Les barras bravas ne sont pas en voie d’extinction
Je sais, en Europe vous appelez cela des hooligans. Juste une petite photo de l’espèce locale.

Je sais, en Europe vous appelez cela des hooligans. Juste une petite photo de l’espèce locale.

Maristella Svampa est professeur à l’Université Nationale de Général Sarmiento, dans la province de Buenos Aires, et chercheuse au Conicet (Centre National de Recherche Scientifique). Elle a publié notamment La Plaza Vacía. Las transformaciones del peronismo (La place vide. Les transformations du péronisme) en 1987 ; Los que ganaron. La vida en los countries y en los barrios privados (Ceux qui ont gagné. La vie dans les urbanisations privées) en 2001 et, en collaboration avec Sebastian Pereyra, Entre la ruta y el barrio. La experiencia de las organizaciones piqueteras), 2003 (Entre la route et le quartier. L’éxperience des organisations piqueteras). Actuellement elle prépare un livre sur les mobilisations de l’année 2002, qui paraîtra en mars prochain.
Dans un article que vous trouverez ici, Maristella Svampa nous livre son point de vue sur le double discours de Nestor Kirchner et de son administration :
[…]Il y a chez Kirchner un double discours. Sa défense des droits de l’homme ne s’attaque qu’aux problèmes du passé, jamais aux situations présentes.
Sinon, comment peut-on expliquer que ce gouvernement a mis en place, comme une politique d’État, la condamnation de la violation des droits de l’homme pendant la dernière dictature militaire, en faisant des avancées inimaginables dans ce domaine, et en même temps a mis en place le renvoi en justice et la criminalisation des organisations de piqueteros opposées à sa politique sociale.
En réalité, Kirchner continue la politique des années 90 qui consiste à renforcer la matrice répressive institutionnelle, visible tant dans l’amélioration de l’équipement des forces de sécurité contrôlant les manifestations comme dans la tendance à la pénalisation de la pauvreté et de la protestation.
[…]Devant les manifestations et les réclamations l’État utilise trois mécanismes : tout d’abord la répression, ensuite la cooptation, on recrute, et pour finir la pénalisation.
Le premier est destiné à faire peur et à paralyser la protestation ; Le second permet de diviser les mouvements sociaux en faisant des alliances contre des aides disparates ; le troisième, la pénalisation, permet de déléguer à la justice la résolution des conflits sociaux.
N’oublions pas qu’il y a aujourd’hui plus de 4000 personnes poursuivies par la justice pour avoir protesté et coupé des routes. Elles sont généralement accusées de sédition, de privation illégitime de la liberté et d’usurpation.[…]
Ellébore (ou hellébore): plante dont les graines avaient, disait-on, la propriété de guérir la folie. Deux grains suffisaient.
Alors que tout le monde est inquiet sur le sort de Jorge Julio López, témoin dans le procès de Miguel Etchecolatz, Hebe de Bonafini, Association des Mères de la Place de Mai, depuis la Casa Rosada déclare :
Ce Lopez, ce n’était pas un militant, pas plus qu’il n’était un témoin clef. C’est un témoin de plus, c’est tout. J’ai quelques doutes en ce qui le concerne, il a un frère policier et il vit dans un quartier de policier.
Tout cela ne sert qu’à la propagande d’extrémistes de droite et de gauche afin de discréditer le Président Kirchner.
J’ai du mal à croire qu’il a disparu, malgré ce que dit sa famille.
Inutile de dire que la famille a très peu apprécié la saillie.
En imaginant même qu’elle puisse avoir raison, j’en doute très fort, je trouve tout cela aberrant.
Oui, je sais, on ne tape pas sur les vaches sacrées…
Il a simplement violé plusieurs mineurs de 6, 9 et 13 ans. Son métier, précepteur. Il est aussi employé public dans un établissement recevant les mineurs et responsable syndical. Comme l’a reconnu le juge à la radio, les preuves sont irréfutables.
En attendant son procès, comme en a décidé le juge d’instruction, il restera chez lui, ne pourra pas aller travailler, mais continuera à percevoir son salaire, car il est hors de question de licencier un responsable syndical.
