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La crise bolivienne inquiète le secteur du gaz

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04-06 08:24:55
La crise politico-sociale en Bolivie et les menaces de nationalisation des hydrocarbures inquiètent les compagnies pétrolières étrangères, mais aussi les pays voisins, Argentine, Brésil et Chili, gros acheteurs de gaz, la principale richesse du petit pays andin.
Le Congrès a adopté le mois dernier une loi sur les hydrocarbures renforçant la part de l’Etat bolivien et fixant les royalties et les impôts respectivement à 18% et à 32%.

Alors que 26 compagnies pétrolières étrangères détenant 70 contrats opèrent en Bolivie dont Total (France), Repsol (Espagne), Exxon-Mobil (USA), Petrobras (Brésil), Pluspetrol (Argentine) et British Gaz (GB), des dizaines de milliers de paysans, d’ouvriers et de mineurs manifestent depuis plusieurs semaines dans les rues de La Paz pour exiger la nationalisation pure et simple des hydrocarbures.

“Cette loi ne plait à personne, ni au Congrès, ni au président ni aux pétroliers (…) on se retrouve avec une loi que personne n’a voulu”, affirme à l’AFP un spécialiste pétrolier s’exprimant sous le couvert de l’anonymat, qui estime que “le risque de nationalisation est assez grand surtout s’il faut choisir: nationalisation ou convulsion sociale”.

La préoccupation est forte en Argentine qui n’a pas d’énergie de remplacement alors que la Bolivie possède une réserve de 1,55 milliard de mètres cubes. Le président Nestor Kirchner a dépêché la semaine dernière un envoyé spécial pour exprimer ses craintes au gouvernement bolivien.

“Qui va maintenant investir 1,2 milliard de dollars dans le projet de pipeline (Gaz du Nord Est Argentin, GNEA) reliant la Bolivie à l’Argentine ?”, se demande un membre de la Chambre des Hydrocarbures de Bolivie (CHB), toujours sous le couvert de l’anonymat.

“Le Brésil est aussi préoccupé (par la crise en Bolivie) mais possède d’autres sources d’énergie et a maintenant les champs de Santos”, explique le spécialiste en soulignant que Petrobras opère 14% des réserves de gaz bolivien.

“Les pétroliers brésiliens se divisent entre partisans d’une politique énergétique nationale et ceux qui souhaitent une intégration énergétique régionale”, indique-t-il.

Au Chili, un pays en forte expansion, “les industriels sont préoccupés” d’autant plus que l’Argentine a tendance à ne plus exporter son gaz. Le Chili, qui veut limiter sa dépendance énergétique, a un projet coûteux de gaz liquéfié (LNG) avec l’Asie et un second avec le gaz de Camisea au Pérou.

En cas de nationalisation, l’hypothèse extrême, les compagnies étrangères qui ont déjà gelé leurs investissements en Bolivie iront probablement devant les tribunaux pour réclamer des indemnisations. “Il faudra trouver une compensation des actifs nationalisés, or le pays (la Bolivie) ne peut pas subvenir aux investissements et il n’y aura jamais les capitaux nécessaires pour l’exploration risquée”, relève le membre de la Chambre des hydrocarbures.

“Nous n’avons pas l’argent”, a indiqué le président Carlos Mesa en mars.

Les procès risquent d’être coûteux pour la Bolivie d’autant plus que les pays des principaux investisseurs (Argentine, France, Espagne, Etats-Unis et Grande-Bretagne) ont tous signés des conventions de protection des investissements.

Au lieu d’une intégration énergétique régionale nous assistons à “une désintégration énergétique”, conclut désabusé l’analyste pétrolier.

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