Archive pour le 27 septembre 2006

Adieu veaux, vaches, cochons, hôpital (2)

Mercredi 27 septembre 2006

Ce texte fait suite au chapitre 1
Le lendemain matin, de bonne heure, j’étais dans l’avion. Ici on se signe avant le décollage, il faut dire que la Cordillère des Andes n’est pas endroit facile. J’observais ce rite avec amusement sachant qu’allant voir le descendant, même indirect, d’un Saint, devrait rendre ce voyage plus sur.
Cela me fit rire et je lus immédiatement sur les visages de mes voisins une moue de mécontentement. Ils se signèrent une deuxième fois pour effacer, sans doute, l’affront que je venais de faire aux plus hautes autorités de leurs convictions religieuses.
Je me tins tranquille pendant le reste du voyage qui durait un peu moins d’une heure. Puis on atterrit, et quand on atterrit on applaudit. C’est comme cela, n’ayant pas observé le rite du départ, je fis un effort pour celui de l’arrivée. Mais tout le monde s’en fichait royalement. Allez faire des efforts !
Rodrigo m’attendait, m’invita à m’installer chez lui, ce que je refusais immédiatement en lui demandant de me conduire à l’hôtel. Je déteste loger chez l’habitant, je m’y sens mal à l’aise, je ne peux jamais avoir un moment à moi. J’ai toujours besoin de longs moments de réflexion, je dois être un peu lent… enfin, c’est ce que je lui expliquais, ne voulant pas le vexer.
Il était excité comme un pou qui vient d’apercevoir à l’horizon la chevelure des Tarquinous. Il allait falloir le debriefer avant de voir le Recteur. Nous avions un peu de temps avant le rendez-vous et je l’invitais à prendre un café.
Je savais que ce serait long et pénible, qu’il tournerait sans cesse autour du pot avant de me donner les éléments dont j’avais besoin. C’était sa nature, celle des Indiens de la Sierra, pas de questions directes, pas de questions fermées, les laisser voguer dans leurs explications discursives et de temps en temps reprendre gentiment la main pour les inciter à aller plus rapidement aux conclusions.
Cela ne m’était pas venu comme cela. C’est tout un apprentissage qui m’avait été facilité par une amie, professeure de Quetchua, qui avait une connaissance exceptionnelle de l’âme indienne.
Une heure après je savais. Je ne savais pas grand-chose en fait, mais je devinais déjà les traits principaux du personnage que je devais rencontrer.
Vous le savez certainement, la première impression que vous allez faire est toujours celle que gardera en tête votre interlocuteur. Il est donc important de se préparer à ce premier contact. Sans nier sa propre personnalité il est indispensable de se mettre au diapason de la personne vous allez rencontrer, ne pas être extraverti devant un introverti et vice versa. Bien d’autres choses encore, mais je ne suis pas là pour vous faire un cours de relations humaines.
Et tout cela, avec le sourire, bordel de merde !
Dans une dernière confidence, Rodrigo me dit : S’il nous invite à prendre un Dubonnet avec des gâteaux secs, c’est bon signe ! C’est ce que m’a dit un mes amis qui le connait très bien.
— Ne penses plus à cela Rodrigo tu vas nous porter la poisse avec tes histoires de bonne femme.
— J’ai pris ma patte de lapin.
— Mécréant !
La cathédrale était imposante, comme toutes les cathédrales d’ailleurs, qui ne sont là que pour vous convaincre de votre petitesse devant la grandeur du saigneur.
Tout cela sentait l’encens et après avoir montré patte blanche au personnel de service on nous introduisit dans les bureaux du prélat.
Il portait beau le bougre, une soutane venant du meilleur faiseur de la Place Saint-Pierre certainement, 40 à 50 ans, parfumé, talqué, il nous reçut avec un grand sourire que je m’efforçais de lui rendre. Un visage glabre, un regard intelligent avec cette pointe de folie presque indiscernable de ceux dont la notoriété et les responsabilités n’ont jamais permis à leur personnalité de s’épanouir.
Les cheveux noirs portés en arrière, d’un noir jais dû vraisemblablement à des produits capillaires de première qualité, lui donnaient un air sévère qu’un sourire onctueux adoucissait.
Nous devisâmes un long moment, je lui expliquais ma manière de travailler, il me fit part de ses projets. Le contact était établi et plutôt de bonne manière.
C’est alors qu’il me dit :
Nous attendons mon homme de confiance, c’est mon secrétaire. Mais, vous savez, j’ai un pêché mignon, il va vous plaire. Voulez-vous m’accompagner et partager avec moi un petit verre de Dubonnet ?
En regardant Rodrigo, j’eus le plus grand mal à retenir un fou rire…

(A suivre…)
Et un deuxième pasillo équatorien :

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