Cela se passe à Chubut, le juge s’appelle Jorge Alberto Criado. La population est indignée.
El fallo que indigna a un país y alienta a los violadores - Infobae.com
Ce texte fait suite au chapitre 2
Nous en étions à notre deuxième verre de Dubonnet qu’il m’avait servi avec des galettes du Mont-Saint-Michel — un honneur qu’il ne réservait qu’aux connaisseurs, disait-il — lorsque son secrétaire fit son apparition. Il s’appelait Marcelo. Imaginez un mélange de Jacques Villeret et de Michel Boujenah. Il était petit, un peu gros, adipeux. Ses yeux noirs, cachés par des paupières toujours à demi ouvertes, laissaient entrevoir un caractère retors bien qu’il fît des efforts remarquables pour paraître gentil et pas trop malin. Il portait un costume sombre mal repassé, une chemise dont le col ne voyait pas tous les jours la blanchisseuse, une cravate du plus mauvais goût.
Ils se donnèrent avec mon vendeur de grandes tapes sur le dos, ils étaient tous les deux à l’origine de ce contact, et se félicitaient ainsi de sa concrétisation.
Je le saluais donc avec une prudente réserve afin de me permettre d’étudier jusqu’où sa fausse condescendance le conduirait.
Il y avait de magnifiques boiseries sur les murs de ce salon. Un mobilier d’époque coloniale, massif, aux bois sombres et aux velours rouges. Cette atmosphère Dubonnesque me rappela mon enfance, lorsque mes parents m’emmenaient voir, le jour de la fête des Morts — aller donc savoir pourquoi — une paire de vieilles tantes qui nous offraient régulièrement à cette époque un petit verre de vin cuit avec des petits gâteaux. Avec mes deux soeurs, nous nous regardions quand elles nous embrassaient, cela piquait et il restait toujours un de bave sur les joues. Nous attendions, patients, la fin de cette cérémonie pour récolter le petit billet qu’elles ne manquaient jamais de nous donner pour, j’imagine, nous payer de ces efforts.
Il était temps de prendre congé du curé et de partir avec Marcelo, voir ce qu’il avait à nous montrer des installations existantes, les besoins réels, les choses concrètes en somme. On avait prévu pour nos déplacements une voiture avec chauffeur, me dit le Recteur, qui tint à nous raccompagner jusqu’à la porte de sortie de la Cathédrale.
Alors que nous sortions, il nous retint un moment en nous demandant de rester derrière un pilier. Une autre soutane de luxe marchait d’un pas décidé vers ses bureaux et l’écho de ses pas résonnait sous la voûte de l’édifice.
C’est le nonce apostolique, me dit-il, nous ne sommes pas en très bons termes en ce moment, je préfère qu’il ne vous voie pas. Nous avons rendez-vous.
Sur le parvis une magnifique Mercédes noire nous attendait, avec des rideaux aux fenêtres des places arrière et un chauffeur qui ressemblait à un videur de boîte de nuit.
(À suivre)
À qui le tour ? J’ai bien l’impression que c’est parti, que, malgré les menaces, les pressions et même malheureusement la disparition d’un témoin, la justice va enfin être rendue en Argentine.
C’était le Chapelain de la Police de Buenos Aires, il devra rendre compte de tortures, de 19 assassinats et de 33 enlèvements pendant la dictature.
Un peu plus de détails en espagnol :
El cura Von Wernich, confesor del represor Camps, irá a juicio oral por crímenes contra la humanidad - Política - Perfil.com
Pas de quoi rabibocher ce gouvernement avec les autorités religieuses. Tant mieux !
Ce texte fait suite au chapitre 1
Le lendemain matin, de bonne heure, j’étais dans l’avion. Ici on se signe avant le décollage, il faut dire que la Cordillère des Andes n’est pas endroit facile. J’observais ce rite avec amusement sachant qu’allant voir le descendant, même indirect, d’un Saint, devrait rendre ce voyage plus sur.
Cela me fit rire et je lus immédiatement sur les visages de mes voisins une moue de mécontentement. Ils se signèrent une deuxième fois pour effacer, sans doute, l’affront que je venais de faire aux plus hautes autorités de leurs convictions religieuses.
