Un projet de société ? Politiquement il ne se passe rien en Argentine…
Nous ne reviendrons pas sur la misère qui frappe la moitié de la population, ce n´est le but de cet article. Mais sur l´impression qu´il ne se passe rien politiquement dans le pays. Les casserolazos de décembre 2001 avaient pu faire espérer que la société argentine allait enfin prendre en main son destin. Mais rien de cela… un vide politique sidéral.
Le Gouvernement ?
le Président a certes une forte personnalité, mais il gouverne avec une poignée de fidèles, sa femme, deux secrétaires proches et influents et les deux Fernandez. Et puis Lavagna, ministre des Finances, efficace et qui gère les problèmes au fur et à mesure qu´ils se présentent. Pas de plan, pas de projet.
En fait, c´est exactement cela, six à sept personnes qui essaient tant bien que mal de résoudre les difficultés lorsqu´elles deviennent insupportables.
Le parti justicialiste
Et puis il y a le parti justicialiste, il a montré les dents au Président ces 3 dernières semaines et ce dernier a parfaitement compris le message. Qu´est-ce que le parti justicialiste aujourd´hui en tant que parti politique ? Rien, juste une association d´intérêts personnels et sectoriels, qui ne représente absolument pas la société argentine laquelle d´ailleurs ne se sent pas non plus représentée par ce parti, mais s´accorde sur le fait que ce sont les seuls aujourd´hui capable d´exercer le pouvoir.
L´opposition traditionnelle ?
L´opposition ? Le péronisme aimerait bien redonner au parti radical le rôle de principale force d´opposition et revenir au bipartisme comme cela a toujours été, mais les circonstances se prêtent mal à ce jeu. Le parti radical n´existe plus… il a été laminé sur sa droite par López Murphy et sur sa gauche, si tant est qu´on puisse appeler ça la gauche, par Elisa Carrio. Ils lui ont pris chacun d´eux des millions de voix. Ils maintiennent leur position grâce à des apparitions médiatiques et à des propos plus proches de l´annonce publicitaire que d´un véritable débat d´idées. Leurs partis ne sont pas structurés et les voix qu´ils ont conquises peuvent se reporter demain sur n´importe quel autre candidat.
Les partis de gauche ?
Les partis de gauche ? Leur incapacité à se mettre d´accord est telle qu´il leur faudrait des mois pour choisir le menu s´ils avaient un jour l´idée de déjeuner ensemble. Groupuscules, souvent archaïques et intolérants, ils n´ont pas réellement de place dans le paysage politique argentin.
Les Institutions
Le rôle du parlement ? on l´appelle Congresolandia ici, c´est tout dire, il n´est là que pour donner une valeur juridique aux décisions de l´exécutif.
Les syndicats
Les syndicats ? Ils viennent de faire leurs emplettes avec la bénédiction du Président Kirchner. Plus de problèmes dans l´immédiat, laissons-leur gérer leurs fructueuses affaires.
La presse
On aurait tendance à l´appeler la grande muette. Gavée de publicité gouvernementale, elle a jusqu´à présent été remarquablement tolérante avec ce gouvernement. Cependant depuis l´abandon de la transversalité et le retour en force du Péronisme dans les institutions, quelques voix commencent à se lever et poser des bonnes questions.
les risques
Une crise de représentativité de cette ampleur, conjuguée avec l´inexistence pour les argentins de se retrouver dans des partis susceptibles de gouverner, la crise économique ouvrent la voie à tous les dangers auxquels peut faire face une démocratie. Le manque de formation politique et l´absence d´éducation civique qui caractérise le pays depuis de nombreuses années sont une porte ouverte sur un futur incertain..