L’Argentine lance la restructuration de sa dette
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Lamia Oualalou
[09 octobre 2004]
Les dés sont jetés. Malgré l’opposition d’une bonne partie de ses créanciers, et les doutes du Fonds monétaire international (FMI), le gouvernement argentin vient de lancer la plus importante restructuration de l’histoire des dettes souveraines.Depuis décembre 2001, l’Argentine, aujourd’hui à la tête d’une ardoise d’environ 180 milliards de dollars, a décidé de ne plus en assumer la partie privée. En clair, elle rembourse les institutions multilatérales (FMI, Banque mondiale et Banque interaméricaine de développement), et les titres émis depuis début 2002 pour compenser les pertes des banques et les réductions de salaires des fonctionnaires.En revanche, elle ne verse plus rien aux petits porteurs détenteurs de titres argentins, concentrés en Italie, au Japon et en Allemagne. Les investisseurs traditionnels – fonds de pension, banques, compagnies d’assurances –, essentiellement en Argentine, en Amérique du Nord et en Suisse, sont logés à la même enseigne. L’ensemble des obligations privées a une valeur de plus de 100 milliards de dollars.
Après avoir décortiqué grâce à l’aide de la banque d’affaires Lazard une dette particulièrement compliquée – plus de 150 types d’obligations émis dans une dizaine de monnaies et autant de juridictions –, Buenos Aires campe sur ses positions. En juin, le ministre de l’Économie, Roberto Lavagna, assurait que les créanciers ne pouvaient prétendre à plus de 25% de la valeur de leurs titres. Exiger plus, comme le voudrait notamment le GCAB, la principale association de créanciers, c’est prendre le risque de retomber dans le défaut de paiement, argue le gouvernement.
Jeudi soir, Roberto Lavagna a laissé entendre que la restructuration serait lancée le 15 novembre, à l’issue d’une opération séduction menée par les banques conseils de l’Argentine – «road-show», dans le jargon des financiers – pour convaincre les représentants des détenteurs de titres qu’il est préférable d’empocher aujourd’hui de nouvelles obligations valant quatre fois moins, plutôt que de se lancer dans une bataille juridique à l’encontre d’un Etat ruiné. Si l’offre argentine obtient l’accord de la SEC (le gendarme boursier américain puisque New York serait la principale place d’échanges de titres), les créanciers auraient jusqu’au 17 décembre pour accepter – ou rejeter – la restructuration.
Le gouvernement a déjà remporté le premier round, en arrachant l’accord des fonds de pension locaux (les AFJP). Si, comme l’escompte Roberto Lavagna, les banques et les compagnies d’assurances suivent dans la foulée, l’opération concernerait au moins 30% des titres en défaut. Le niveau d’acceptation est primordial : Buenos Aires doit au moins parvenir à traiter la moitié des obligations pour que son offre soit jugée crédible par les marchés. Les spécialistes affirment que l’issue de l’opération dépend de l’efficacité des banques contractées par l’Etat argentin et surtout de la marge de manoeuvre qu’il leur accorde. Si les fonctionnaires argentins, qui ne se distinguent pas tous ni par leur tact ni par leur compétence financière, se piquent de mener seuls la négociation, l’échec est assuré.