Archive pour le 10 septembre 2007

Colère mode Web 2.0

Lundi 10 septembre 2007

Cela commence comme cela :

Cher Laurent,
Fidèle lectrice de votre site depuis plusieurs mois, c’est avec plaisir que je viens parler vous d’un site que j’ai lancé il y a quelques semaines avec des amis.
Je ne sais pas s’il est très « web 2.0 » mais je pense qu’il est susceptible de vous intéresser, et surtout j’aimerais en profiter pour recueillir votre avis, vos impressions, sur son potentiel, ses forces, ses faiblesses […]


puis vient la réponse :

[…]Chère Claire Dupas, “chère” puisque nous sommes amis à la mode 2.0, vous qui dites me lire depuis plusieurs mois, je pense que les connasses de votre espèce, s’il y avait une destinée divine quelque part, mériteraient de finir dans une apocalypse de béton, de verre et d’acier. Sauf que chacun sait qu’il n’y a pas de justice sur cette terre.[…]

Le tout est à lire ici, sans modération.
Il y a des jours comme celui-ci, ça me fait un bien énorme.

Merci Laurent pour ce moment de plaisir.

Catégorie Lu chez les autres | 19 Commentaires »

Ma réponse au concours de Dul

Lundi 10 septembre 2007

dul.jpgDul organise des petits concours. À partir d’une photo prise dans le métro, il faut inventer une histoire. Un genre de choses qui se multiplie sur internet. Pourquoi pas !
Voici l’énoncé (ainsi que le lien pour participer) :
Il faut reconnaître que le Métro de Buenos Aires, surtout la ligne B, est rempli de personnages stupéfiants. Celui-là est particulièrement intéressant. Oh bien sur, je connais son histoire, mais je peux pour le moment seulement vous réveler qu’il fait aussi un métier fort original et qu’il est Argentin, né à Katmandou, de père Slovaque et de mère Hondurienne. Allez savoir pourquoi il est Argentin…

Votre version de l’histoire m’interesse beaucoup, même si je connais des choses, bien d’autres restent obscures face à cet étonnant personnage….

et ma participation :

Empailleur de rats d’égout, c’est pas un métier ça, ruminait-il, lorsqu’il aperçut Dul le prenant en photo. Être né à Katmandou et se retrouver tous les jours dans ce putain de métro qui marche une fois sur deux pour aller empailler des rats d’égout chez un vieux monsieur très riche et qui a pour passion les jeunes danseuses de tango et cet animal qu’il a fini par connaître par coeur.
Il aurait préféré s’occuper des danseuses. Belles, belles comme sa mère une Hondurienne, qui savait onduler au-delà de l’imagination. C’est du moins ce que son Slovaque de père lui avait dit.
Sa mère aujourd’hui il y a longtemps qu’elle n’ondulait plus, de temps en temps peut-être sous le vieux sèche-cheveux de son coiffeur.
Il serra les lèvres et regarda Dul. 1,90m et 110 kilos, pas la peine de se mettre en colère estima-t-il. Avec l’expérience, il y a des jours comme cela ou la sagesse devient une obligation.
Mais il avait son plan, son rêve, qui petit à petit prenait forme. Il ne s’était pas imaginé le jour où le vieux monsieur lui avait demandé de travailler pour lui que cela lui permettrait de mettre au point son plan de travail.
Il voulait devenir gourou. Un vrai gourou, de ceux qui se font payer en espèces sonnantes et trébuchantes et quelques fois en faveurs sexuelles contre un discours rassurant et qui flattait l’ego de ceux à qui il s’adressait.
Il avait commencé à s’entraîner avec les petites danseuses de tango que le vieux monsieur gnognotait tous les après-midi. Elles sortaient tristes et sales de son antre de plaisir. Il les attendait, leur disait qu’il avait vu Dieu dans leur regard, qu’elles faisaient partie des élues. Elles ne le savaient pas encore bien sûr, mais il était là pour les former, pour les initier. Des jours pleins de joie, de richesses et de satisfactions les attendaient. Il devait devenir leur maître, leur guide, leur berger.
Il en avait parlé à son père. Pas toujours facile de parler à son père quand celui-ci naviguait constamment entre deux cuites.
Pourquoi pas, lui avait-il dit en reluquant bizarrement le maillot de l’équipe de France qu’il arborait ce jour-là, toutes les méthodes se valent pour devenir un bon maquereau.
Un vrai conflit de génération pensa-t-il.

Je peux même vous préparer une version longue !

