Jorge BORGES grandit à Palermo, banlieue désargentée de Buenos Aires. Ses parents parlent anglais, tout comme sa gouvernante, et le petit Jorge est bilingue dès son enfance, espagnol / anglais.
Enfant calme, réservé, bon élève, plus souvent dans la bibliothèque familiale que dans les rues, il a tôt le goût de la lecture grâce à sa grand-mère paternelle, Fany HASLAM, anglaise. Dès l’âge de 6 ans, poussé par son père, il écrit déjà de petites histoires, inspirées de CERVANTES. A neuf ans, il traduit en anglais le « Prince heureux » d’Oscar WILDE…
Pour le traitement médical de la cécité du père de famille, les BORGES s’installent en Europe en 1914, à Genève, où ils demeureront pendant toute la durée de la guerre.
Au collège suisse, Jorge BORGES apprend le français, l’allemand et le latin, et se prend de passion pour les auteurs symbolistes français, VERLAINE, RIMBAUD et MALLARME, la philosophie de SCHOPENHAUER, et la poésie de Walt WHITMAN.
Après la mort de la grand-mère maternelle, en 1919, la famille par vivre en Espagne. Décidé à vivre de sa plume, BORGES fréquente un club de jeunes auteurs d’avant-garde, idéalistes et libres penseurs, les « ultraïstes ». Il publie quelques textes dans des magazines madrilènes.
En 1921 la famille rentre à Buenos Aires. Il rencontre un poète Macedonio Fernandéz, proche des philosophies de SCHOPENHAUER et BERKELEY, brillant, cultivé, excentrique et sceptique…
BORGES, subjugué, se lance avec lui et avec enthousiasme dans le petit monde des intellectuels argentins. Membre d’un club littéraire, il affiche poèmes et manifestes sur les murs de la ville.
En 1923, il publie son premier recueil de poèmes, « Fervor de Buenos Aires », imprimé aux frais de son père à 300 exemplaires, et distribué gratuitement, notamment à quelques éditeurs… Il se forge ainsi un début de réputation. Il crée plusieurs revues de littérature [avec des succès variables] et contribue régulièrement à quelques magazines.
En 1927, BORGES, à son tour touché par la maladie de sa famille, est opéré d’une cataracte. C’est la première d’une série de huit opérations qui n’amélioreront pas son état. En 1932 paraît son essai « Discussion » et, sous le pseudo de Francisco Bustos, une nouvelle intitulée « Streetcorner Man », inspirée d’un fait divers réel. Elle reçoit un très bon accueil, mais BORGES n’a pas l’intention de poursuivre dans la voie du drame populaire réaliste.
En 1935 [BORGES a 36 ans] paraît “L’approche d’Almotasim” sans doute le premier texte borgésien dans son style.
La crise économique frappe l’Argentine, et il trouve une source de revenus fiable comme assistant-bibliothécaire à 70$ par mois. Il conservera cet emploi neuf longues années, entourés de collègues plus intéressés par les résultats du tiercé que par les livres. Chaque jour, son travail achevé, il se réfugie à la cave de la bibliothèque pour lire les grands classiques anglais et américains [il sera le premier à traduire en espagnol Virginia WOOLF et FAULKNER] et écrire [un de ses textes, “La librairie de Babel”, est d’ailleurs une allégorie cauchemardesque de son travail.]
Son père meurt en 1938, et lui-même à de gros soucis de santé. Remis sur pied, il cherche une direction différente à son style. Le résultat est “Pierre Ménard, auteur du Quichotte”, bientôt suivi de “Tlön Uqbar Orbis Tertius”, deux œuvres étonnantes, mêlant philosophie et réalité, fiction, fantaisie et mythes, accueillies avec enthousiasme. BORGES est encouragé par ces deux succès.
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