Kansas City

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Lundi 10 juillet 2006 - 12:20

Je ne me souviens jamais de mes rêves, mais il m’arrive de rêver tout éveillé, généralement en écoutant de la musique. Certains s’amusent à écrire des histoires à partir de photographies, pour ma part, je préfère un bon morceau de jazz pour stimuler mon imagination.
Faites comme moi, mettez la musique :

Kansas City :
On était en 1930, la prohibition faisait et défaisait les fortunes des téméraires depuis quelques années déjà. On m’appelait Pat l’Irlandais et je me livrais au trafic d’alcool depuis 6 ans et possédait aussi à Kansas City un speakeasy où les classes les plus huppées de la société venaient s’abreuver, jouer et chercher des filles.
Ce soir-là, en descendant les marches qui menaient droit vers les salles enfumées je savais que je rencontrerais quelques problèmes. La petite vendeuse de roses à l’entrée de l’établissement m’avait fait un signe convenu entre nous qui voulait dire que des importuns s’étaient glissés parmi la clientèle.
Je laissais mon stetson et mon manteau au col d’astrakan à Gloria qui s’occupait du vestiaire. Elle me fit un clin d’oeil auquel je ne répondis pas, préoccupé par ce que je risquais de rencontrer.
Le son du saxophone se fit de plus en plus présent, j’aperçus Charlie, un drôle d’oiseau celui-là, qui venait régulièrement jouer avec ses amis musiciens. Je lui souris. Il irait loin, j’en étais persuadé.
On affichait complet, les banquettes de cuirs rouges étaient toutes occupées, des juges, le chef de la police, des hommes politiques, tous s’adonnaient à la boisson entourées de filles. Dans la salle de jeu qui s’ouvrait sur la salle principale, les deux tables semblaient aussi avoir trouvé leurs victimes.
Je m’approchais du bar et demandais un whisky. Déjà le grand Sam qui faisait office de patron en mon absence se faufilait dans ma direction. Un drôle de zig, grand, maigre, le regard torve, le front dégarni par une calvitie qu’il avait du mal à cacher en faisant revenir les mèches de cheveux qui partaient un peu au dessus des oreilles sur sa tête, le tout encollé par une brillantine à l’odeur sucrée et fadasse.
— Des problèmes, Sam ?
— Possible me dit-il, le chef de la police est arrivé avec trois Italiens et demande à te voir.
— Tu préviens les gars lui dis-je en me dirigeant vers mon bureau avant d’être vu.
J’aimais bien mon bureau, une vitre sans tain me permettait en toute discrétion d’observer ce qui se passait dans l’établissement, fauteuils et canapé en cuir vert, permettaient d’y inviter avec tout le confort les clients ou mes hommes de main.
Marlène, fume cigarette au bec m’y attendait. C’était, plus ou moins, ma maîtresse. Plus ou moins, car je savais que je n’étais pas le seul à bénéficier de la tendresse ravageuse de cette fille de la haute société qui par moment aimait s’encanailler avec les types de mon espèce.
— Ce soir l’Irlandais, me dit-elle tout de go, tu vas te faire plumer.
Je ne répondis pas. Je la regardais sachant que le reste allait forcément suivre.
— Pat, la drogue… les Italiens ont pris un accord avec O’Malley, le chef de la Police, il va falloir que tu passes des accords avec eux, sinon tu perds tes protections.
Que faire… je m’attendais à cela depuis longtemps. J’avais pris mes dispositions, j’avais plus d’argent qu’il n’en fallait pour vivre jusqu’à la fin de mes jours et plein de nouveaux projets en tête. Sortir élégamment de cette situation ne serait pas une partie de plaisir, mais filer un coup de boule aux Ritals n’arrangerait certainement pas les choses.
— Merci pour l’info Marlène.
- Mon chou, tu sais que je ne pense qu’à toi, ne fait pas de conneries, me dit-elle avant de sortir.
J’appelais Sam et lui demandais de faire entrer O’Malley et ses Ritals, autant régler cela tout de suite.
Ils s’assirent tous les quatre dans les fauteuils de cuir, je fis servir du Champagne. O´Malley fit les présentations.
Marco, il semblait être le patron, d’une élégance glauque comme seuls le savent être les Italiens, me dit :
— J’ai rien contre les Irlandais, on peut régler ça à l’amiable, bien que l’expérience me prouve que c’est toujours compliqué avec vous autres les pecnots. Mais bon, la drogue doit couler à flot ici. Tu n’auras pas à t’en plaindre financièrement. On te laisse 30 %.
— OK, dis-je.
Il me regarda, surpris. Puis, méprisant, cherchant à profiter de son avantage :
— La bière aussi, va falloir changer de fournisseur.
— Ça tombe bien, je commençais à me lasser de la mauvaise qualité de mon fournisseur actuel.
— Dis moi, l’Irlandais, tu nous prépares pas un coup tordu ?
— Non, on commence demain, pour les détails, vous voyez ça avec Sam.
Ils sortirent, je savais bien entendu que ces accords ne tiendraient que le temps qu’ils puissent comprendre comment mon business fonctionnait. Et puis ce serait une balle entre les deux yeux.
Sam me regardait sans comprendre.
— Tu veux la guerre Sam ?
— Patron, on a quand même son honneur…
— Sam, je te laisse le business, fais ce que tu veux, moi je pars pour de longues vacances.
Je sortis, passai prendre mon stetson et mon manteau, Marlène était là, elle m’attendait.
— Viens Marlène on part pour Hollywood, on va faire du cinéma.
— Elle se mit à rire, me prit par le bras, m’embrassa rapidement et faisant voler mon chapeau :
— Jusqu’au bout du monde !