Catégorie Lu chez les autres | 4 Commentaires »

La violence et la révolution

Lundi 10 septembre 2007

muertosdeamor.jpgMuertos de amor, un petit livre de Lanata, venait de m’être livré par un coursier, quand le téléphone sonna.
— Patrick, je t’ai envoyé ce bouquin, c’est sur le Commandante Secundo, sur l’EGR (Ejército Guerrillero del Pueblo). Putain, je n’ai pas envie de me replonger là-dedans. Tu me diras ce que tu en penses.
— Tu ne l’as pas lu, Roberto ?
— C’est trop vrai et trop faux à la fois, tu comprends ? Mais j’aimerais en parler avec toi et avec l’ami Saúl.
Roberto et Saúl, deux amis d’enfance, ils ont fait leurs études ensemble, tous les deux ont connu leurs femmes à la fac, se sont mariés et continuent assidûment à se fréquenter. Difficile d’en inviter un sans l’autre.
Tous les deux enfants d’une bourgeoisie aisée, étudiants en économie, avaient la fibre sociale, patriote et révolutionnaire lorsqu’ils étaient à la fac. Ils étaient faits de cette matière qui incite à l’action, ils n’étaient pas des révolutionnaires de bistrots ou d’amphithéâtres. Tout naturellement ils intégrèrent l’Ejército Revolucionario del Pueblo, l’ERP. Puis suivirent de longues années d’exil. Et leur retour, sous la démocratie.
Roberto est aujourd’hui directeur d’une filiale d’une multinationale et Saúl, un économiste réputé dans l’administration, C’est aussi un puits de connaissance sur toute l’Histoire de l’Argentine.
Ils ont mis un certain temps tous les deux à m’avouer tout cela, ils me disaient, sans trop de détails qu’ils avaient été Montoneros. Montoneros, mon cul, pensai-je en moi-même, sans rien dire.
Sauf qu’un jour, il y a un an ou deux, après fortes libations et un bon repas je leur fis part de mon septiscime quant à leur appartenance passée à la branche gauchiste du péronisme.
Ce jour-là, ils me racontèrent ce qu’ils voulurent bien me raconter, une petite partie visible d’un énorme iceberg. Ça restera dans le domaine privé, vous n’en saurez pas plus.
Sauf une chose qui me paraît importante :
Ils ne regrettent rien sur le fond, mais presque tout sur la forme. C’est ce qui différencie, et c’est important de le souligner, ces hommes de ceux qui par la suite ont pratiqué le terrorisme d’État. Les premiers, dans leur immense majorité, sont conscients de leurs erreurs, les seconds sont prêts à recommencer.
Ce n’est pas un détail insignifiant.
La violence est indissociable de la révolution. La violence et la haine, pas de ceux qui ont subi l’injustice et la misère dans leur chair, mais de ceux qui les ont vues s’exercer sur autrui avec un sentiment d’impuissance. Comme si cette violence se devait d’exorciser une culpabilité inconsciente.
Le livre de Lanata relate donc, d’une manière romancée, l’histoire De Jorge Ricardo Masetti qui avait été nommé Comandante Secundo par le Che pour entamer une guérilla dans le nord de Salta. Ils n’affrontèrent personne, à part eux-mêmes, et les seules victimes de cette petite épopée sont leurs camarades qu’ils fusillèrent quand ils commencèrent à perdre leur enthousiasme révolutionnaire.
La violence et la révolution, c’est aussi le thème de ce petit livre de Lanata qui me promet des conversations passionnantes dans la magnifique maison de campagne que Roberto vient d’achever vers Pilar et où il se prépare sa retraite.

Bien entendu, ce livre ne plaît à personne. Il commence comme cela :
Pocho, Juan, El Primer Trabajador, Juan Domingo, El Jefe, El Macho, El General, El Hombre, Perónperón, Jorge nunca llamaba a Perón del mismo modo. A la Argentina sí: siempre le decía la Patria, nuestra Patria. Jorge era Segundo, pero en aquellos años todavía no se llamaba así. En aquel tiempo ni soñaba con ser Segundo, y su primer nomme de guerre fue, por cierto, un poco cursi: Jorge Amor.
“Solo en la ruta de mi destino”, cantaba Jorge Amor en el Club El Alba, de Avellaneda, “sin el amparo de tu mirar/ soy como un ave que en el camino/ rompió las cuerdas de su cantar”. Su padre era inspector municipal y su madre se llamaba María Esclavitud. Jorge, sus padres, sus dos hermanos, la abuela, dos tíos y una tía abuela con su marido e hijos vivían en una casona de Levalle 450, en Avellaneda. Jorge creía en Dios, aunque tal vez Dios no creyera en él: Jorge vio hacerse añicos el gran sueño de su vida, ser arquero de Racing.

Catégorie Culture - Idiosyncrasie | 5 Commentaires »