Dernière ligne droite pour la dette argentine
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Buenos Aires : de notre envoyée spéciale Lamia Oualalou
[03 novembre 2004]L’Argentine retient son souffle : elle vient d’entamer la dernière ligne droite de la restructuration de sa dette, trois ans après la déclaration du plus important défaut de l’histoire des dettes souveraines. Depuis décembre 2001, Buenos Aires ne rembourse plus rien à ses créanciers privés éparpillés sur l’ensemble de la planète, mais dont une majorité réside en Argentine même.
Au total, ces titres concentrent environ 100 milliards de dollars. Lundi, le ministre de l’Economie Roberto Lavagna a fait connaître à la presse l’offre de restructuration déposée auprès de la SEC (Securities and Exchange Commission), le gendarme de la Bourse américaine, où seraient sans doute échangés une majorité de titres.
Concrètement, l’Argentine propose à ses créanciers privés de troquer chacune de leurs obligations (Buenos Aires en a recensé 152 types, émises dans une dizaine de monnaies et de juridiction différentes) contre de nouveaux titres, d’une valeur de 75% inférieure, à choisir parmi trois sortes. Si la perte reste considérable – et là encore inédite –, elle constitue une légère amélioration par rapport aux offres précédentes : le gouvernement a accepté d’inclure dans ses calculs une partie des intérêts courus depuis le défaut, et proposé de débloquer de l’argent frais, en plus de nouvelles obligations. Cette dernière mesure cible les épargnants retraités, nombreux en Italie, en Allemagne et au Japon, vaincus par la lassitude.
Ces derniers se sentent trompés par l’Argentine et par leurs banques qui leur ont vendu ces titres aux rendements mirobolants en leur cachant la réalité des risques. Ils ont envie de toucher quelque chose dès aujourd’hui, même un montant symbolique.
Il reste difficile d’évaluer la valeur exacte de la perte finale pour les détenteurs de titres. Le ministre de l’Economie joue un double jeu : aux créanciers, il promet que les dernières concessions vont augmenter les remboursements, soulignant au passage qu’une fois la restructuration réussie, l’Argentine pourra débourser encore plus, la bonne santé de son économie lui assurant une progression continue du produit intérieur brut (PIB). Or tous les bons porteront un intérêt supplémentaire de 5% si la croissance du PIB argentin atteint 3%.
La rhétorique à usage local est tout autre : lundi, Roberto Lavagna affirmait que la perte globale restait de 75%, comme l’avait annoncé le président Nestor Kirchner. L’Argentine est déjà en campagne électorale : l’année prochaine verra le renouvellement d’une partie du Congrès. La composition du paysage politique qui surgira des urnes, notamment l’agencement des forces au sein du parti péroniste, définira les enjeux de la bataille présidentielle de 2007.
Le gouvernement a deux mois (du 29 novembre au 17 janvier 2005) pour séduire le maximum de créanciers. Pour être une réussite, l’offre doit être acceptée par plus de 70% des créanciers, ce qui impliquerait l’émission de 41,8 milliards de dollars de nouveaux titres. Si l’Argentine y parvient, elle créerait un précédent dont le Fonds monétaire international et les marchés financiers préfèrent ne pas imaginer les conséquences.