La prostitution (dossier)

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Lundi 27 mars 2006 - 18:02

1. Introduction: La rue du pêché

Parmi les plus célèbres quartiers “du péché” du Buenos Aires de la seconde moitié du XIXème siècle, se distingue celui de Monserrat avec sa légendaire “rue du péché”, où il y avait une maison de prostitution à côté de l’autre, comme l’on peut voir dans cette photo exceptionnelle et anonyme, prise en 1892. (Archive Général de la Nation)
«…[Les filles publiques de Buenos Aires] étaient très connues car elles étaient étrangères: polonaises, hongroises, australiennes, françaises, belges, tudesques, égyptiennes, turques, suédoises, persanes, russes, circassiennes, et d’autres nationalités de toute l’Europe. Elles occupaient des maisons extrêmement luxueuses, où on voyait des sols avec des tapis très riches de couleurs de bon goût, lisérés élégants de bons brochés bleus, rouges ou pourprés; bref, très confortables; un piano, de bonnes chambres, tout ce qui est nécessaire pour accueillir des gens bien aisés, tels qu’on les trouve à des villes comme Buenos Aires, cosmopolites, de grand développement commercial…» (ADOLFO BATIZ, «BUENOS AIRES, LA RIVE ET LES MAISONS DE PROSTITUTION À 1880»).


Bâtiment traditionnel, un «conventillo» de Buenos Aires au commencement du siècle. On peut voir le patio [cour intérieur] sur lequel donnent les chambres occupées par de différentes familles d’immigrés européens. PHOTO ANONYME, CIRCA 1900. (ARCHIVE GÉNÉRAL DE LA NATION)
“…22 familles habitent au «conventillo» [maison des quartiers pauvres], qui font, en comptant 20 écoliers, le total pas dédaignable de 118 personnes. Le «conventillo» a 35 chambres (…) Parmi les chefs de famille il y a 11 italiens, 9 espagnols, 1 suisse, 1 portugais, 1 monténégrin et 6 argentins, et les métiers prédominants sont: cordonniers, peintres, maçons, électriciens, menuisiers, forgerons, hommes qui font du plâtre, mécaniciens, cochers, charbonniers, chauffeurs de machine à vapeur (…) et d’ouvriers non spécialisés.” (RÉVUE DU DEPARTEMENT NATIONAL DU TRAVAIL. BUENOS AIRES, ARGENTINE, 1912).

2. Deux femmes: 1850 - 1930

L’image de cette jeune fille suggestive correspond à un daguerréotypie anonyme fait, selon les experts, environ 1850. («HISTOIRE DE LA PHOTOGRAPHIE EN AMÉRIQUE», DE VICENTE GESUALDO. MAISON D’ÉDITION: SUI GENERIS, 1990, PAGE 48).
“…(Au commencement du XIXème siècle), on vivait une époque de luxe et de violence fous. Plusieurs immigrés n’osaient pas affronter la possibilité de ce que les membres féminins de leurs familles tombèrent dans les mains des maquereaux, et ils revinrent à leurs petits villages [d’Europe]. Les journaux signalaient une fréquence de suicides affreux. La tuberculose et les maladies amoureuses causaient 30% des morts vers le Centénaire [de la République Argentine, 1910]. Il est important de se rappeler qu’à cette époque-là, presque la moitié des maisons étaient devenues des «conventillos» [grandes maisons des quartiers pauvres], et que les petites filles [“percantitas”] commençaient leur carrière à 16 ans, beaucoup de fois encouragées par l’indignité morale de leurs propres parents. À 25 ans, elles étaient déjà vieilles, ou vieillis…” (JOSÉ SEBASTIÁN TALLÓN. “LE TANGO À SON ÉTAPE DE MUSIQUE INTERDITE”. BUENOS AIRES, 1959).


