Et si Superman nous prenait pour des super cons ?

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Dimanche 31 décembre 2006 - 10:50

C’est curieusement, et je dois dire que je relate tout cela avec des pincettes, que je me suis aperçu qu’une bonne partie de la population ne croit pas au sauvetage inespéré de Gerez en cette veille de fin d’année.
Cette argumentation m’a été donnée par différentes personnes, pas de celles qui sont proches de la droite ou de l’extrême droite argentine, mais par des militants des droits de l’homme, il est vrai et on le comprendra, assez éloignés dans l’ensemble du péronisme.
Reprenons les faits. Après avoir témoigné contre Etchecolatz, Jorge Lopez est toujours disparu. Cela fait plus de trois mois de cela et c’est une gifle monumentale à la démocratie et à son représentant. L’État n’a pas été capable de protéger les témoins, n’a pas été capable de les retrouver, il a fallu deux mois pour connaître le juge d’instruction qui allait suivre cette affaire, tout le monde se repassait la patate chaude, il y a peu de chance pour que cet homme soit retrouvé en vie. Si nous rajoutons à cela les propos d’Hebe de Bonafini concernant la victime c’est une catastrophe.
Dans ce laps de temps, les menaces aux juges et aux témoins ont été crescendo. Un officier de police chargé de la protection d’un des juges contre les tortionnaires de la dictature a été abattu de sang-froid dans un bus. Même les gardes du corps de Kirchner ont dû subir quelques aléas.
Rajoutons à cela la découverte en Espagne, il y a une dizaine de jours, d’un des responsables de triple A par des Argentins vivants à l’étranger, un thème jusque-là totalement exclu des obligations de justice, péronisme oblige, le fait que le juge Garzon, qui ne porte pas Kirchner dans son coeur, croyez-moi, oblige la justice argentine à demander son extradition, il avait un peu le feu dans la maison péroniste.
Il faut bien reconnaître que mettre sur la place publique que le régime péroniste qui avait précédé la dictature de Videla avait fait presque autant de morts et de disparus en trois ou quatre ans que le régime de Pinochet en 20 ans, que ceux qui avaient participé de ceci étaient toujours des personnes proches du pouvoir en place c’est pas terrible pour l’image qu’on a envie de se donner.
Et quelles que soient les nuances qu’on peut apporter à tous ces faits, c’était une fin d’année désastreuse.
Luis Patti est un tortionnaire reconnu. Nous en avons déjà parlé ici. Il a toujours eu l’appui de Duhalde et autres péronistes, cela va aussi dans le sens de l’histoire.
Ángel Gerez devait témoigner contre lui afin d’inhabiliter son élection comme député.
Il disparaît, 48 heures après on le retrouve. Bravo.
1 heure avant sa libération, Kirchner avait bloqué les 32 chaînes de télévisions disponibles pour dire :
Je ne céderais pas devant les groupes paramilitaires et parapoliciers qui veulent détruire cette démocratie.
On a tous applaudi, moi le premier.
On a quand même quelques doutes, pas vous ?
L’année se termine bien, un vrai film d’Hollywood.

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7 commentaires pour “Et si Superman nous prenait pour des super cons ?”

  1. Pierre a dit:

    Si le sujet que vous abordez ici est plus qu’intéressant, et assez bien documenté, il serait tout de même utile d’apporter quelques précisions historiques :

    D’abord, placer le “péronisme” dans un même sac n’a comme vous le savez aucun sens. Si vous abordez (judicieusement) l’impunité des responsables de la triple A, replacez-là alors dans le contexte des années 70.

    En disant que “le régime péroniste qui avait précédé la dictature de Videla avait fait presque autant de morts et de disparus en trois ou quatre ans que le régime de Pinochet en 20 ans”, allez donc au fond du problème.

    Les “3 ou 4 ans” en question vont de juin 73 à mars 76, et ont été marqué par
    le gouvernement fantoche d’Isabel Peron de juillet 74 à mars 76, où le fondateur de la triple, Lopez Rega, gouvernait en sous main avec l’armée. c’est aussi pendant cette période essentiellement que les enlèvements ont débuté et que les guerillas (Montoneros et ERP) ont été “neutralisées”.

