D’après Fernando A. Iglesias
Suite de ce billet.
Cela veut-il dire que les Argentins sont condamnés à une misère croissante à cause de la récession et de l’inflation ?
La réponse est oui si la conduite politique reste entre les mains de cette alternance de droite entre les néolibéraux favorables à la globalisation et les néopopulistes nationalistes, qui après 20 ans de démocratie ont réussi le tour de force de rendre pire la situation sociale et économique que ne l’avait laissé la Dictature militaire.
Malgré l’insistante ritournelle sur “le virage à gauche du gouvernement”, seul un pays dont les traditions politiques ont été corrompues par le militarisme et le populisme peut considérer que Kirchner incarne un gouvernement de centre gauche. Et seul un pays qui se condamne lui-même à l’archaïsme et à la misère peut penser que modernisation veut simplement dire industrialisation et protectionnisme. Dans les autres parties du monde modernisation veut dire désindustrialisation et compétitivité, c’est-à-dire un pari sur le développement d’une économie et d’une société orientées sur le monde et vers l’avenir, et basées sur la connaissance, l’information, la communication et l’innovation : Valeurs toujours inexistantes dans les statistiques de l’INDEC. A noter que dans le chapitre exportation cet organisme n’a toujours pas une ligne qui correspondrait à la notion de service. Cela veut tout dire.
Dans le reste du monde, et sans aller trop loin, en Espagne, en Italie, au Chili ou en Uruguay, la gauche veut dire la même chose veut dire la même chose que ce qu’elle signifiait pour la gauche argentine à l’époque de Juan B. Justo ou d’Alfredo Palacios : modernisation, ouverture au monde, bien-être et redistribution de la richesse. Ce sont certes des valeurs difficiles à appliquer dans une économie globalisée sans que soient globalisées elles aussi les institutions démocratiques, raison pour laquelle l’alternance de droite entre les néolibéraux favorables à la globalisation et les néopopulistes nationalistes a amené l’Argentine a un désastre et à une rupture antinomique : Le néolibéralisme, avec sa modernisation et son ouverture au monde sans bien-être ni redistribution des richesses auxquelles répond le néopopulisme avec son nombrilisme national, ses emplois minables (empleos-basura), son retard de productivité et un bien-être et une redistribution des richesses qui n’existent seulement que dans les discours présidentiels.
Du populisme des années 80, de Galtieri à Alfonsin, au néolibéralisme des années 90, de Carlos Menem à De La Rua, avec maintenant le néopopulisme du nouveau millénaire, de Duhalde à Kirchner, on peut se demander quand va s’arrêter ce mouvement pendulaire argentin. Quand l’actuelle convertibilité va exploser victime de son incapacité à moderniser le pays et améliorer la compétitivité de son économie, quand le retard technologique et le recul de la productivité provoqué par le protectionnisme vont devenir un problème plus grave encore que la dette nationale ? Ou bien quand il sera évident, une fois de plus, qu’on ne peut pas socialiser une richesse qui n’est pas produite par le travail de la société sinon par les ressources du territoire, que l’on verra s’écrouler les unités obsolètes de production qui ne peuvent survivre que par une convertibilité qui fait payer trois pesos pour un dollar et qui malgré cela ont besoin d’une politique protectionniste pour éviter la concurrence extérieure et continuer à escroquer le consommateur argentin.
A ce moment-là, une fois de plus, on accusera de tous nos maux une vaste conspiration étrangère et surgira un nouveau péronisme incarné par Lavagna, Sobish ou Macri qui expliquera que le Kirchnerisme n’était pas le véritable péronisme, mais qu’il l’incarnera pour les années à venir.
Viendra le moment, comme dans le Film de Freddy Kruger, de la Convertibilité, Version III.








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