BUENOS AIRES (AFP) - L’Argentine devrait enregistrer en 2005 une inédite troisième année consécutive d’excédent budgétaire, favorisée, il est vrai par le moratoire prononcé il y a près de trois ans sur le remboursement de sa dette privée, selon le projet de loi de Finances dévoilé jeudi.
Le texte présenté par le ministre de l’Economie Roberto Lavagna prévoit que le pays latino-américain dégagera l’an prochain un excédent budgétaire consolidé représentant 3,6% du Produit intérieur brut attendu. Le surplus est estimé à 17,232 milliards de pesos (5,7 mds de dollars).
L’excédent de l’Etat ressort à 3,0% du PIB, le solde correspondant aux gains dégagés par la Sécurité sociale, les provinces et les municipalités. Le surplus avait été de 0,5% du PIB en 2003 et pourrait atteindre 4,0% pour l’année en cours, avait annoncé mercredi le président Nestor Kirchner.
Le quotidien économique d’opposition Ambito Financiero estime même à 5,4% le montant réel de l’excédent 2004: 23 milliards de pesos (7,7 milliard de dollars) sur un PIB de 424 milliards de pesos (141,3 milliards de dollars).
Même si les finances publiques sont allégées du fardeau de la dette, la performance n’est pas mince: au cours des 95 dernières années, le budget argentin n’a été excédentaire que… 4 fois: en 1920, 1992, 1993 et 2003. A chaque fois, dans des proportions marginales (inférieures à 0,5% du PIB).
Ce manque chronique de rigueur budgétaire explique pourquoi les accords signés par l’Argentine avec le Fonds monétaire international sont souvent restés dans le passé des chiffons de papier. Le gouvernement Kirchner se flatte pour sa part de ne signer que des accords qu’il est en mesure de tenir.
Le FMI, qui avait accepté l’an dernier un excédent budgétaire limité à 3,0%, souhaitait que le pays fasse un effort plus important pour 2005. Les sommes supplémentaires dégagées serviraient à mieux rembourser les créanciers auquel l’Argentine réclame un abandon de créances de 75%, argumentait-il.
Fin août, M. Kirchner avait renvoyé dans les cordes le directeur général du FMI Rodrigo Rato qui lui demandait de porter l’excédent budgétaire 2005 du pays latino-américain entre 4,0% et 5,0%. “N’y pensez pas, n’y rêvez même pas !”, lui avait-il alors répondu, selon des sources officielles argentines.
Le gouvernement argentin a toujours estimé qu’une trop grande rigueur risquait d’étouffer le redressement de son économie. En présentant son budget, M. Lavagna a souligné que le gouvernement était parvenu “à redresser l’économie”. “Maintenant, nous nous efforçons que la croissance soit durable”.
M. Rato avait laissé entendre que le conseil d’administration du Fonds regardera avec beaucoup d’attention le projet de budget 2005 lorsqu’il lui faudra se prononcer, peut-être ce vendredi, sur la demande argentine d’un report du remboursement d’un milliard de dollars dû d’ici la fin de l’année.
Les autres hypothèses macro-économiques du budget 2005 retiennent une croissance économique de 4,0% et une inflation de 7,8%, alors que la monnaie nationale devrait rester “collée” au niveau de 3 pesos pour 1 dollar.
Selon la presse, les exportations sont prévues au niveau record de 33,5 milliards de dollars. C’est une donnée fondamentale pour les finances publiques du pays, dans la mesure où les taxes à l’exportation prélevées sur les ventes de produits clefs comme le pétrole et le soja sont devenues l’une des principales sources de financement du budget.