Kirchner se résoud à passer sous les fourches caudines de la CGT réunifiée
vu 511 foisRappelons d´abord ce que sont les fourches caudines : vers l´an de Rome 433, les Samnites ayant été vaincus, demandèrent la paix. On la leur refusa. Irrités de ce refus, ils résolurent de mourir ou de se venger. Ils eurent recours à un stratagème pour attirer les Romains dans un chemin étroit, passant entre les rocs à pic des Apennins, couronné de forêts sombres et situé dans la Campanie, près de l’ancienne Caudium (ce lieu s´appelle aujourd’hui Valle Caudina ou Stretta di Arpaia).
Dès que les Romains furent engagés dans ce défilé, les Samnites fermèrent les issues, et, occupant toutes les hauteurs, ils raillèrent l’armée romaine sur l’inutilité de ses efforts pour se livrer passage. Les Romains furent obligés de se rendre à discrétion et de passer sous le joug, sorte de gibet qu´on appelait Fourche.
C´est bien ce qui vient de se passer en Argentine. Après avoir pendant un an refusé tout dialogue avec Rodolfo Daer, la CGT officielle, et Hugo Moyano, la CGT rebelle, deux personnages qu´on appelle les Gordos, les gros, patrons mafieux de la centrale syndicale créée par Perón, voir article sur les syndicats,, Kirchner va recevoir la semaine prochaine la direction intégrale de la CGT réunifiée, dont le Leader est Hugo Moyano, exit Daer, qui sera accompagné, bien sûr par son Mentor Luis barrionuevo.
Voilà une partie de qui perd gagne dont peut être fier Hugo Moyano, néanmoins la réconciliation ne se fera pas sans de fortes concessions de la part du Gouvernement, surtout en ce qui concerne la transparence et le nettoyage entamé de l´administration argentine, en particulier du PAMI, mais Kirchner en a besoin, pense-t-il, pour assurer sa prépondérance sur Duhalde et mettre un peu d´ordre dans la rue, prise d´assaut par les Piqueteros. Les syndicats, dont l´acceptation populaire ne dépassent pas 2% ont besoin de reprendre l´initiative dans la lutte contre la pauvreté et le chômage et leurs manifestations encadrées ne perturbent pas l´ordre public.
Ces nouvelles concessions seront payées par les argentins, qui ont une certaine habitude de ce genre de transactions et qui malheureusement ont toujours préféré la paix à la polémique. Attention quand même : Qui veut manger avec le diable doit se munir d’une longue fourchette. …

23 juin 2006 à 7:48
[...] Tous les matins 4500 répartiteurs de boisons et produits laitiers livrent 4000 épiceries et micomarchés. A Buenos Aires, ville et province, 40% de ces commerces appartiennent à la communauté chinoise. Entre ces livreurs et la communauté, ce sont de continuelles plaintes sur la marchandise qui manque, la facturation qui ne correspond pas à la réalité. Tous ces répartiteurs appartiennent au syndicat CGT de Hugo Moyano, à la section “transport” drivée par son fils. Je vous l’ai à plusieurs reprises expliqué ici, les syndicats péronistes en Argentine sont plus proches d’une organisation mafieuse que de ce que nous avons l’habitude de voir en Europe. Il se trouve que ce gouvernement a redonné de la vigueur à la CGT qui avec certaines organisations de piqueteros constitue son bras armé. L’impunité amenant toujours des exagérations, les erreurs des livreurs qui étaient au début qu’une simple manière de se faire donner un pourboire obligatoire s’est transformé en véritable racket. Entre coups échangés et exaspération, un livreur a été blessé par balle. La CGT a donc décidé de faire le blocus de tous les commerces tenus par la communauté chinoise et dans sa dernière réunion, il y a quelques jours a déclaré : “L’Italien est un enc… tout comme l’Italien et le Juif, mais ils ne nous ont jamais posé autant de problèmes que les chinois.” Ne jouez pas sur les mots, a ensuite dit Moyano, pas de racisme là dessous, c’est juste une manière de dire les choses. Du côté des autorités, on fait la sourde oreille, du côté de la société, la même chose, quant à ceux qui se réjouissent aujourd’hui pour être leurs concurrents, ils n’ont pas encore compris que demain, ce sera à leur tour d’être rackettés. [...]