Archive pour le 9 août 2004

Un projet de société ? Politiquement il ne se passe rien en Argentine…

Lundi 9 août 2004

Nous ne reviendrons pas sur la misère qui frappe la moitié de la population, ce n´est le but de cet article. Mais sur l´impression qu´il ne se passe rien politiquement dans le pays. Les casserolazos de décembre 2001 avaient pu faire espérer que la société argentine allait enfin prendre en main son destin. Mais rien de cela… un vide politique sidéral.
Le Gouvernement ?

le Président a certes une forte personnalité, mais il gouverne avec une poignée de fidèles, sa femme, deux secrétaires proches et influents et les deux Fernandez. Et puis Lavagna, ministre des Finances, efficace et qui gère les problèmes au fur et à mesure qu´ils se présentent. Pas de plan, pas de projet.
En fait, c´est exactement cela, six à sept personnes qui essaient tant bien que mal de résoudre les difficultés lorsqu´elles deviennent insupportables.
Le parti justicialiste

Et puis il y a le parti justicialiste, il a montré les dents au Président ces 3 dernières semaines et ce dernier a parfaitement compris le message. Qu´est-ce que le parti justicialiste aujourd´hui en tant que parti politique ? Rien, juste une association d´intérêts personnels et sectoriels, qui ne représente absolument pas la société argentine laquelle d´ailleurs ne se sent pas non plus représentée par ce parti, mais s´accorde sur le fait que ce sont les seuls aujourd´hui capable d´exercer le pouvoir.
L´opposition traditionnelle ?

L´opposition ? Le péronisme aimerait bien redonner au parti radical le rôle de principale force d´opposition et revenir au bipartisme comme cela a toujours été, mais les circonstances se prêtent mal à ce jeu. Le parti radical n´existe plus… il a été laminé sur sa droite par López Murphy et sur sa gauche, si tant est qu´on puisse appeler ça la gauche, par Elisa Carrio. Ils lui ont pris chacun d´eux des millions de voix. Ils maintiennent leur position grâce à des apparitions médiatiques et à des propos plus proches de l´annonce publicitaire que d´un véritable débat d´idées. Leurs partis ne sont pas structurés et les voix qu´ils ont conquises peuvent se reporter demain sur n´importe quel autre candidat.
Les partis de gauche ?

Les partis de gauche ? Leur incapacité à se mettre d´accord est telle qu´il leur faudrait des mois pour choisir le menu s´ils avaient un jour l´idée de déjeuner ensemble. Groupuscules, souvent archaïques et intolérants, ils n´ont pas réellement de place dans le paysage politique argentin.
Les Institutions

Le rôle du parlement ? on l´appelle Congresolandia ici, c´est tout dire, il n´est là que pour donner une valeur juridique aux décisions de l´exécutif.
Les syndicats

Les syndicats ? Ils viennent de faire leurs emplettes avec la bénédiction du Président Kirchner. Plus de problèmes dans l´immédiat, laissons-leur gérer leurs fructueuses affaires.
La presse

On aurait tendance à l´appeler la grande muette. Gavée de publicité gouvernementale, elle a jusqu´à présent été remarquablement tolérante avec ce gouvernement. Cependant depuis l´abandon de la transversalité et le retour en force du Péronisme dans les institutions, quelques voix commencent à se lever et poser des bonnes questions.
les risques

Une crise de représentativité de cette ampleur, conjuguée avec l´inexistence pour les argentins de se retrouver dans des partis susceptibles de gouverner, la crise économique ouvrent la voie à tous les dangers auxquels peut faire face une démocratie. Le manque de formation politique et l´absence d´éducation civique qui caractérise le pays depuis de nombreuses années sont une porte ouverte sur un futur incertain..

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L´Argentine suspend ses négociations avec le FMI jusqu´à la fin de l´année

Lundi 9 août 2004

Une décision qui n´a surpris ni le trésor aux États-Unis ni le FMI, puisqu´en fait le FMI avait décidé ne ne pas reprendre les négociations aux mois de juillet tant que le Président Kirchner ne tiendrait pas ses promesses de restructurer son économie.
Il s´agissait de la troisième révision depuis l´arrivée de Kirchner à la présidence qui donne lieu à un règlement d´intérêt de la part de l´Argentine et son immédiat remboursement par le FMI, afin d´aider le pays à sortir de la situation de défaut de paiement dans lequel il se trouve depuis 2002.
Les échéances à venir sont de 1800 millions de dollars et l´Argentine devra donc utiliser ses réserves pour les couvrir.
La stratégie annoncée est d´aller de l´avant pour la renégociation de sa dette privée avec les teneurs de bons. Cette négociation ne se trouve pas non plus dans une situation très favorable, les banques intermédiaires trouvant qu´un abandon de 75 % du montant du capital, c´est beaucoup demander à ses clients.
Bref des pages entières dans les journaux du week-end, plus dans un style incantatoire qu´économique, comme si la magie des mots pouvait guérir les blessures d´amour propre de la population, la classe politique étant, elle, vaccinée depuis longtemps, ce qui explique l´incompréhension des dirigeants devant un rappel des promesses effectuées et non tenues de la part du FMI.
Bien que monsieur Lavagna explique que les objectifs économiques ont éte atteints, il n´en reste pas moins que les promesses du Gouvernement ne sont pas réalisées et il ne s´agit pas de promesses faites par les gouvernements précédents, mais celles faites par Kirchner après un long et dur débat avec le FMI dont il indica qu´il était sorti vainqueur.
Pendant de temps, John Taylor, sous secrétaire d´Etat au Trésor Américain et Anne Krueger la numéro deux du FMI, ont joué au Golf comme ils ont l´habitude de le faire tous les samedis et nul ne doute que l´Argentine fut, une fois de plus, le sujet principal de leur conversation.
Plusieurs sorties de crises sont néanmoins possibles, mais il est trop tôt pour savoir ce que décidera le gouvernement qui pourrait même utiliser, dit-on, l´intégralité de ses capacités de paiement et ses réserves pour se mettre à jour avec le FMI et ne plus avoir à négocier des promesses qu´il n´est pas en mesure de tenir.
Cette décision serait néanmoins risquée et a peu de chance d´être mise en place, car une Argentine sans réserves à la Banque centrale deviendrait vite la proie des marchés

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