Archive pour le 27 juillet 2007

Cabezon (2)

Vendredi 27 juillet 2007

Fait suite à Cabezon (1)
Je suis sorti de chez Cabezon avec un drôle de goût dans la bouche, l’impression d’être un joueur de poker venant de miser son tapis sur un gigantesque bluff. Certes, j’étais sorti vainqueur de ce premier duel, et le coup de pied dans la fourmilière que j’avais donné avait produit les effets que j’escomptais, mais la route s’annonçait encore longue jusqu’au verdict du comité d’évaluation… Dehors, la nuit était claire, les eucalyptus agitaient doucement leur feuillage, et dans le ciel limpide, trônait une lune majestueuse vaguement parcourue de nuages sombres. La gorge sèche, j’ai arrêté ma voiture devant la peña de Conchita. Là, je savais pouvoir noyer mes soucis devant un peu de nourriture, beaucoup d’alcool, et la chaleur de quelques belles de nuit qui ne comprendraient sûrement pas les états d’âme du grand putassier que j’étais devenu. Bah, quelle importance ?

A Q., j’aimais beaucoup cet endroit, à nul autre pareil. Etait-ce parce que j’y étais le seul étranger, dorloté par les filles qui n’avaient pas complètement abandonné l’idée de faire de moi leur client ? Etait-ce parce que j’y avais été très vite accepté par les habitués du lieu, qui appréciaient que je partage avec eux les boissons frelatées qu’on y servait, autant que leurs conversations sur le sexe des anges et les difficultés de leur vie quotidienne qui, soyons honnête, n’étaient pas le premier de leurs soucis ? Ou bien, était-ce la patronne elle-même, Conchita, femme superbe aux traits aquilins, brune volcanique bien en chair qui menait son affaire à la baguette mais ne se vendait pas, et qui, depuis plus de deux ans maintenant, répondait d’un petit sourire narquois à chacune de mes tentatives de pousser plus loin la conversation ? Toujours est-il que j’y terminais régulièrement mes soirées.

Une boîte d’allumettes traînait sur le bar, je m’en suis saisi et j’en ai disposé quelques-unes sur ma table, devant moi. L’œil brillant, quelques clients se sont tout de suite approchés. Ils avaient beau savoir depuis longtemps que je ne perdais jamais, ils adoraient jouer avec moi au “jeu de Marienbad”, c’était plus fort qu’eux. En m’apportant mon assiette, Conchita me fit les gros yeux : la plantureuse latina avait parfaitement deviné que ce soir, j’étais d’humeur à nettoyer toute sa clientèle. Je lui répondis d’un petit sourire en coin mais elle détourna le regard, furieuse.

N’empêche, elle avait vu juste. Les parties se sont enchaînées, entrecoupées de nombreux verres de chicha ou d’alcools forts, et peu à peu l’atmosphère a changé. Insensiblement, certains clients ont quitté ma table, et les quelques filles qui s’accrochaient encore tiraient une mine de cent pieds de long, en voyant l’argent qu’elles avaient gagné durant la soirée disparaître, billet par billet, dans ma poche revolver… Cela dit, je n’avais pas l’intention d’être cruel. Au bout d’une heure à ce rythme, j’ai posé la liasse de billets sur la table, à côté de moi, et je me suis mis à perdre, puis perdre, puis perdre encore, jusqu’à ce que les billets changent de main. Les filles piaillaient, complètement hystériques en récupérant leur pécule, et venaient se pendre à mon coup, prêtes à m’offrir gracieusement leurs faveurs, ou un verre si je restais insensible à leur charme – in utile de dire que j’ai bu plus que de raison, ce soir-là. Et la nuit se perdit ainsi, dans les limbes d’un dernier tango, crachouillé par la sono posée sur une table, au fond du bar, près de laquelle se tenait une Conchita plus belle et aguichante que jamais…

… et le lendemain matin, j’ai fini par émerger au bout d’un sacré long tunnel. A travers les persiennes, le jour commençait à poindre, et une odeur entêtante et familière s’est frayée un irrésistible chemin jusqu’à mes narines. La tête pleine des excès de la nuit, j’ai ouvert un œil, mais impossible de savoir où j’étais. Sauf que, à demi penchée vers moi, comme dans un rêve, la sublime Conchita en personne me tendait un bol de café odorant et fumant.
– Pince-moi, j’ai dit.
– Pourquoi ? demanda-t-elle, méfiante.
Les tempes en sueur, je me suis frotté les yeux. J’ai alors compris que j’étais dans sa chambre, dans l’appartement qu’elle occupait au dessus de son établissement. Je n’étais pas au bout de mes peines.
– Pour rien, j’ai dit.
Simplement vêtue d’une nuisette qui ne masquait rien de ses formes rebondies, dont la pâleur était rehaussée, ici ou là, d’un soupçon de dentelle noire, elle était plus belle qu’un ange. J’ai déplié douloureusement mes jambes, et je me suis alors rendu compte que j’étais entièrement nu sous les draps.
– C’est… C’est toi qui m’a déshabillé ? j’ai demandé.
– Tu étais plus saoul qu’un campesino, me fit-elle. Il fallait bien s’occuper de toi !
– J’espère que tu n’as pas profité de la situation, j’ai souri.
– Vu ton état, aucun risque, répliqua-t-elle. Mon pauvre Patrick !
Je me suis légèrement redressé, j’ai calé un oreiller contre ma tête endolorie et bu un peu de son café ; dans la chambre surchauffée, le liquide chaud a coulé dans ma gorge comme un élixir. J’ai tendu la main vers elle, et nos doigts se sont touchés. Elle a rougi, s’est relevée vivement, et m’a montré la serviette blanche posée sur la porte de la salle de bain. Je n’étais pas sous la douche depuis cinq minutes qu’elle est venue m’y rejoindre. Parfois, la vie vous offre de ces surprises…
– Tu avais l’air tellement triste, me dit-elle plus tard, tandis que je rassemblais mes affaires.
Quelle menteuse, cette Conchita !


(à suivre)

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Harry Potter en espagnol

Vendredi 27 juillet 2007

Pour les amateurs, une version traduite par des fans, un fichier PDF à télécharger.
C’est ici :
harrypotter.png
Je ne vous garantis pas la validité du titre, ni la qualité de la traduction. Officiellement le livre sortira en espagnol à la fin de l’année.

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