La violence et la révolution

383 lectures
1 Étoile2 Étoiles3 Étoiles4 Étoiles5 Étoiles (Il n'y a pas encore de vote)
Chargement ... Chargement ...
Lundi 10 septembre 2007 - 10:32

muertosdeamor.jpgMuertos de amor, un petit livre de Lanata, venait de m’être livré par un coursier, quand le téléphone sonna.
— Patrick, je t’ai envoyé ce bouquin, c’est sur le Commandante Secundo, sur l’EGR (Ejército Guerrillero del Pueblo). Putain, je n’ai pas envie de me replonger là-dedans. Tu me diras ce que tu en penses.
— Tu ne l’as pas lu, Roberto ?
— C’est trop vrai et trop faux à la fois, tu comprends ? Mais j’aimerais en parler avec toi et avec l’ami Saúl.
Roberto et Saúl, deux amis d’enfance, ils ont fait leurs études ensemble, tous les deux ont connu leurs femmes à la fac, se sont mariés et continuent assidûment à se fréquenter. Difficile d’en inviter un sans l’autre.
Tous les deux enfants d’une bourgeoisie aisée, étudiants en économie, avaient la fibre sociale, patriote et révolutionnaire lorsqu’ils étaient à la fac. Ils étaient faits de cette matière qui incite à l’action, ils n’étaient pas des révolutionnaires de bistrots ou d’amphithéâtres. Tout naturellement ils intégrèrent l’Ejército Revolucionario del Pueblo, l’ERP. Puis suivirent de longues années d’exil. Et leur retour, sous la démocratie.
Roberto est aujourd’hui directeur d’une filiale d’une multinationale et Saúl, un économiste réputé dans l’administration, C’est aussi un puits de connaissance sur toute l’Histoire de l’Argentine.
Ils ont mis un certain temps tous les deux à m’avouer tout cela, ils me disaient, sans trop de détails qu’ils avaient été Montoneros. Montoneros, mon cul, pensai-je en moi-même, sans rien dire.
Sauf qu’un jour, il y a un an ou deux, après fortes libations et un bon repas je leur fis part de mon septiscime quant à leur appartenance passée à la branche gauchiste du péronisme.
Ce jour-là, ils me racontèrent ce qu’ils voulurent bien me raconter, une petite partie visible d’un énorme iceberg. Ça restera dans le domaine privé, vous n’en saurez pas plus.
Sauf une chose qui me paraît importante :
Ils ne regrettent rien sur le fond, mais presque tout sur la forme. C’est ce qui différencie, et c’est important de le souligner, ces hommes de ceux qui par la suite ont pratiqué le terrorisme d’État. Les premiers, dans leur immense majorité, sont conscients de leurs erreurs, les seconds sont prêts à recommencer.
Ce n’est pas un détail insignifiant.
La violence est indissociable de la révolution. La violence et la haine, pas de ceux qui ont subi l’injustice et la misère dans leur chair, mais de ceux qui les ont vues s’exercer sur autrui avec un sentiment d’impuissance. Comme si cette violence se devait d’exorciser une culpabilité inconsciente.
Le livre de Lanata relate donc, d’une manière romancée, l’histoire De Jorge Ricardo Masetti qui avait été nommé Comandante Secundo par le Che pour entamer une guérilla dans le nord de Salta. Ils n’affrontèrent personne, à part eux-mêmes, et les seules victimes de cette petite épopée sont leurs camarades qu’ils fusillèrent quand ils commencèrent à perdre leur enthousiasme révolutionnaire.
La violence et la révolution, c’est aussi le thème de ce petit livre de Lanata qui me promet des conversations passionnantes dans la magnifique maison de campagne que Roberto vient d’achever vers Pilar et où il se prépare sa retraite.

Bien entendu, ce livre ne plaît à personne. Il commence comme cela :
Pocho, Juan, El Primer Trabajador, Juan Domingo, El Jefe, El Macho, El General, El Hombre, Perónperón, Jorge nunca llamaba a Perón del mismo modo. A la Argentina sí: siempre le decía la Patria, nuestra Patria. Jorge era Segundo, pero en aquellos años todavía no se llamaba así. En aquel tiempo ni soñaba con ser Segundo, y su primer nomme de guerre fue, por cierto, un poco cursi: Jorge Amor.
“Solo en la ruta de mi destino”, cantaba Jorge Amor en el Club El Alba, de Avellaneda, “sin el amparo de tu mirar/ soy como un ave que en el camino/ rompió las cuerdas de su cantar”. Su padre era inspector municipal y su madre se llamaba María Esclavitud. Jorge, sus padres, sus dos hermanos, la abuela, dos tíos y una tía abuela con su marido e hijos vivían en una casona de Levalle 450, en Avellaneda. Jorge creía en Dios, aunque tal vez Dios no creyera en él: Jorge vio hacerse añicos el gran sueño de su vida, ser arquero de Racing.

Autres billets pouvant vous intéresser :

5 commentaires pour “La violence et la révolution”

  1. Jean a dit:

    Patrick, tu fais chier ! Ya plus de sous entendus que d’affirmations dans ce texte. Je viens de le relire trois fois et je ne sais ni quoi penser, ni ce que tu penses réellement.
    Et en plus, tu le fais exprès ! ;-)

  2. Patrick a dit:

    :cool:

  3. Alarc'h a dit:

    Moi j’en pense bien quelque chose, mais je n’en dirai pas plus ! :-D

  4. Patrick a dit:

    Alarc´h un plaisir de te voir de retour

  5. Alarc'h a dit:

    Plaisir réciproque !

Laisser Un Commentaire