La démocratie est-elle soluble dans la pauvreté

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Mercredi 5 juillet 2006 - 8:59

Hier, le commentaire d’un de mes lecteurs m’a fait sourire. Il se demandait si la démocratie, telle que nous la concevons, était adaptée au contexte « géo-tempo politique » des pays sud-américains.
Quand je dis m’a fait sourire, pas vraiment, car je suis persuadé que la démocratie est le pire des systèmes, à l’exception de tous les autres.
Le populisme, cette nouvelle soi-disant gauche progressiste, ces régimes qui veulent réinventer l’eau tiède, que nous proposent-ils aujourd’hui ?
Un discours énergique et progressiste qui s’oppose au néolibéralisme des années précédentes. Un discours, pas plus, mais un système pervers et dangereux.
Lorsqu’on regarde les chiffres, voilà ce qu’on trouve :
La pauvreté et l’extrême pauvreté : augmentation certaine et régulière de l’ensemble avec un passage progressif de l’extrême pauvreté à la pauvreté. Par contre, la base la plus faible des classes moyennes se dissout petit à petit dans la pauvreté.
Contrairement à ce qui se passait à l’époque du néolibéralisme, les classes les plus riches le deviennent encore plus. Les richesses se concentrent entre moins de mains tout en augmentant considérablement.
Entre les deux, ce qu’on appelait autrefois les classes moyennes, ce qui faisait par exemple l’orgueil d’un pays comme l’Argentine voit son importance diminuer, ses ressources sont grevées par des impôts multiples, directs et indirects, facilement contrôlables et qui servent à payer les divers plans d’aide sociale qui sont de véritables fins de parcours pour une population de plus en plus nombreuse.
C’est cette population qui sert de base électorale aux gouvernements de passage à qui l’on susurre régulièrement la chance qu’elle a de vivre maintenant sous un régime progressiste qui s’occupe d’eux alors, et c’est vrai aussi, que les sociétés libérales les avaient oubliés.
C’est sa base électorale et c’est sa tranquillité.
Les riches sont heureux, vivent de plus en plus dans des zones protégées, dans un monde à part, ceux qui ont la chance d’avoir du travail partagent leur misère avec ceux qui n’en ont pas, luttant chaque jour un peu plus pour ne pas tomber dans une situation d’assistance d’où ils ne pourront plus s’échapper.
Il est bien évident qu’il ne viendrait à l’idée d’aucun de ces gouvernements de “gauche” de changer cet état de choses. Ce serait perdre une base électorale nécessaire à sa réélection et se mettre à dos les tenants des richesses du pays. Les investisseurs y voient aussi une certaine stabilité qui les enchante.

C’est ainsi que l’on voit les systèmes d’éducation sombrer ou devenir de plus en plus inaccessible, la corruption se généraliser, une classe de manipulateurs et d’intermédiaires politiques dont les syndicats sont le fer de lance, accumuler des richesses par le simple fait d’être les intermédiaires entre la masse des pauvres et l’Etat.
D’un autre côté, on insiste sur la démocratisation du pays par des gestes plus symboliques les uns que les autres, promesses de jugements contre les anciens dictateurs, qui ne voient jamais le jour, déclarations sur les droits de l’homme, surenchères sur les libertés individuelles. L’opinion internationale est ravie, la presse se permet de grandes envolées sur la nouvelle gauche sud-américaine.
On peut bien sûr se demander comment cet échafaudage économiquement baroque arrive à tenir et combien de temps cela durera. Cela durera tant que le prix des matières premières et du pétrole sera soutenu par un marché de plus en plus demandeur.
L’atterrissage sera dur et une fois de plus donnera lieu au transfert des quelques biens des classes moyennes vers les plus riches, comme nous l’avons vu en 2001.
Aujourd’hui, seuls l’Uruguay et le Chili n’ont pas sombré dans cette démagogie populiste. Mais le chemin qui leur reste à faire est immense. Il reste à espérer qu’ils pourront prendre la route la plus difficile, celle qui consiste à s’attaquer aux problèmes fondamentaux de l’économie, à une meilleure répartitions des richesses et qu’ils ne seront pas tentés par l’exemple de leurs plus proches voisins.

