Kirchner sourd aux pressions de Chirac sur les entreprises françaises
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Lamia Oualalou
[21 janvier 2005]
Partie de poker menteur entre l’Argentine et Suez. Après avoir rivalisé de déclarations d’amour en mai – le secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères Renaud Muselier avait fait le déplacement à Buenos Aires pour coiffer la signature d’un accord entre la société et le gouvernement – les deux parties semblent prêtes au divorce. La dispute tombant en pleine visite d’Etat du président Nestor Kirchner à Paris, Jacques Chirac se trouve en position d’arbitre. L’objet du litige est Aguas Argentinas, la filiale de Suez à Buenos Aires. Le gouvernement prétend que l’entreprise ne respecte pas ses engagements en termes d’investissements, soumettant de surcroît la population à des coupures d’eau. Balivernes, rétorque Suez, qui met en avant la qualité de ses services. L’entreprise, qui avait fait d’Aguas Argentinas l’une de ses principales vitrines marketing dans les années quatre-vingt-dix, est à bout. Ses tarifs sont gelés depuis février 2002. Or, l’entreprise souffre en outre d’un endettement souscrit à la légère : il est essentiellement en dollars, une catastrophe après la dévaluation du peso.Hier, les autorités argentines ont bien proposé une hausse de 16% des tarifs mais Suez réclame pour sa part une augmentation de 60%. Sans quoi le groupe français pourrait partir. En effet, les actifs de Suez ont été entièrement provisionnés, ce qui rendrait, d’un point de vue comptable, un départ du pays pratiquement indolore. D’autant que Buenos Aires ne semble plus tenir à la présence de Suez. Hier, lorsque Jacques Chirac a insisté sur «l’importance d’un règlement rapide des cas difficiles particuliers pour les entreprises concessionnaires de services publics», se référant également à Edenor, la filiale locale d’EDF, Nestor Kirchner n’a pas saisi la perche tendue, en protestant de sa bonne volonté ; il a au contraire répondu, aux dires de son bras droit Alberto Fernandez, que «son gouvernement savait ce qu’il avait à faire».
Alberto Fernandez a été plus explicite encore, considérant le problème Suez comme une «petite pierre dans la chaussure qu’il faudrait résoudre d’une manière ou d’une autre». Et de conclure : «S’il faut mettre fin au contrat, nous le ferons ; c’est un sujet qui se discutera à l’intérieur du pays.»
De fait, la distribution de l’eau, dont beaucoup d’Argentins restent privés, est un sujet hautement politique, à neuf mois d’élections législatives que Nestor Kirchner doit impérativement remporter. L’une des pistes envisagées est la nationalisation du secteur, dont la gestion pourrait être confiée aux syndicats. Le récent bombardement du chef du Syndicat de l’eau, Jose Luis Lingeri, à la tête de la CGT, l’un des principaux instruments politiques du parti péroniste, dont est issu Nestor Kirchner, plaide d’ailleurs pour cette hypothèse. Jacques Chirac (dont l’un des conseillers, Jérôme Monod, est, faut-il le rappeler, l’ex-patron de Suez) a eu beau prévenir qu’il fallait éviter «tout ce qui pourrait affecter la confiance des investisseurs français», le gouvernement argentin compte sur sa belle croissance (8% en 2003 et 2004) pour attirer de nouveaux capitaux. Le milieu des affaires hexagonal lui fera probablement connaître son état d’esprit ce matin, au cours d’une réunion organisée par le Medef. Néanmoins la capacité de l’Argentine à séduire dépend surtout du succès de la restructuration de la dette, lancée vendredi dernier, et dont les résultats seront connus le 14 mars.
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