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Jack l’éventreur

Dimanche 12 novembre 2006

jakojako.jpgIl devait être 21 heures lorsque Jack me demanda expressément de le sortir. C’est suffisamment rare pour que j’accède à sa demande.
Si vous avez suivi son histoire, vous savez qu’il est un peu bagarreur. Il aime. Et puis il a vécu son enfance dans un milieu d’abandon tel que la moindre parcelle de nourriture se disputait entre chiens abandonnés. Comment dit-on ? C’est l’instinct de survie.
Mais il n’est pas méchant, juste un peu con. Il a mordu une prof de gym l’autre matin à 6 heures parce qu’elle ne voulait pas descendre de sa bicyclette.
Je lui avais demandé de s’arrêter, mais vous savez ce que c’est les bonnes femmes. Elle ne m’a pas écouté.
Jack l’a stoppée net.
Juste une égratignure au molet, je lui ai expliqué qu’on ne faisait pas de bicyclette dans un parc public, surtout quand on a peur des chiens.
Le pauvre Jack a voulu lui faire plein de mamours ensuite, mais elle ne l’entendit pas de cette oreille. Tant pis pour elle !
Mais revenons à nos chiens, il y en a vraiment de plus cons que d’autres. Les maîtres en sont à 100 % responsables.
Donc, celui-là, planqué sous un banc insultait joyeusement tous les membres de son espèce qui passaient devant lui. Une vraie teigne, un bâtard de pitbull et de ragondin avec un propriétaire, l’air supporter de foot et sa petite amie. Il était attaché, le chien, pas le connard.
Devant ces insultes monstrueuses, Jack lui sauta dessus. Il faut dire qu’il n’agit pas comme ces animaux qui se regardent, s’estiment et s’évaluent. Lui, c’est directement à la bagarre. Le style : Il a insulté ma soeur et ma mère par la même occasion.
Voila-t-y pas, comme disait ma grand-mère, que le hooligan de service commence à donner des coups de pied à mon Jack.
Moi aussi mon sang ne fit qu’un tour et j’accrochai l’individu par le col de son T-Shirt Nike, quel mauvais goût entre parenthèses, et commençai à l’insulter copieusement.
Jack en profita bien sûr pour filer une deuxième pâtée à son roquet.
Je m’aperçus à cet instant que notre jeune ami faisait bien une tête de plus que moi et qu’il était dans une condition physique que malgré mes soixante ans d’expérience, je n’avais jamais dû avoir.
— attachez votre chien me demanda-t-il.
— Jack au pied ! et Jack, satisfait, vint s’asseoir à mes cotés. Je lui passai la laisse.
Mais comme je voulais garder l’avantage de la surprise, je commençai à expliquer à ce fils de pute que s’il ne savait pas dresser ou contrôler un chien il pouvait toujours acheter un chat, un lapin ou un hamster. Qu’on ne donnait pas des coups de pied à un chien, et que le sien, s’il n’avait pas été attaché n’aurait certainement pas été aussi agressif !
C’est à ce moment que les voisins intervinrent. Je les vois de temps en temps, régulièrement en fait, et ils connaissent tous l’histoire de Jack.
— Vous avez raison, enfin quelqu’un qui ose dire ce que tout le monde ressens par ici. Ce type avec son Pitbull enragé fait peur à tout le monde et quand il y a seulement des petits chiens il le lâche. C’est un carnage.
Mon gaillard se leva, prit son chien, sa fiancée sous le bras, et avec un ego un peu amoindri s’en fut.
Jack, maintenant, c’est un peu le flic du coin. Il va quand même falloir qu’on évite les bavures.

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