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11 commentaires pour “La démocratie est-elle soluble dans la pauvreté”

  1. Yop a dit:

    “Contrairement à ce qui se passait à l’époque du néolibéralisme, les classes les plus riches le deviennent encore plus. Les richesses se concentrent entre moins de mains tout en augmentant considérablement.”
    Je ne suis pas tout à fait d’accord sur ce point. Un exemple : le premier pays latino-américain à avoir mis en place le libéralisme économique puis politique qu’est le Chili des années Pinochet démontre le contraire. Les fameux “Chicago Boys” y ont implanté un modèle qui a certes permis au Chili de connaître une croissance économique forte durant les années 1970 mais qui a également creusé plus que jamais les écarts entre “riches” et “pauvres” (les riches s’enrichissent et les pauvres etc etc). Donc ce modèle libéral a bel et bien creusé les écarts de richesse et les inégalités sociales. Par la suite, ce modèle économique s’est diffusé partout en Amérique Latine (je schématise rapidement) pour y avoir les mêmes effets. Et les démocraties en place aujourd’hui n’ont pas réduit ces différences sociales et de richesse, elles les ont peut-être accrues mais elles ne sont pas à l’origine de ce “phénomène” ! Celui-ci a été initié bien avant : par les modèles libéraux et néo-libéraux précédents.

  2. Patrick a dit:

    J’avais effectivement oublié un des arguments préféré du populisme, merci Yop de me le rappeler: la recherche systématique d’un responsable extérieur de préférence, nationalisme oblige, aux problèmes du pays.
    L’accentuation de la concentration des richesses n’a jamais été aussi forte, tant au Brésil qu’en Argentine que ces trois dernières années.
    Si faire pire que ce qu’on veut combattre est la panacé, je ne saurais quoi vous répondre.
    Vous aurez sans doute aussi remarqué que le modèle libéral n’est pas non plus ma tasse de thé. Au moins il n’a pas détruit les classes moyennes qui constituent la richesse d’un pays, et permet dans une faible mesure, je vous l’accorde, la promotion sociale et économique des individus, impossible aujourd’hui.

  3. Thibo a dit:

    Le problème actuellement est de savoir si c’est Chavez et autre Morales sont effectivement des démagos… J’en ai pas l’impression le problème est qu’il essaient simplement en nationalisant les exploitations de gaz et ou de pétrole de rendre à leur pays des richesses qui leur revient de droit puisque sur leur territoire.
    La pauvreté est dans ces pays comme dans d’autre pays d’afrique un vrai problème alors qu’ils ont des richesses énormes grace à leur ressources naturelles.
    Le problème dans notre monde actuel est la non acceptation d’autre systéme de fonctionnement. Dès lors que l’on propose d’autre manière de faire comme Chavez qui je crois tente de généraliser la démocratie participative. Ils sont taxés de populiste et autres…
    Des organisme internationaux comme UNO, UNICEF et OMS on récémment émis des rapports donnant des résultats très bon pour le Véneuela pour la lutte contre la pauvreté et Cuba pour la lutte contre l’illestrisme.
    Alors certes Castro n’est pas un enfant de coeur ni un démocrate cf. les journalistes emprisonnés entre autre. Mais qu’en est il des grandes “démocraties ” comme les Etats Unis?
    - + de 40 millions de personnes sous le seuil de pauvreté
    - Guantanamo…..
    - des guerres militaires quand ça peut pas être économique…
    - non paiement de sa dette extérieure tant exiger pour les pays pauvres
    - non paiement de sa cotisation à l’ONU

    Pas de quoi pavoiser. Mais bon c’est eux qui pose la définition de l’axe du bien….

    C’est un racourci rapide que de traiter de populiste des chefs d’état pauvres qui cherchent simplement à remettre leur pays sur les rails en recupérant les dividendes des matières premières.
    D’autant plus que Chavez et Morales et autres ont été élus démocratiquement le peuple choisi…. comme chez nous ça plait pas à tout le monde mais c’est le moins pire des systèmes. Maintenant pourquoi ne pas laissé sa chance à ces autres manière de voir de faire tant qu’elles restent démocratiques. Pour revenir sur Chavez en novembre ou décembre dernier il y a eu des élections législatives organiser dans son pays. Les Etats Unis ont soutenu les partis de droite pour qu’ils ne se présentent pas aux élections afin de rendre la nouvelle assemblée non légitime… Dans un tel contexte qui sont les démocrates?

    Bon on peut continuer longtemps sur le sujet, juste pour finir je pense que les jugements un peu rapide sont à éviter.

