La Paix des Dieux, extraits

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Un peu fatigué aujourd’hui par tous ces discours, sur la mémoire, sur la religion. Inquiet aussi de voir le retour de notre civilisation vers un obscurantisme mondain et raffiné comme contre-feu à l’intégrisme. L’oubli de nos victoires et le retour des prosélytismes et des apologistes.

…/…
Alors le Compagnon vigilant de ses rêves
Lui dit : « Reste, insensé ! Tu plongerais en vain
Au céleste océan qui n’a ni fond ni grèves :
C’est dans ton propre cœur qu’est le Charnier divin.

Là sont tous les Dieux morts, anciens songes de l’Homme
Qu’il a conçus, créés, adorés et maudits,
Évoqués tour à tour par ta voix qui les nomme,
Avec leur vieux enfers et leurs vieux paradis.

Contemple-les au fond de ce cœur qui s’ignore,
Chaud de mille désirs, glacé par mille hivers,
Où dans l’ombre éternelle et l’éternelle aurore
Fermente, éclate et meurt l’illusoire univers.
…/…
Et l’Homme crut entendre alors dans tout son être
Une Voix qui disait, triste comme un sanglot :
« Rien de tel, jamais plus, ne doit revivre ou naître
Les Temps balayeront tout cela flot sur flot.

Rien ne te rendra plus la foi ni le blasphème,
La haine, ni l’amour, et tu sais désormais,
Éveillé brusquement en face de toi-même,
Que ces spectres d’un jour c’est toi qui les créais.

Mais va ! Console-toi de ton œuvre insensée.
Bientôt ce vieux mirage aura fui de tes yeux,
Et tout disparaîtra, le monde et ta pensée,
Dans l’immuable paix où sont rentrés les Dieux. »

La Paix des Dieux (texte entier)
Leconte de Lisle — Derniers Poèmes

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