Ne soyons pas dupes
Imaginons un moment qu’un chef d’État étranger, Français, Allemand, Anglais ou Italien, commence à engager des négociations avec l’ETA en Espagne. Tout cela dans le but de résoudre un conflit qui n’est pas le sien et parce que le chef du gouvernement espagnol n’aurait pas les qualités nécessaires pour le faire.
Uribe a des tas de défauts. Ce sont ces mêmes défauts qui l’ont amené au pouvoir.
Même si on peut me répliquer que ce n’est pas exactement la même chose, et je suis bien d’accord, il n’en reste pas moins que le schéma est identique. Il n’en reste pas moins que ce sont ces défauts que les Colombiens ont choisis pour régler, à tort ou à raison, mais démocratiquement, un conflit qui dure depuis des dizaines d’années.
Il y a eu violation du territoire équatorien. C’est un fait, ce n’est pas non plus la première fois et vraisemblablement pas la dernière. La colère de Correa est justifiée.
Le territoire du Venezuela, lui, n’a pas été violé. On comprend mal la décision de Chávez de mobiliser des troupes à la frontière. À moins que, comme il le fait maintenant depuis deux mois, le fait de s’être trouvé un ennemi extérieur lui évite de parler de la situation intérieure de son pays.
Quant aux documents trouvés dans l’ordinateur de Reyes, si la première réaction a été de dire tout cela était faux, on cherche ce matin à se donner de bonnes raisons pour contrer les assertions colombiennes.
Chávez aurait décidé de passer le gros lot (11 otages, dont Betancourt) à Correa…
Moi je veux bien, difficile de dire le contraire de toute façon, mais cela ne correspond pas au tempérament du personnage.
Ces changements de stratégies n’accréditent que la véracité des premiers documents.
Même si cela est vrai, les déclarations de monsieur Correa sont lamentables et inopportunes tout comme l’ont été les accusations colombiennes.
Aujourd’hui les otages, ce ne sont plus simplement les 40 ou 50 personnalités détenues par les terroristes en Colombie, c’est l’ensemble du peuple colombien.
Tout le monde dans cette affaire a essayé de tirer un avantage d’une situation dramatique, se refaire une santé morale internationale et intérieure sur le dos de personnages connus. En France comme dans la région. Ne soyons pas dupes.
Que personne ne pleure sur des lauriers perdus dont on essaierait de se ceindre a posteriori, ce sera déjà un grand pas.