Cette deuxième image correspond à “Renée”, jeune fille mélancolique photographiée par Jacques-Henri Lartigue, à Paris, en 1931. (CARTE POSTAL PUBLIÉE PAR L’ASSOCIATION DES AMIS DE JACQUES- HENRI LARTIGUE, PARIS, 1986).
«Au bout du XIXème siècle, Buenos Aires était connue internationalement comme un port ombrageux de femmes disparues et des vierges européennes kidnappées qui étaient obligées à vendre leurs corps et à danser le tango. Quelques unes des victimes ont échappé au servilisme sexuel, et plus tard elles ont raconté des histoires terrifiantes de séduction et des mauvais traitements; quelques autres ont écrit des chansons qui faisaient l’éloge de la ville, qui était comparée avec El Dorado (comparée à l’Eldorado ???). La seule mention de Buenos Aires faisait trembler beaucoup d’européens. Dans l’Angleterre et dans d’autres pays européens, on conseillait les jeunes femmes, même celles qui n’avaient pas l’intentions d’émigrer, de ne pas sortir seules les soirs. On disait qu’il n’était pas convenable de voyager en train aux villes pour chercher de travaille, parce qu’elles pouvaient être enlevées et envoyées a l’étranger pour finir dans quelque maison de prostitution argentine.» (DONNA J. GUY, «LE SEXE DANGEREUX», PAGE 17. EDITORIAL SUDAMERICANA, BUENOS AIRES 1994).

3. Manucures françaises: 1930

Après avoir réfléchi pendant assez de temps (Pas mal de tps ???), on a conclu que l’image ci-dessus synthétise d’une manière admirable l’un des deux extrêmes de «la réalité quotidienne» vécue à Buenos Aires dans les premières décennies du XXème siècle. L’image correspond à la somptueuse salle de billard «style Morisque» de la luxueuse résidence de la famille Ortiz Basualdo. Dans les antipodes on rencontre la «réalité quotidienne» que vécurent les femmes françaises (et d’autres nationalités) qui offraient leurs services pour les journaux de l’époque
ANNONCES PUBLIÉS DANS LE JOURNAL “CRITICA” DE BUENOS AIRES, EN 1930. (SEULEMENT DES FEMMES FRANÇAISES).

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MANUCURES FRANÇAISES accueillent de 10 à 24 heures. Rue 25 de Mayo 318.

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(Le 4 janvier 1930).

MASSEUSES, MANUCURES FRANÇAISES, accueillent de 10 à 24 heures. Rue Bustamante 724.

(Le 21 janvier 1930).

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MANUCURES FRANÇAISES RÉCEMMENT ARRIVÉES, accueillent de 13 heures à 21 heures. Rue Paraguay 1031, 4ª étage. Pas de questions [au concierge].

(Le 4 novembre 1930).

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MANUCURES FRANÇAISES PROFESSIONNELLES accueillent de 10 a 21 heures. Avenue Corrientes 922, 4e. étage, appartement 28.

(Le 6 novembre 1930).

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MANUCURES DE PARIS, accueillent à la rue Libertad 257, 2e. étage, appartement M. Pas de questions au concierge.

(Le 18 novembre 1930).

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ANNONCES PUBLIÉS DANS LE JOURNAL “CRITICA” DE BUENOS AIRES, EN 1930. (FEMMES D’AUTRES NATIONALITÉS).

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MASSEUSE, MANICURE, PEDICURE ALLEMANDE, accueille à la rue Bartolomé Mitre 1130, appartement 7, étage 4e.

(Le 1 novembre 1930).

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MASSEUSE ET PEDICURE ESPAGNOLE, [accueille à la rue] Lavalle 859, appartement 1.

(Le 17 novembre 1930).

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MANUCURES, MASSEUSES TURQUES, accueillent de 10 à 21 heures. Avenue Corrientes 922, 4e. étage, appartament 26.

(Le 18 novembre 1930).

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MANUCURES CHILIENNES accueillent à l’avenue Sáenz Peña 170, 1ère. étage, 1ère. escalier.

(Le 26 novembre 1930).

