Maria, depuis le Canada, nous offre un nouveau texte
Souvenez-vous, le 12 Janvier dernier, Maria nous avait fait part de son histoire, de son exil (elle vit au Québec depuis plus de 2 ans), et surtout de ses espoirs. Son texte m’avait beaucoup ému. Elle revient aujourd´hui et nous offre une analyse socio-politique du continent sud-américain.
Bienvenue de nouveau, Maria.
Merci de l’encourager !
Bonjour !
Je voulais encore une fois partager avec vous un texte que j’ai écrit sur l’Amérique du Sud en général, et l’influence des États-Unis lors des dictatures, pour ensuite essayer d’expliquer l’impuissance étasunienne à l’heure actuelle. Je suis Maria, argentine habitant à Montréal depuis 2 ans, faisant ma Seconde ici.
Merci, voilà mon texte (type dissert historique):
L’Amérique du Sud, face à la domination étasunienne : rébellion ou subsistance ?
Le XXe siècle marque, pour l’Amérique Latine, une période sanglante de dictatures d’extrême droite, souvent aidées financièrement par la CIA. Les États-unis jouent donc un rôle primordial dans la subsistance de ces régimes anti-démocratiques. En plus, le système économique libérale en Amérique du Sud est soumis aux règles du Marché imposées par les États-unis qui n’ont quasiment pas de concurrence dans ces pays. L’incorporation du Venezuela au MERCOSUR et la tendance de gauche des dernières années sont néanmoins des essais de bloquer la domination étasunienne sur le plan économique ainsi que politique. Comment expliquer ce phénomène qui se propage aussi rapidement en Amérique du Sud ?
Premièrement, il faudrait comprendre le rôle des États-unis en Amérique Latine lors de la Guerre Froide. Ensuite, il faudrait aussi analyser l’évolution économique en Amérique Latine et le danger d’une politique économique panaméricaine qui fait réagir les peuples sud-américains face à la menace du monopole étasunien, conduisant à la compréhension du virage politique en Amérique du Sud à l’heure actuelle.
La décennie de 1970 a marqué le « climax » des dictatures latino-américaines ; le Chili, l’Argentine, l’Uruguay, le Paraguay, la Bolivie et le Brésil étaient tous sous des gouvernements totalitaires. Ces régimes entraînent des mouvements révolutionnaires dus aux théories marxistes qui deviennent de plus en plus populaires. Ces mouvements sont donc une menace et pourraient déstabiliser les régimes en place. En pleine Guerre Froide et sous un gouvernement républicain, il faut comprendre que les États-unis feraient tout pour éviter que l’URSS ait de l’influence en Amérique du Sud et ils doivent donc soutenir et même financer des régimes anti-démocratiques : leur approbation tacite de l’ « Opération Condor » (lors de l’administration Nixon) en est un bel exemple. L’« Opération Condor » est une campagne de contre-terrorisme et d’assassinats conduite par les services secrets du Chili, de l’Argentine, de la Bolivie, du Brésil, et de l’Uruguay au milieu des années 1970. La CIA et le secrétaire d’État (Henry Kissinger) sous l’administration Nixon ont été étroitement impliqués et la CIA a même collaboré au financement de cette campagne. La France aurait été aussi impliquée, en mettant en place une mission militaire permanente à Buenos Aires, de 1959 à 1981, qui fournit des conseillers aux troupes argentines. Les dictatures, sous la campagne de l’ « Opération Condor », ont été violentes et ont marqué une période obscure et fragile de l’histoire des pays impliqués qui cherchent encore à trouver des réponses. En Argentine, des militaires ont récemment reconnu la disparition et/ou mort de 22000 personnes qui ont été détenues dans des centres de détention : Sont-ils encore vivants ? Vivent-ils sous des noms différents ?
Savent-ils qu’ils ont été victimes des disparitions ? On n’en sait rien, mais on s’en souvient et le mouvement des mères de la place de Mai manifeste encore, chaque semaine depuis 1977, espérant un jour obtenir justice. Et les États-unis ? Par peur de la mise en place des régimes communistes dans le Cône Sud du continent américain, ils ont été complices des massacres commis durant cette période.
La plupart de ces pays doivent, de nos jours, continuer à payer une partie de la dette externe qui a été entraînée par ces gouvernement totalitaires; c’est-à-dire, une partie de la dette que les gouvernements démocratiques n’auraient jamais dû considérer car elle a été créée par des gouvernements non démocratiques qui n’ont point de légitimité, donc leur dette n’est pas non plus légitime. Comment explique-t-on l’impuissance économique et politique étasunienne sur le continent sud-américain à l’heure actuelle ?
