D’après Fernando A. Iglesias
Suite de ce billet.
En termes de macroéconomie, la convertibilité de Lavagna n’a pas été supérieure à celle de Cavallo. Pendant les 42 premiers mois la première convertibilité a augmenté de PIB de 32%, ce qui exactement le résultat obtenu par Lavagna dans des circonstances beaucoup plus favorables compte tenu de la baisse des intérêts sur le plan international, de la hausse des rétentions à l’exportation et du tour de passe-passe sur la dette extérieure.
Quant aux indices sociaux, entre le plus de l’hyperinflation et les 42 mois qui suivirent la première convertibilité néolibérale, la pauvreté était passée de 47,3% à 19,0% et l’indigence de 16,5% à 3,5%.
La performance de la convertibilité populiste a réduit la pauvreté de 53% à 38,5% et l’indigence de 24,8 à 13,6%. Pas de quoi gonfler la poitrine.
On peut difficilement comparer les performances de ces convertibilités pour ce qui concerne le chômage. En effet, des millions de bénéficiaires de plans sociaux ont disparu des statistiques.
On peut par contre analyser les créations d’emploi. La période Lavagna n’a réussi à créer que des emplois de basse qualité, faiblement rémunérés et sans respect des droits sociaux. Selon la CTA la moitié des emplois crées l’ont été au noir avec une rémunération inférieure de 25% à ceux des emplois existants.
C’est de là, en partie, que provient la mauvaise redistribution de richesse signalée même dans les statistiques gouvernementales (INEC). Toujours selon la CTA les emplois informels sont supérieurs de 60% à ceux des années 90, le salaire moyen est de 30% inférieur et il y a 5 millions de pauvres en plus.
Le retard pris par les salaires est d’ailleurs aujourd’hui plus important que lorsque Kirchner a pris le pouvoir.
Ceux qui pensent que le départ de Lavagna annonce un cycle de croissance avec redistribution n’ont rien compris à ce qui constitue la base du soi-disant succès de ce qu’on appelle le retour à l’emploi national, formule utilisée par Alfonsin, Duhalde et Kirchner: Il ne s’agit en fait que d’une formidable redistribution négative des richesses innombrables de ce pays, une fois de plus dans l’histoire nationale.
Le jour suivant de la dévaluation et de l’application de la convertibilité de 3 à 1, les salaires baissèrent de 56% à 72% selon les cas.
Voilà donc l’héritage que laisse Lavagna, une insuffisance d’investissements qui devient dramatique alors même que le pays connaît une croissance à la chinoise. Remettre sans cesse à plus tard les solutions au sempiternel problème de la faiblesse de la structure économique du pays à la faiblesse aussi des investissements productifs et industriels, machines, etc., ont amené le pays dans ce cul de sac. Et ce, malgré le contexte extérieur favorable et le consensus intérieur.
L’augmentation du PIB dépend donc directement de l’affaiblissement des salaires, réduits à 30% de leur valeur initiale par la dévaluation et par l’inflation consécutive.
Il existe d’ailleurs une certaine honnêteté intellectuelle chez Lavagna. N’a-t-il pas déclaré que si les salaires devaient augmenter la croissance s’arrêterait immédiatement .
C’est pour cela que ceux qui pensent que le départ de Lavagna va ouvrir une période de croissance redistributive n’ont rien appris des leçons des années 80 et n’ont rien compris à ce qui constitue la base du soi-disant succès de ce qu’on appelle le retour à l’emploi national, formule utilisée par Alfonsin, Duhalde et Kirchner: Il ne s’agit en fait que d’une formidable redistribution négative des richesses innombrables de ce pays, une fois de plus dans l’histoire nationale.
A suivre…