Les confessions du Capitaine Adolfo Scilingo
Extrait d´une interview du Capitaine Adolfo Scilingo réalisée par le journal « Página 12 »
(…) Entre vous, dans les conversations, comment faisiez-vous référence à cela ?
On l´appelait « le vol ». C´était normal, même si actuellement cela semble être une aberration. Comme Pernías ou Rolón l´ont dit aux sénateurs, on avait adopté la torture que l´on utilisait régulièrement pour soutirer des informations à l´ennemi ; le « vol » était tout aussi habituel. Quand j´en ai reçu l´ordre, je suis descendu à la cave où se trouvaient ceux qui allaient « voler ». En bas, il n’y avait plus personne. Je leur ai donc dit qu’ils allaient être transférés au sud et que, pour cette raison, on leur ferait un vaccin. On leur injecta un vaccin… je veux dire une dose pour les abrutir, un sédatif. C’est comme ça qu´on les endormait.
Qui leur appliquait l’injection ?
Un médecin de la marine militaire. Ensuite on les a mis dans un camion vert de la Marine avec une bâche en toile. Nous nous sommes rendus à l´Aéroparque [aéroport national de Buenos Aires], nous sommes entrés par l´arrière. On chargeait les subversifs comme des zombis et on les embarquait dans l’avion.
Qui participa ?
La majorité des officiers de la Marine a participé à un vol, c´était pour faire une tournante, une sorte de communion.
En quoi consistait cette communion ?
C’était quelque chose qu’il fallait faire. Je ne sais pas ce que vivent les bourreaux quand ils doivent tuer, lâcher le couperet ou brancher les chaises électriques. Ca ne plaisait à personne de faire cela, ce n’était pas quelque chose d’agréable. Mais on le faisait et il était clair que c’était la meilleure manière de le faire, on ne discutait pas. C’était quelque chose de suprême qui se faisait pour le pays. Un acte suprême. Quand on recevait l’ordre, on ne discutait plus. On l´accomplissait de manière automatique. On venait de tout le pays pour faire des tournantes. Certains y ont peut-être échappé, mais de manière anecdotique. Ce n´était pas un petit groupe, c´était toute la Marine.
Quelle était la réaction des détenus quand on leur parlait du vaccin et du transfert ?
Ils étaient contents.
Se doutaient-ils de ce dont il s’agissait ?
En rien. Personne n’avait conscience du fait qu’il allait mourir. Une fois que l’avion avait décollé, le médecin qui était à bord leur injectait une seconde dose, un puissant calmant. Ils restaient endormis.
Quand les prisonniers dormaient que faisiez-vous ?
C’est très morbide.
Vous faisiez des choses morbides ?
Il y a quatre choses qui me font du mal. Les deux vols que j´ai effectués, la personne que j´ai vu se faire torturer et le souvenir du bruit des chaînes et des fers. Je n´ai vu cela que quelques fois, mais je ne peux oublier ce bruit. Je ne veux pas parler de ça. Laissez-moi partir.
Ceci n’est pas l´ESMA. Vous êtes ici de votre propre gré et vous pouvez partir quand vous le désirez.
Oui, je sais. Je ne voulais pas dire cela. Il y a des détails qui sont importants, mais ils sont pour moi pénibles à raconter. J´y pense et ça me rend fou. On les déshabillait évanouis et quand le commandant de l´avion en donnait l´ordre, en fonction de où se trouvait l´avion, en haute mer, plus loin que Punta Indio, on ouvrait les portes et on les jetait nus un par un. Ceci est l´histoire réelle que personne ne peut démentir. Cela se faisait depuis des avions Skyvan de la préfecture et des avions Electra de la Marine…
Le gouvernement de Nestor Kirchner, en la personne de Julio De Vido veut mettre Elisa Carrió en prison à cause de ses déclarations politiques. Il court le risque d’obtenir ce que Carrió n’a pas pu obtenir jusqu’à présent : s’ériger comme la référence exclusive de la résistance à l’administration du Président.
De Vido aurait dû choisir la voie de la réplique et de la réfutation, c´est ce que les hommes politiques font en Démocracie.
En octobre 1983, Raul Alfonsin, le candidat de l’Union civique radicale (UCR), gagne la présidence. Il est porteur de tous les espoirs : sortir de la nuit de la dictature, faire la vérité sur les morts et les disparus, punir les assassins, en finir avec le mythe péroniste et commencer la reconstruction d’un pays riche dans les domaines agricoles, industriels, touristiques, culturels. La situation économique est catastrophique, la dette extérieure est l’une des plus élevées du monde et le FMI n’a pas l’intention de lui faire de cadeau. Pourtant, Raul Alfonsin traînera la junte devant les tribunaux, où certains militaires seront condamnés. Mais, face au mécontentement de l’armée et à plusieurs soulèvements, il acceptera la loi du « point final » et celle du « devoir d’obéissance », mettant, de fait, un terme aux poursuites.
Fernando de la Rua ou l´histoire d´un grand benêt