Des amis
Et, tant pis pour vous ils seront les seuls à se reconnaître.

Et, tant pis pour vous ils seront les seuls à se reconnaître.

Une fois de plus ce matin il me fallut attacher Jack lors de notre sortie matinale. Une golden en chaleur hante notre petite place depuis quelques jours et sa maîtresse semble avoir choisi les mêmes horaires que les miens pour promener sa chienne.
Jack adore les blondes, il a toujours eu un faible pour les golden et celle-ci lui rend son intérêt. Mais madame veille comme sur la prunelle de ses yeux à sa progéniture canine. C’est un grand échalas, proche de l’anorexie, et j’imagine déjà les cris stridents qu’elle pousserait si d’aventure Jack réussissait à conter fleurette à son animal. Et les articles dans la presse : Viol sur la recoleta, ne sortez pas vos chiennes en chaleur à 6 heures du matin, un vilain bâtard blanc les attend.
Entre pleurs et tiraillements, j’éloigne donc systématiquement Jack qui a de plus en plus de mal à comprendre mon attitude rigide concernant ses problèmes sexuels.
Comment lui expliquer qu’il n’y a pas de pilules pour les chiennes en vente libre et que d’autre part l’avortement est interdit dans ce beau pays ? Tout cela sans parler de l’outrage aux bonnes moeurs sur la voie publique.
Un peu plus loin, une magnifique créature, jeune, grande, avec un visage d’ange et un corps somptueux se dirigeait vers moi avec une démarche féline malgré un léger excès pondéral que sa jeunesse et sa taille rendaient superbement attirant.
En passant devant l’église elle se signa.
Puis, ayant remarqué mon regard concupiscent sur ses formes arrondies, elle dirigea vers moi avec un sourire prometteur et d’une voix douce :
— Bonjour Monsieur, savez-vous où se trouve la rue… ? (Une rue qui a ma connaissance n’existe pas, du moins dans le quartier.)
— Je n’en ai aucune idée Mademoiselle.
Elle n’était ni maquillée ni parfumée, mais dégageait naturellement tous les effluves d’un paradis terrestre où les femmes seraient belles, jeunes, soumises, vous vouvoieraient et vous appelleraient monsieur. (ce ne fut qu’un fantasme passager)
— Elle sourit, ses yeux brillèrent puis me tendit une carte de visite avec un prénom, un numéro de téléphone puis dessous sa profession :
Massage, relax, je réalise tous vos fantasmes.
Elle attendit quelques secondes, pas plus. Pas de réaction de ma part, une petite moue gentille de la sienne.
— N’hésitez pas à m’appeler, me dit-elle en partant.
Ne me restait plus qu’à rentrer à la maison et me croyant malin je me mis à parler à Jack :
— Tu vois couillon, lui montrant la carte de visite, ta Golden elle ne t’a rien donné, tu ne sais même pas comment l’appeler.
Il dut croire à jeu, que sais-je, il me l’arracha avec ses dents et la déchiqueta entièrement.
C’est dans l’ascenseur pour regagner mon étage que je compris. Le léger sourire au coin de ses babines dénotait assurément une vengeance qu’il avait préméditée.