Quand le Parlement argentin a annulé, en août 2003, deux lois d´amnistie, votée en 1986 et 1987, qui ont longtemps protégé les anciens responsables de la dictature, peu furent ceux qui comprirent que cela avait été fait pour éviter que les extraditions, demandées par différents pays puissent avoir lieu. Si celles-ci avaient pu être refusées pour différents motifs par les précédents gouvernements, le discours du nouveau Président, Nestor Kirchner, avait donné quelque espoir aux familles européennes des disparus de la dictature.
Face aux réclamations des différentes chancelleries, il fallait donc donner des explications qui correspondaient au discours novateur de ce nouveau gouvernement. L’impunité d’Alfonsin et de Menem ne pouvait plus être défendue de la même façon parce que ce régime politique s´était effondré (c´est du moins ce qu´on disait). On oubliait un peu vite que si Kirchner n´était pas Menem, ils appartenaient au même parti et avaient participé au même gouvernement pendant 10 ans.
L´argument aujourd´hui est donc différent de celui des autres années et l´Argentine propose de rejuger les anciens militaires en argumentant que, tout d´abord, les faits se sont produits sur leur territoire et qu´ensuite, l´amnistie n´ayant plus cours, il appartient a la justice argentine de procéder aux accusations respectives et ce avec la prudence et le temps dont celle-ci a besoin.
Le ministre Papuro résume très bien de quoi il est question : environ 2000 militaires peuvent être à nouveau jugés, pour la plupart des retraités… les forces armées vont collaborer avec la justice pour mettre fin définitivement à 30 ans de dissensions. J´ai pleinement confiance dans le fait que les militaires en exercice aient compris absolument la nécessité d´en finir avec tout cela en s´engageant sur le chemin vers la justice choisi par le gouvernement. La seule chose que veulent les militaires est que tout cela reste dans le cadre de la loi et ne se transforme pas en une persécution ou en une chasse aux sorcières (La Naciòn, 4 septembre 2003.)
Le gouvernement de Nestor Kirchner, en dépit de ses généreuses déclarations, continue en fait à appliquer la politique antérieure en ne permettant pas le passage en justice des demandes d’extradition déposées par des pays étrangers. À ce jour l´annulation des lois d´amnistie n´a toujours pas été confirmée par la cour suprême, et nos tortionnaires continuent, pour une part de ceux-ci, à vivre normalement, pour d´autres moins chanceux, dans les prisons confortables des différents corps d´armée et choyés par leurs pairs, ou, lorsqu´ils ont plus de 70 ans aux arrêts à leur domicile,