La restructuration de la dette argentine différée
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Lamia Oualalou
[24 novembre 2004]
La dette argentine restera décidément dans les annales comme l’un des casse-tête de la décennie. Trois ans après la déclaration du défaut de paiement, le ministre de l’Économie, Roberto Lavagna, espérait bien tourner définitivement la page, en lançant sa restructuration lundi prochain. Il a dû reconnaître hier qu’il n’y parviendrait pas, du fait de problèmes «techniques et juridiques»… Et pas des moindres.La partie privée de la dette argentine – la seule que le pays ait cessé d’honorer, près de 100 milliards de dollars – est en effet constituée de 152 types d’obligations, libellées dans une dizaine de pays et autant de monnaies. Le 1er septembre, Buenos Aires a offert à ses créanciers d’échanger leurs titres contre trois types de nouvelles obligations incluant une perte de 75%. Mais, pour démarrer, cet échange requiert l’accord des autorités boursières de chacun des pays où les obligations ont été émises.
Premier hic : le gendarme boursier italien, la Consob, a fait savoir qu’elle ne délivrerait pas son quitus avant le 17 décembre. Or l’Italie héberge 450 000 détenteurs de titres argentins. Son homologuejaponais manifesterait les mêmesdifficultés. Deuxième hic : vendredi, la Bank of New York, chargée de l’échange des titres aux Etats-Unis, a jeté l’éponge, arguant d’obstacles logistiques.
Sans New York, Tokyo ni Rome, la restructuration «mondiale» se réduit pratiquement à Buenos Aires. Roberto Lavagna a tenté, le temps du week-end, de dissimuler l’ampleur de la débâcle en annonçant que les étrangers pourraient tout de même participer à l’échange, mais en passant par l’Argentine. Or on imagine mal le retraité italien ou japonais débusquer la filiale locale dans leur pays de la Caja de valores, l’établissement chargé de l’opération à Buenos Aires.
Trouver en catastrophe un remplaçant à la Bank of New York semble encore plus ardu. Les médias locaux soulignent que JP Morgan Chase, qui avait perdu le marché pour cause de tarifs trop élevés, était en négociation avec le ministère de l’Économie. Politiquement, ce choix pose un problème : le président Nestor Kirchner a longtemps tempêté contre les banques qui ont placé de la dette argentine à tout va en se nourrissant des commissions engrangées mais en fermant les yeux sur les risques qu’ils faisaient courir aux créanciers. Or JP Morgan Chase a été le plus «actif» des établissements, assurant l’émission de plus de 51 milliards de dollars. Morgan Stanley serait désormais l’option la plus probable.
Lundi, la restructuration commencera tout de même, mais seulement en Argentine, où elle est sous le feu de plusieurs actions judiciaires. Cela pose le problème de l’égalité de traitement entre ses créanciers. Car parmi les trois types d’obligations émises, les bons «pars» (sans perte de capital mais avec des intérêts faibles et très étalés dans le temps) devraient être les plus courus par les petits porteurs. Le gouvernement ayant prévu d’en émettre, dans le meilleur des cas, 15 milliards, il les propose en priorité aux créanciers se manifestant au cours des trois premières semaines. Les Italiens n’auraient, par exemple, que quelques jours pour y avoir accès. Du grain à moudre pour tous ceux qui dénoncent l’isolationnisme de l’Argentine, seul pays du G 20 (le G 7 et les pays émergents) à avoir refusé ce week-end d’adhérer à un «code de bonne conduite» sur les défauts de paiement.
