains journaux ouvrent encore leurs colonnes à ce pitoyable pitre qui se croit philosophe. Benazir Bhutto toute corompue quelle était avait cependant deux énormes avantages, être une femme et apporter un semblant d’espoir. C’est peu, mais vu l’état du pays c’est loin d’être insignifiant. En 2005, alors qu’elle était en exil son portrait était un peu partout dans les magasins, restaurants ou les hôtels, bien plus que Musharaf.
Pour ce qui est du fondamentalisme et des talibans (qui sont une création des services secrets pakistanais), même si il le voulait, Musharaf serait totalement incapable d’en venir à bout. D’abord pour des raisons géographiques, la NWFP et la Balouchistan sont quasiment inacceccibles et leurs frontiéres aussi longues qu’incontrolables. De fait l’armée n’a jamais vraiment pu ni voulu controlée ces deux régions(pas loin des 2/3 du pays). Ensuite “l’islamisation” à marche forcée du pays par le général Zia permet aujourd’hui aux fondamentalistes d’avoir des supports à tous les niveaux de la société Pakistanaise. De plus la population n’est absolument pas homogène, le Pakistan reste un congloméra de population venant de toute l’Inde n’ayant pas d’autre point commun que la religion(c’est peu). Pour finir l’ignorance crasse dans lequel se trouve la population (40% des hommes et 70% des femmes ne savent ni lire ni écrire) du pays, permet à n’importe quel cinglé promettant le paradis d’être écouter.
Tant qu’il sera plus simple de s’acheter une kalashnikov, plutôt que d’apprendre à lire ou à écire, tant que le pays ne sera composé que d’hommes (voir une femme pour 100 hommes dans la rue est un exploit), il y a peu de chance de voir la situation s’améliorer.
Si j’avais une comparaison à faire, je la ferai avec les Balkans, pas l’Amérique du sud.
Il y a quelques temps j’avais écrit ce texte (au moment du balsculement de la vallé de la Swat entre les mains des fondamentalistes). Depuis quelques jours une phrase me tourne dans la tête : le sentiment du désastre.
Merci Dul pour ce commentaire et cette expérience.
Je n’ai pas voulu faire une comparaison entre le Pakistan et l’Amérique latine, simplement avertir que l’absence de justice sociale, la corruption, le népotisme et le féodalisme son le terreau de tous les fondamentalismes, religieux ou politiques
[quote post="3503"]En 2005, alors qu’elle était en exil son portrait était un peu partout dans les magasins,[/quote]
Ce qui confirme ce que je disais :
[quote post="3503"]ces trois maladies qui obligent, pour les faire oublier, les dirigeants à user du populisme le plus ubuesque comme un palliatif à ces maux ?[/quote]
On est d’accord, même si les problèmes du Pakistan sont bien plus vaste. C’est un pays sans unité, ni géographique, ni ethnique, ni culturelle. Tout le sud-est du pays, c’est l’Inde, le Sindh, c’est l’Inde ou plus exactement le Rajasthan, même ambiance, même peuple, même langue, même façon de se vétir,une Inde dont ont été expulsé les femmes, les Indous et les Sihks (Lahore et Amritsar sont deux jumelles que l’histoire à séparer par une frontière). Le nord c’est la montagne inextricable, sublime fascinante. l’Ouest le désert balouche, là on entre vraiment dans le monde musulman. Pour ces deux régions, on sort du sous-continent indien, même si le passage de la frontière iranienne te plonge encore dans un autre univers, aussi fascinant, la Perse.
c’est pour cela que je pense aux Balkans,le pays à des frontières avec les deux pays les plus peuplés au monde, avec 3 grandes religions, au moins 5 grandes civilisations, 2 gigantesques massifs montagneux, certains des déserts les plus arides de la planète et en plus ça a toujours été un point de passage et d’affrontement. Ajoutons à cela la colonisation qui n’a rien arrangé.
Le fondamantalisme à aussi été la force de l’Afganistan au temps où le pays répandait l’Islam dans toute cette partie du monde. Le fondamentalisme est vu par certains comme un age d’or.
J’ai l’impression qu’il y a quelques points névralgiques, quelques points de rupture sur le globe, les Balkans, le Pakistan, Israël et Palestine sont les 3 potentiellements les plus dangeureux. l’Amérique à cette change d’être isolée, ce qui rend encore plus impardonable l’incapacité de l’Amérique Latine de prendre en main son destin.
On est bien en plein népotisme, le fils de 19 ans vient d’être désigné successeur de sa maman !
Bonjour Patrick,
Un excellent article à ce sujet sur le London Review of Books: http://www.lrb.co.uk/v29/n24/ali_01_.html
Merci Loula pour le lien