  4. Patrick a dit:

    Personne ne parle de Morales ici, il vient d’arriver, laissons lui sa chance, la nationalisation des ressources du pays n’est pas un mauvaise chose.
    Merci de ne pas tout confondre.
    Quant à Chavez, voyez l’article d´hier, vous y trouverez ça et là des chiffres qui contredisent vos affirmations.
    http://blog.argentine-news.com/?p=1804

  5. Yop a dit:

    Euh l’idée n’était pas d’aller dans le sens des populistes mais si ça vous a servi … ;)

  6. Patrick a dit:

    Yop, la perche était trop belle…
    Pour le Chili, je vous rejoins en partie, lire ce post
    http://blog.argentine-news.com/?p=1459

  7. chente a dit:

    Je pense aussi que les ajustements structurels post-consensus de Washington (BM-FMI, avec leurs PAS, et vivent les hyerogliphes!) ont érodé considérablement la frange basse des classes moyennes en amerique latine, depuis grosso merdo 1985.c est vrai au mexique, en amerique centrale, dans les pays andins, que je connais bien.
    Je pense tout autant que les dynamiques en cours dans certains pays passés a gauches (et je m en réjouis) ne font rien pour ameliorer cette pauperisation de cette frange, l’agenda prioritaire etant surtout focalisé sur les classes populaires historiquement marginalisées, ce qui est justice, mais pour le coup, pas forcément pour les “émanciper économiquement”, mais pour les maintenir comme “bénéficiaires” de bonus et de prébendes, et pas toujours comme citoyens a part entière, avec un droit au travail que dignifica, comme on peut l’entendre souvent.
    pour shématiser, le format du blogue oblige, les gens prefereraient pouvoir trimer dans un boulot décent et pouvoir nourrir les siens, plutot que de devoir faire acte d’allégeance envers une boutique politique, se taper les interminables ateliers de formation révolutionnaire et l’apprentissage des hauts-faits des glorieux libertadores, pour pouvoir récupérer qq sacs de farines et de denrées basique..

    apres le cycle neo liberal, le cycle dit de gauche (en fait des processus tres distincts et disparates)ont en commun danbs une certaine mesure de se faire au détriment des classes moyennes, c’est assez net.Enfin il s’agit d’un débat sans fin.

    ce qui me semble vrai, c’est que les Missions sociales de Chavez, dans leurs méthodes de travail et leur impact, ressemblent a du saupudrage et a des bonnes oeuvres caritatives plutot qu a une politique publique de lutte contre la pauvreté…

    Par contre j’adore ce type d’argument autour de chavez… “pour la bas, ca ira, c est toujours ca de pris”. ce plus petit dénominateur commun, ce relativisme culturel absolu, tout cela confine au ridicule, a la méconnaissance profonde des réalités réelles de la région et au mépris de l’autre.
    d’abord la Venewuela, c ‘est l’occident.
    certes avec ses variantes culturelles, des nunances.l amerique latine, un occident décalé ou inversé.
    ensuite l’etat, c est aussi l occident.les 210 Etats du monde sont des formes d’exercice du pouvoir occidentale, avec des variantes.
    n’importe quel anthropologue politique te fera comprendre que l’Etat moderne, modele occidental (malheureusement pour certains), s est partout durablement imposé.
    alors arretons d etre grotesque.

    Le recours aux comparaisons avec l’oncle Sam me semble un aveu d’impuissance des plus rigolos. Le raccourci est saisissant: les USA sont pas mieux, donc laissons lui la chance, c est “simplement” une alternative nouvelle.chavez.
    Je pense qu il s agit d’une grande regression au contraire. Cest un grand bond en arriere, ideologique, programmatique, dans les pratiques, qui se déguise sous des oripeaux de discours participatifs en vogue, post-porto alegre.
    evidemment qu’il s’en réclame.pour autant, dans l’exercice du pouvoir, qui n’a jamais assité aux ateliers d’embrigadements dans les ateliers de formation révolutionnaires dans les quartiers de caracas ne pourra jamais comprendre la dangérosité du processus en cours.
    un exemple: ce mythe de l’homme nouveau. Le Che lui meme a fusillé de nombreux camarades au nom de la construction de l’homme nouveau.Robespierre parlait déja de l’avènement de l’Etre supreme, et en son nom, il fallait éliminer physiquement tous les obstacles, y compris les ailes les plus modérées.savez vous combien de compagnons de robespierre ont été guillotinés?
    les soviétiques eux meme nous ont montré que la révolution dévore toujours ses enfants, quand on souhaite “recréer un homme nouveau”.
    et bien les bolivariens veulent creer le socialiste du XXI siecle, l homme nouveau. et cet objectif est prioritaire. il s agit de tout faire pour y parvenir.
    imaginez les exces que cela peut donner.
    aujourdhui, sans parler de l opposition hysterique a chavez, l oligarchie traditionnelle, les médias privés etc, il y a tout de meme beaucoup de non alignés au venezuela, y compris de gauche, qui sont afolés de la tournure des évenements et de la cubanisation du pays.
    ah mais pardon, vu que le bilan des USA est pas terrible non plus, on peut pas critiquer le regime castriste.les bras m’en tombent…

