La Bolivie, toujours et encore et pour un bon moment

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Jeudi 4 mai 2006 - 10:45

Tout le monde y va de son petit couplet, de bonnes analyses en règle générale, on ne se trompe guère sur ce qui a pu produire le fait que la Bolivie reprenne ses billes avant de renégocier avec les compagnies pétrolières.
On ne se trompe pas non plus en désignant le Brésil de Lula comme la puissance impérialiste de la région et pour cause : Les grandes métropoles du Sud brésilien dépendent quasi totalement du gaz bolivien, qui représente 50% de tout le gaz naturel consommé au Brésil.
L’Argentine, autrefois puissance énergétique, mais qui a troquée celle-ci contre une poignée de dollars à l’Espagne qui ne l’était pas, pendant la présidence de Menem et avec l’aide importante et grassement rétribuée de l’ex Gouverneur la Province de Santa Cruz, l’actuel Président Nestor Kirchner, se trouve, elle aussi, dans une situation inconfortable.
Inconfortable, car le fait d’avoir congelé les prix des carburants et du gaz a, de la même manière, congelé les investissements des sociétés étrangères. Inconfortable, car elle doit aussi honorer ses contrats avec le Chili qui a aussi un grand besoin de gaz et qui ne peut se fournir auprès de la Bolivie, les deux pays ayant rompu leurs relations diplomatiques depuis des dizaines d’années.
On comprend mieux pourquoi, Evo Morales se fera accompagner par Hugo Chàvez à la réunion qu’il aura avec Lula et Kirchner.
La réalité c’est que Morales n’a fait que tenir ses promesses électorales. Oui, je sais, c’est une première dans cette partie du monde, mais le raz le bol de la population locale ne lui permet pas de différer ces mesures.
D’ailleurs, l’Argentine et le Brésil ont essayé maintes fois, depuis son élection et avant même qu’il soit intronisé Président de renégocier le prix du gaz qu’ils achètent à un prix plus que dérisoire. Mais, en bon paysan, Morales sait que ce n’est pas en plein été que l’on négocie le prix du bois de chauffe et il lui fallait aussi faire que les éternels intermédiaires qui s’immiscent toujours dans ce genre de négociations disparaissent.
Mais les problèmes à venir sont plus importants qu’ils ne le paraissent. Si Chàvez, ayant appliqué plus ou moins les mêmes méthodes dans son pays, ne se souci guère du fait que sa production pétrolière a diminuée, les prix du brut compensant plus que largement cette perte, il n’en va pas de même pour la Bolivie. Les approvisionnements en gaz venant de ce pays sont indispensables au développement de la région.
Buenos Aires Les nouvelles règles qu’il propose vont geler les investissements.
Ou trouver les fonds pour que l’Etat investisse à la place des multinationales. Bien plus grave, où trouver le personnel susceptible de mettre en route et de gérer de tels investissements. C’est que voyez-vous, la perversité du système fait qu’aujourd’hui ce sont les pays qui n’ont pas de pétrole qui forment les spécialistes dans ce domaine, ceux qui en ont ont oublié depuis longtemps que l’éducation est le meilleur investissement qu’un pays puisse faire.
Alors, on va bien sûr parler du fameux gazoduc qui reliera le Venezuela à la Bolivie en passant par le Brésil et l’Argentine, sans oublier au passage le Paraguay et l’Uruguay, sensé régler tous les problèmes locaux.
Faut-il encore savoir que l’étude de préfaisabilité n’est pas encore commandée, et que malgré les belles photos où l’on voit les dignitaires locaux tracer de jolis traits rouges ou bleus sur la carte de l’Amérique du Sud il est loin d’être viable.

De quoi être inquiet, beaucoup plus que certains ne le pensent.

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4 commentaires pour “La Bolivie, toujours et encore et pour un bon moment”

  1. Francis a dit:

    Ne soyez pas inquiet, Patrick, tout finira par s’arranger : les uns ont besoin des autres.

  2. Patrick a dit:

    Bien sûr Francis, mais je crois qu’une grosse erreur est commise actuellement.
    La population bolivienne n’acceptera pas des demi-mesures, les indigènes veulent “maintenant” ce qu’ils attendent depuis des siècles.
    Il faudrait que les hausses de prix du gaz se fassent progressivement avec un calendrier qui soit respecté. Il faudrait que les bénéfices des sociétés étrangères diminuent progressivement au profit de l’Etat qui devrait peu à peu ainsi reprendre le contrôle de ses ressources.
    Et pour que cela soit accepté par les Boliviens, il faudrait faire participer à ces négociations le Chili, qui devra rendre un accès à la mer à la Bolivie.
    Cette victoire ferait sans doute accepter un contretemps indispensable aux populations locales.
    Or, le Chili ne participe pas à ces réunions, aucune pression n’est exercée sur lui, alors qu’il détient la clef du problème.
    C’est mon avis, il vaut ce qu’il vaut, mais aujourd’hui la colère des populations indiennes de la Cordillère des Andes se fait ressentir de la Bolivie jusqu’en Équateur.

  3. Zilch a dit:

    a ce sujet, ce papier
    n’est pas ininteressant.

  4. Patrick a dit:

    Zilch, c’est un point de vue intéressant, mais la négociation n’a pas commencé. Un peu difficile de savoir à quoi on aboutira, mais intelligent d’avoir inversé les facteurs de répartition des bénéfices de la part de Morales, afin que cette négociation ne traîne pas en longueur.
    Donc un peu tôt pour tirer des conclusions à partir de chiffres qui ne seront pas ceux de l’accord final.

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