Quoting from liberte-algerie:
À 68 ans, Solanas se présente comme l´icone du cinéma engagé en Amérique latine. En 2004, la Berlinale lui attribue l´Ours d’or d’honneur pour l´ensemble de sa carrière. Rencontre.Pourquoi Memoria del saqueo et qu´avez-vous voulu montrer ?
LF. Solanas : J´ai voulu faire un travail de mémoire. J´étais interpellé par la jeune génération qui veut comprendre ce qui s´est passé en Argentine.
Le citoyen moyen est totalement désinformé par l´intox de dizaines de médias contrôlés par des groupes économiques et politiques du pouvoir en s´attaquant à l’état et en prêchant son démantèlement. Les médias ont passé sous silence, voire justifié le pillage du pays.Aviez-vous eu des problèmes pour le tournage ?
Ce film est né dans des circonstances tragiques de l´hécatombe économique et sociale de l´Argentine à la fin 2001. Je n´avais pas eu plus de problèmes que ceux que j´ai rencontrés en réalisant mes autres films.Comment l´Argentine en est-elle arrivée là ?
C´est très bien expliqué dans le film. C´est une histoire qui a duré 25 ans et qui débute avec la dictature militaire de Videla en 1976 et qui prend fin avec la rébellion populaire de décembre 2001 et la chute du gouvernement de Fernando de la Rúa en passant bien sûr par les démocraties néolibérales qu´a connues le pays.
Dans le film, j´ai voulu souligner la responsabilité aussi bien de nos gouvernements, celui de Carlos Menem (1989-1999) ou celui de Fernando de la Rúa (1999-2001), que celle du Fonds monétaire international, de la Banque mondiale et des pays qui y font la loi. Ces gens se sont enrichis sur le dos des Argentins.C´est la logique de la mondialisation…
Oui. On met en place des mécanismes à même d´exploiter les peuples. En argentine, on a imposé des plans néo-racistes en supprimant des droits sociaux et en condamnant à mort des millions de personnes. En moyenne, 35 000 personnes y meurent par an. Il s´agit de crimes contre l´humanité perpétrés en temps de paix.
On a tout privatisé. Évidemment, cette politique inconséquente a conduit à un génocide social. Carlos Menem s´est arrogé un pouvoir absolu, ensuite il passe à la privatisation des entreprises pétrolières et de gaz naturel qui est l’un des actes les plus odieux du Parlement. Enfin, il privatise la télévision, le téléphone, les concessions ferroviaires, la compagnie aérienne, les radios… “Rien de ce qui appartient à l´Etat ne restera à l´Etat”, affirmait Menem.Comment le film a-t-il été reçu aussi bien par le public que par les politiques ?
Il faut comprendre que c´est un film de combat… Tous les représentants des secteurs, liés à la corruption, que dénonce le film le rejettent et en parlent très mal… Mais ce film exprime tout l´esprit des mouvements sociaux en Argentine. Le public l´a beaucoup apprécié. Beaucoup de festivals l´ont programmé.La structure est faite sous forme de chapitres. Pourquoi cette structure ?
Je ne cherche pas à faire un film documentaire. Je tente de faire un film proche de l´élaboration littéraire. Je l´ai divisé en chapitres, comme un livre. J´ai voulu rendre hommage au cinéma muet, tout comme le choix de titres et de graphismes favorisant l´unité formelle de l´œuvre. Le scénario s´est construit chemin faisant. La structure a été travaillée au cours du montage. Je ne pouvais pas traiter tous les sujets. J´en ai retenu 10 que j´ai séparés avec des titres et sous-titres. Le montage a donné une unité au tout.Votre film peut-il se lire comme une résignation ?
Pas du tout. Au contraire. C´est la résistance que j´ai voulu montrer. La jeune génération résiste. Il y a tout un mouvement cinématographique de protestation et d´action directe en Argentine.Des projets ?
Je pense tourner Cantos de una Argentina latente ! (chants d´une Argentine latente !) pour décrire des histoires humaines très fortes illustrant la solidarité et l´espoir de ceux qui ont résisté.
C´est un film complémentaire à Memoria del Saqueo. Je veux montrer la résistance à tous ces problèmes : au chômage, à la paupérisation. Ce sont des portraits et des expériences de femmes, d’hommes, toutes couches sociales confondues et des expériences de solidarité.








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