    Mais durant ces années le gouvernement avait déjà perdu toute assise populaire (le propre du péronisme via les gremios, et autres jeunesse péroniste).

    Pour conclure, affirmer que “le péronisme” est l’auteur de ces crimes est au mieux une phrase à l’emporte-pièce, voire de l’anti-péronisme franchement primaire.

    ps: je précise si nécessaire que mon propos n’est absolument pas de prendre la défense du péronisme (et encore moins de ce qu’ils ont fait à cette époque), mais de remettre quelques vérités dans leur contexte pour éviter des amalgames faciles.

    Pour se donner une idée du gouvernement d’Isabel, mieux vaut encore lire l’article assez édifiant paru dans Clarin samedi dernier : http://www.clarin.com/diario/2006/12/30/elpais/p-01001.htm

  2. Patrick a dit:

    Je suis un antipéroniste primaire Pierre ;-) Mouvement fasciste s’il en est qui aimerait toujours excuser les exactions commises par son bras droit en argumentant du fait que son bras gauche n’était pas vraiment d’accord.
    Cela dit il faut faire la différence entre le péronisme et ses électeurs, vous avez raison.

  3. Pierre a dit:

    C’est votre droit, mais si l’on voit comment l’anti-péronisme est passé de l’anti-autoritarisme des années 50 (type Borges), vers un pseudo-anti-communisme (style Videla et ses amis de la Sociedad Rural), je trouve cette attitude aussi nauséanonde que le péronisme à vrai dire..

    Le “peronisme” (dont la filiation avec le fascime italien est en effet directe) n’ayant jamais eu de définition idéologique univoque (cf. Peron lui-même), il doit exister près de 40 millions de définitions du “péronisme” en Argentine

    Il me semble plus logique de se réferer directement aux gouvernements et aux leaders concernés pour être sûr de parler de la même chose…

  4. Patrick a dit:

    4 liens
    :
    Péron, il y a 50 ans, quand le scorpion ne résiste plus à sa nature

    Antonio Cafiero est ce qu’il est mais au moins il le dit!
    Une période électorale arrive, souvenez vous que le péronisme fait flèche de tout bois
    Pour comprendre la classe dirigeante et politique argentine

  5. CARLOS NANINI a dit:

    Bonjour amigos,
    quelle est la position de l’opposition argentine dans l’afaire de Luis Gerez ? je crois que meme Carlos Menem avait dit qu’il s’agissait de - un cuento - cree par le gouvernement.

  6. Patrick a dit:

    L’opposition n’a pas grand chose à se mettre sous la dent et a mis quelques jours à se poser des questions. Quant à Menem, boff…
    Vrai ou pas je pense que c’est l’utilisation faite par le pouvoir de la soudaine réaparition de Gerez qui est critiquée.

  7. Le témoignage de Luis Gerez n’est pas crédible « Argentine au jour le jour a dit:

    [...] Ecrit par Patrick le 5 janvier 2007 à 9h35 Ah bon ? Nous avions déjà fait part de nos soupçons il y a quelques jours. Et puis le journaliste s’y sont mis, ceux qui ne sont pas partis en vacances. Pourquoi cet homme se refuse-t-il à répondre aux questions ? Pourquoi ne veut-il pas montrer les traces de ses brûlures ? Pourquoi le discours du Président a-t-il été repoussé d’une demie-heure ? Comment se fait-il que le Canal 7 était déjà sur place quand on l’a retrouvé ? Comment se fait-il, alors qu’un autre disparu, depuis plus de trois mois celui-là, n’aie toujours pas retrouvé, que quelques heures avant sa réapparition, les autorités de la Province laissaient entendre que le dénouement était proche ? Le procureur vient d’admettre qu’il avait de gros doutes. Les autorités provinciales parlent de lutte interne entre les services. Elles mettent même Patti hors de cause tout en ne refusant pas l’idée que des personnes proches de lui aient commis cet enlèvement. Je vais vous dire, on ne connaîtra pas le fin fond de l’histoire. Mais il faudra bien trouver quelqu’un pour payer les pots cassés afin de ne pas salir l’image du pouvoir. Le plan B est en route. Pourquoi faut-il qu’à chaque fin d’année on veuille nous avaler des histoires de Père Noël ? [...]

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