    mais les bolivariens semblent ignorer que l’Histoire repasse souvent les plats.

    Morales, c’est autre chose. Il se trouve que je suis a fond derriere le processus du MAS et d evo mais que je suis effraye de la degradation d’un pays comme le venezuela. j ai vécu pas mal de temps dans ces 2 pays.
    ne malangeons pas les carottes et les choux fleurs.

    enfin,l’europe a besoin de mythes pour espérer que des alternatives concrètes sont en cours. je pense qu’elles restent a construire, et que les inspirations ne sont surtout pas au venezuela.

    l’europe a soif d’exotisme.en ce sens, je serai la pour vous assécher le gosier.
    mais, sportif, je vous servirai un bon Jurançon juste après.

  8. gilles a dit:

    Si “le modèle libéral a bel et bien creusé les écarts de richesse et les inégalités sociales…Et les démocraties en place aujourd’hui n’ont pas réduit ces différences sociales et de richesse, elles les ont peut-être accrues”, alors que faut t´il faire pour redistribuer ? La méthode chilienne consiste à engraisser un peu plus les riches pour que, forcément quelques miettes retombent un peu sur les pauvres. Et aussi à augmenter le crédit à la consommation. Plus de 40% des personnes qui demandent un crédit, savent à l´origine qu´ils ne pourront pas rembourser leurs échéances. Le “modèle” va droit dans le mur !

  9. Patrick a dit:

    Bien sûr c’est la relance de l’économie par la consommation, en attendant l’indice de pauvreté est passé de de 40% à 18% de la population.
    Et sous Bachelet je pense qu’on aura la décence de mettre au panier les crédits des particuliers contrairement à leurs voisins qui font payer les crédits des entreprises par la population locale. (voir dette argentine)
    Voilà ce sera un bon exemple de redistribution des richesses.

  10. Yop a dit:

    Gilles, lorsque je parle de “modèle libéral” je ne sous-entend pas qu’il s’agit d’un modèle à suivre… Les Chicago Boys dont je parlais précédemment sont des chiliens partis étudier l’économie dans les années 1960-70 à l’Ecole de Chicago (Milton Friedman étant leur grand manitou) et qui ont participé à faire du Chili le laboratoire mondial du libéralisme. Si le thème vous intéresse je vous renvois au très livre de Dezalay et Garth “La mondialisation des guerres de palais” au Seuil.
    En ce qui concerne la bonne méthode pour redistribuer les richesses, j’avoue que j’attends de voir ce que Mme Bachelet va faire…

  11. gilles a dit:

    oui, on verra ce que veut (et peut) faire Bachelet au Chili. Contrairement à ce qui se dit ici ou là, elle n´a pas beaucoup de marge de manoeuvre. Simplement un peu plus de temps que ses prédecesseurs avant les prochaines élections… Très intéressant l´article de Patrick, mais quand on lit un tel constat :

    “Il est bien évident qu’il ne viendrait à l’idée d’aucun de ces gouvernements de “gauche” de changer cet état de choses. Ce serait perdre une base électorale nécessaire à sa réélection et se mettre à dos les tenants des richesses du pays. Les investisseurs y voient aussi une certaine stabilité qui les enchante.C’est ainsi que l’on voit les systèmes d’éducation sombrer ou devenir de plus en plus inaccessible, la corruption se généraliser, une classe de manipulateurs et d’intermédiaires politiques dont les syndicats sont le fer de lance, accumuler des richesses par le simple fait d’être les intermédiaires entre la masse des pauvres et l’Etat.”

    on se demande bien ce qu´il faut faire pour en sortir !

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