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5 commentaires pour “Kansas City”

  1. kersaint a dit:

    Avis d’un naïf:
    Vu de loin, pour moi l’Argentine reste un pays (surtout depuis/grâce à la crise de 2000), où le mythe de l’Eldorado est encore possible. Car c’est ça que tu décris. Un Wild West post mondialisation, où les aventureux peuvent construirent sur les ruines de l’échec du Marché.
    Désolé de te ramener à du réel, car ta première tentative de prose est plutôt concluante…on y croit.
    C’est sùr que je garde une préference pour le récit, car je reste avide d’infos, mais pour une intro à la fiction, moi, je dis bravo!
    J’attends avec impatience leur arrivée à Hollywood. ;-)

  2. Patrick a dit:

    Non, kersaint cette histoire se termine là. Une petite mise en jambe, peu appréciée semble-t-il, vu le nombre des commentaires. Mais bon, je vais reprendre mon histoire sur la télédétection, que j’avais commencé ici, avant le mondial. Elle risque d’être assez longue et je pense reprendre tout depuis le départ.

  3. Patrick a dit:

    Et puis il y a un peu du mondial ici, pour qui sait lire ! :razz:

  4. kersaint a dit:

    “Et puis il y a un peu du mondial ici, pour qui sait lire !”

    Hein, que quoi?!?
    On m’aurait menti?: Les satrapes italiens seraient tous dans le traffic de chnouf?
    Et ces gougnaffiers seraient près à racheter le “Club” France???
    Et Zidane est parti avec Bernadette???

    Mon cher Patrick…tu sais me tenir en haleine…

    …mais l’arrivée à Hollywood m’aurait bien plu aussi…peut-être auras-tu une faiblesse pour moi lors d’une soirée au coin du feu/de tes chiens/de ta compagne pendant l’hiver austral qui commence par chez vous.

    ps qui n’a rien à voir: ici il fait 30, et les donzelles ont tendance à racourcir les jupes…yeepee, yeepee, hé!

  5. Blue_Ice a dit:

    Le coup de boule, trop violent ;-)

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