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Lamia Oualalou
[04 mars 2005]
Cela ressemble au hold-up du siècle. Déjouant tous les pronostics, l’Argentine vient de sortir du défaut de paiement le plus important de l’histoire : 100 milliards de dollars. Et d’infliger à ses créanciers privés, dont des centaines de milliers de petits épargnants dans le monde entier, une perte des trois quarts de la valeur de leurs titres. L’offre, «à prendre ou à laisser», a pourtant été acceptée par 76,07% des porteurs, a annoncé hier le ministre de l’Economie Roberto Lavagna, lors d’une cérémonie en grande pompe organisée par le président Nestor Kirchner.Rien n’y a fait : ni les sommations du Fonds monétaire international (FMI), ni les menaces de la finance internationale de mettre fin à tout investissement, ni la crise de nerfs d’un gouvernement italien assailli par 450 000 épargnants floués. Légitimé par un taux de popularité inédit dans ce pays, Nestor Kirchner a imposé sa solution, exploitant à merveille les hésitations des institutions multilatérales et les dissensions entre créanciers.
En refusant de reconnaître comme interlocuteur privilégié la principale association de porteurs de titres, le Global Committee of Argentina Bondholders (GCAB), l’Etat a divisé pour mieux régner. Le chantage à la nationalisation des fonds de pension argentins lui a acquis l’adhésion des créanciers locaux – 40% de la dette était souscrite dans le pays. Parallèlement, les investisseurs institutionnels, essentiellement américains, qui avaient acquis ces titres sur le marché parallèle à très basse valeur, avaient intérêt à accepter l’échange, dans un contexte mondial de baisse des taux d’intérêt. «L’agressivité du GCAB, dont les contre-offres étaient délirantes tant elles ne prenaient pas en cause la santé fragile de l’économie argentine, a fini de démoraliser les petits épargnants», note un banquier d’affaires. Si la majorité des Italiens a boudé la proposition argentine, les particuliers allemands, d’abord très réticents, l’ont acceptée.
Pour Nestor Kirchner, le succès politique est entier, à l’intérieur du pays comme dans l’ensemble de l’Amérique latine. L’Argentine n’est toutefois pas sortie d’affaire. C’est entre autres parce qu’elle ne s’acquittait plus d’une partie de ses dettes qu’elle a enregistré un taux de croissance supérieur à 8%, ces deux dernières années. Pourra-t-elle maintenant soutenir pareille activité tout en reprenant ses remboursements ?
Buenos Aires doit aussi reprendre langue avec le FMI, avec lequel il a suspendu son accord en septembre 2004. La bénédiction de l’institution multilatérale pourrait convaincre les entreprises étrangères de s’intéresser à nouveau au pays. A moins de parvenir à solliciter une épargne locale traditionnellement captée par la rente (grandes propriétés agricoles et immobilier), l’Argentine ne peut développer seule ses infrastructures.
En attendant, les marchés financiers ont tourné la page. Les obligations qui seront émises le 1er avril en échange des titres en souffrance circulent déjà à New York (ce sont des «when and if», dans le jargon local). Et signe du crédit retrouvé de l’Argentine, elles sont cotées au même niveau que la dette du vertueux Brésil…








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