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4. Professionnelles françaises: 1869 - 1895 - 1930

Vue intérieure de «Safo», maison de prostitution célèbre, placée à Rosario, qui était un des lupanars les plus élégants de l’ Argentine des premières décennies du XXème siècle. (PHOTOGRAPHIE TIRÉE DE “EL BURDEL”, DE ERNESTO GOLDAR, BUENOS AIRES, 1982).
CENS DE 1869:

Deux filles publiques françaises «matures».

* Dans la maison de prostitution placée à Libertad 178, mademoiselle ROSA HANDERS, agée de 30 ans, déclare être française et ne pas savoir écrire [en espagnol?]. Sa profession: «fille publique».

* Dans le «conventillo» placé rue Moreno 397 habite madame GRACIOSA URHE, agée de 45 ans, qui déclare être française et mariée. Quant à sa profession, le fonctionnaire qui fait le cens écrit: «hotelière et rufiane».

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CENS DE 1895:

Trois filles publiques françaises «jeunes»

* Dans le «conventillo» placé entre les rues des Arts 457 et Suipacha 632, habite FAUSTINA VIALETTE, agée de 22 ans et mariée.

* Dans la maison de prostitution située rue Junín 431 et Junín 439 habite SOFÍA TOMPIERM, agée de 21 ans, célibataire.

* Dans l’ Hospital Norte (Syphilicome Municipal) habite MARIA COUSITON, agée de 24 ans, célibataire.

DONNÉS EXTRAITS DE LA RECHERCHE DE MARISA DONADÍO, «LA VILLE DES ESCLAVES BLANCHES», INSTITUT DU TANGO, BUENOS AIRES, 1996.

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1930: «UNE ESCLAVE BLANCHE [FRANÇAISE] ACHETA SA LIBERTÉ»

(…) María Saint Andrée, une belle femme, arriva de la France il y a des années comme plusieurs d’autres, trompées par les fausses promesses des ténébreux qui la firent rêver d’une vie pleine de luxe, plaisirs et confort, en échange d’une tâche modeste dans une maison de couture (…) Une fois dans les filets des marchands d’esclaves blanches, ses exploiteurs l’initièrent dans le triste commerce auquel elle était destinée et en même temps que sa jeunesse et sa beauté s’étiolèrent, plusieurs milliers de pesos grossirent la fortune des ténébreux. Comme toujours il se passe à ces pauvres femmes (comprends pas la phrase), elle changea plusieurs fois de seigneur pour tomber, il y a deux ans, sous le pouvoir d’ Amadeo Provenza, argentin de 30 ans, célibataire, qui vit à Sarandi 656 et qui figure dans les archives policières sous le numéro 50.476 de la section fraudes et escroqueries (…) [María Saint Andrée avait cru que, finalement,] à côté de cet homme qui lui avait promis de l’éloigner du vice pour qu’elle soit sa femme, elle allait refaire sa vie. Mais quelques jours après s’être mariée avec Provenza elle a pu constater qu’elle était tombée dans les mains d’un ténébreux plus terrible que ceux qui l’avaient exploitée avant. L’individu l’a emporté rue Sarandi 630, [Buenos Aires], où il l’a obligé à pratiquer son triste commerce, la dépouillant de tout l’argent qu’elle obtenait et la faisant victime, en plus, des mauvais traitements (…) Comprenant qu’elle ne pourrait pas se délivrer du ténébreux et sachant, en plus, que l’homme s’intéressait seulement à son argent, [María Saint Andrée] lui proposa d’acheter sa liberté. Elle mit au nom de Provenza une voiture qu’elle avait achetée avant d’aller vivre avec lui et se compromit (s’engageât ???) à lui donner une somme d’argent tous les mois. Ils se sont passés quatre mois de cette séparation, et la femme n’a pas pu lui payer les 2.000 pesos qu’il exigeait. Le dernier mois, elle pouvait lui donner seulement 1.200 pesos, alors l’individu lui dit que si elle n’accomplissait le compromis il la tuerait (…) Fatiguée de cette esclavage, [María Saint Andrée] décida de parler à la police (…) (JOURNAL «CRÍTICA», LE 28 NOVEMBER 1930, PAGE 5).

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voir «Prostitution française à Buenos Aires 1850-1930»

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