En 1959, le contrôle économique des États-unis se voit menacé à cause de la révolution cubaine, qui met en place le gouvernement de Fidel Castro, seul gouvernement marxiste en Amérique. La mise en place de ce gouvernement, crée l’isolation économique du Cuba mais elle renforce l’ « aide » économique aux États de l’Amérique du Sud et surtout le désir de la part des États-unis d’avoir le contrôle du commerce panaméricain. Malgré le fait qu’aucun autre État se soit montré communiste, soit parce que les dictatures ont tellement diabolisé ce régime, soit parce qu’ils ont carrément détruit toute tentative de mouvement socialiste, les États-unis rêvent encore d’un traité qui permettrait une zone de libre-échange des Amériques (ZLÉA). Le XXIe siècle marque, certes, une période d’alliances économiques où le leader est l’Union Européenne, seule à faire face aux États-unis. Cependant, le libre-échange a des dangers, surtout dans une zone où la pauvreté est aussi forte qu’en Amérique du Sud et où les seuls à en tirer des bénéfices seraient les grandes multinationales, délocalisant leurs entreprises, payant les ouvriers un salaire qui serait inimaginable aux États-unis, détruisant les petites et moyennes entreprises locales. En 1994, l’ALENA a créé une zone de libre-échange entre le Canada, les États-unis et le Mexique. En même temps, les frontières humaines se sont renforcées (surtout à Tijuana) et le passage des mexicains aux États-unis devient de plus en plus difficile, incitant le passage clandestin au mépris des droits fondamentaux de ces hommes. Si la zone de libre-échange des Amériques est faite sous les mêmes conditions que l’ALENA, au profit des États-unis et au mépris des droits fondamentaux, le résultat serait une catastrophe sociale où les riches deviendraient encore plus riches, et les pauvres deviendraient encore plus pauvres. Les peuples de l’Amérique du Sud se sont rendus compte de cette injustice et se sont souvent manifestés contre la création de la ZLEA. En plus, lorsqu’en Amérique du Nord, les tendances des électeurs semblent être plus à droite (Républicains élus et réélus aux États-unis et les Conservateurs élus au Canada), l’effet contraire se produit en Amérique du Sud où le socialisme a l’effet contagion un peu partout. Est-ce un symbole de rébellion ou de subsistance ? Bien qu’on ne puisse pas nier l’influence politique et économique des États-unis au niveau mondial; au niveau local, chaque État peut faire des choix. Suite à l’élection du président Hugo Chavez au Venezuela et suite à sa « révolution bolivarienne », la nationalisation des stations de pétrole a marqué un de ces choix : celui de prendre le contrôle de ses ressources. Au dernier Sommet des Amériques, qui a eu lieu en novembre 2005 à Mar del Plata, Argentine, le Président étasunien n’a même pas eu la chance de discuter à propos d’un éventuel ZLEA car le président argentin, Nestor Kirchner, lui avait déjà averti qu’il n’allait rien négocier à ces fins. Cet échec montre l’impuissance étasunienne à s’imposer économiquement dans le continent américain. D’ailleurs, en décembre 2005, le MERCOSUR (composé par l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay) a incorporé le Venezuela, ce qui signale l’union de Caracas et Buenos Aires, passant par Brasilia. Certes, les motivations économiques (énergie…) sont un atout dans la prise de décision d’adhérer le Venezuela au MERCOSUR, mais c’est aussi un choix politique puisque le Venezuela a ouvertement dit NON aux États-unis et aux entreprises multinationales.
L’Amérique du Sud montre ouvertement sa position opposée en matière d’économie ainsi que politique par rapport aux États-unis. Cette contradiction idéologique se voit nettement à travers les choix des électeurs sud-américains ainsi qu’à travers les choix économiques pris par les différents États de l’Amérique du Sud en ce qui concerne le libre-échange panaméricain. Ces États n’ont pas décidé de s’isoler, comme ce fut le cas du Cuba en 1959, mais ils se sont plutôt unis entre eux-mêmes, prenant une décision éclectique mais firme. Étant donné que la plupart des pays appartenant au MERCOSUR ont des économies complémentaires, ils ne détruisent pas l’économie régionale au profit des grandes entreprises multinationales. Ayant un passé obscur commun, duquel les États-unis ont été complices, les pays de l’Amérique du Sud décident, à l’heure actuelle, de subsister en démocratie, posant des gestes légitimes, condamnant ceux qui avaient auparavant mis en place une politique basée sur la peur et la terreur et surtout, assumant leurs actions; pas par eux-mêmes seulement, mais unis entre ceux qui ont vécu une histoire semblable.
Maria Hotes
(21/04/2006)