Je me tins tranquille pendant le reste du voyage qui durait un peu moins d’une heure. Puis on atterrit, et quand on atterrit on applaudit. C’est comme cela, n’ayant pas observé le rite du départ, je fis un effort pour celui de l’arrivée. Mais tout le monde s’en fichait royalement. Allez faire des efforts !
Rodrigo m’attendait, m’invita à m’installer chez lui, ce que je refusais immédiatement en lui demandant de me conduire à l’hôtel. Je déteste loger chez l’habitant, je m’y sens mal à l’aise, je ne peux jamais avoir un moment à moi. J’ai toujours besoin de longs moments de réflexion, je dois être un peu lent… enfin, c’est ce que je lui expliquais, ne voulant pas le vexer.
Il était excité comme un pou qui vient d’apercevoir à l’horizon la chevelure des Tarquinous. Il allait falloir le debriefer avant de voir le Recteur. Nous avions un peu de temps avant le rendez-vous et je l’invitais à prendre un café.
Je savais que ce serait long et pénible, qu’il tournerait sans cesse autour du pot avant de me donner les éléments dont j’avais besoin. C’était sa nature, celle des Indiens de la Sierra, pas de questions directes, pas de questions fermées, les laisser voguer dans leurs explications discursives et de temps en temps reprendre gentiment la main pour les inciter à aller plus rapidement aux conclusions.
Cela ne m’était pas venu comme cela. C’est tout un apprentissage qui m’avait été facilité par une amie, professeure de Quetchua, qui avait une connaissance exceptionnelle de l’âme indienne.
Une heure après je savais. Je ne savais pas grand-chose en fait, mais je devinais déjà les traits principaux du personnage que je devais rencontrer.
Vous le savez certainement, la première impression que vous allez faire est toujours celle que gardera en tête votre interlocuteur. Il est donc important de se préparer à ce premier contact. Sans nier sa propre personnalité il est indispensable de se mettre au diapason de la personne vous allez rencontrer, ne pas être extraverti devant un introverti et vice versa. Bien d’autres choses encore, mais je ne suis pas là pour vous faire un cours de relations humaines.
Et tout cela, avec le sourire, bordel de merde !
Dans une dernière confidence, Rodrigo me dit : S’il nous invite à prendre un Dubonnet avec des gâteaux secs, c’est bon signe ! C’est ce que m’a dit un mes amis qui le connait très bien.
— Ne penses plus à cela Rodrigo tu vas nous porter la poisse avec tes histoires de bonne femme.
— J’ai pris ma patte de lapin.
— Mécréant !
La cathédrale était imposante, comme toutes les cathédrales d’ailleurs, qui ne sont là que pour vous convaincre de votre petitesse devant la grandeur du saigneur.
Tout cela sentait l’encens et après avoir montré patte blanche au personnel de service on nous introduisit dans les bureaux du prélat.
Il portait beau le bougre, une soutane venant du meilleur faiseur de la Place Saint-Pierre certainement, 40 à 50 ans, parfumé, talqué, il nous reçut avec un grand sourire que je m’efforçais de lui rendre. Un visage glabre, un regard intelligent avec cette pointe de folie presque indiscernable de ceux dont la notoriété et les responsabilités n’ont jamais permis à leur personnalité de s’épanouir.
Les cheveux noirs portés en arrière, d’un noir jais dû vraisemblablement à des produits capillaires de première qualité, lui donnaient un air sévère qu’un sourire onctueux adoucissait.
Nous devisâmes un long moment, je lui expliquais ma manière de travailler, il me fit part de ses projets. Le contact était établi et plutôt de bonne manière.
C’est alors qu’il me dit :
Nous attendons mon homme de confiance, c’est mon secrétaire. Mais, vous savez, j’ai un pêché mignon, il va vous plaire. Voulez-vous m’accompagner et partager avec moi un petit verre de Dubonnet ?
En regardant Rodrigo, j’eus le plus grand mal à retenir un fou rire…
(A suivre…)
Et un deuxième pasillo équatorien :